REMONTRANCE VOTEE PAR
la plupart des griefs, politiques du moins, avaient disparu; le comité ne s'occupait plus de sa mission, et personne ne paraissait plus y songer.
Il reçut tout à coup l'ordre de reprendre son travail et de le présenter sans retard '. En peu de jours la remontrance fut rédigée et soumise à la Chambre. Ce n'était plus, selon le premier dessein, l'exposé d'abus actuels et pressants et des vœux unanimes du pays, mais un sombre tableau des maux passés , des ancierfi griefs, de tous les torts du Roi, de tous les mérites du Parlement, des obstacles qu'il avait surmontés, des périls qu'il avait courus , surtout de ceux qui le menaçaient encore et commandaient les derniers efforts; sorte d'appel au peuple , adressé surtout aux presbytériens fanatiques , et qui, fomentant les passions que la révolte d'Irlande avait ranimées, les provoquait à se ■iévouer sans réserve à la Chambre des Communes, ieule capable de les sauver du papisme , des évêqucs et iuRoi.
A la première lecture du projet, de nombreux murmures s'élevèrent; un acte si hostile, sans motifs publics , sans but direct ni apparent, excita dans beaucoup de membres, jusque-là peu amis de la cour, la surprise et le soupçon; ils se plaignirent de ramertumo du langage, de cet inutile courroux contre des griefs déjà redressés, de la rudesse témoignée au Roi, des
1 Vers le commencement ae novembre 1641. Clarendon, HiiL ofthe rehelL, t. II, p. 231.
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espérances données aux sectaires. Quels étaient donc les desseins cachés^ les périls inconnus qui exigeaient de si violents moyens ? Si la remontrance était destinée au Roi seul, quel bien en pouvait-on attendre? Si elle s'adressait au peuple, de quel droit en appelait-on ainsi au dehors? Les chefs du parti répondirent peu, ne pouvant tout dire; mais, dans leurs entretiens, ils travaillaient avec ardeur à gagner des suffrages, protestant qu'ils ne voidaient qu'intimider la cour, déjouer ses intrigues, que la remontrance une fois adoptée, on no la publierait point. Ce langage n'était pas sans eflét, car les méfiances étaient si profondes que des hommes, d'ailleurs modérés, les accueillaient dès qu'elles s'exprimaient avec prudence et douceur. Au bout de quelques jours*, au moment où la Chambre, en séance depuis plusieurs heures, était près de se séparer, les meneurs demandèrent que la remontrance fût sur-lechamp mise aux voix ; ils s'étaient comptés et se croyaient sûrs du succès ; mais lord Falkland, Hyde, Colepepper, Palmer s'y opposèrent, insistant vivement pour qu'on remît au lendemain, et la Chambre s'y prêta volontiers. « Pourquoi donc, dit Cromwell à lord Falkland, tenez- « vous tant à ce délai ? — Parce qu'il est trop tard « aujourd'hui , et qu'à coup sur il y aura un débat. — a Un léger débat, » reprit Cronnvcll avec une confiance réelle ou aifc-lée. Ouvert le lendemain à trois heures ai»iès midi, la nuit venue, le débat semblait à peine
i Le 21 novembre 1011.
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commencé. Ce n'était plus la cour en présence du pays; pour la première fois, deux partis étaient aux prises, sinon tous deux également nationaux, nés du moins l'un et l'autre du sein de la nation, appuyés l'un et l'autre sur des intérêts et des sentiments publics, comptant tous deux, à leur suite, de bons et indépendants citoyens. De communes espérances les avaient unis ; des craintes opposées les divisaient; chacun prévoyait avec sagesse l'avenir réservé au triomphe de ses adversaires, et méconnaissait celui que sa propre yictoire eût enfanté. Ils se combattirent avec un acharnemenl jusque-là sans exemple, d'autant plus obstinés qu'ils se ménageaient encore et n'osaient s'accuser hautement, au gré de leurs soupçons. Les heures s'écoulaient ; la fatigue chassait les hommes faibles, les indifférents, les vieillards; un ministre même du Roi, le secrétaire d'État Nicholas, quitta la Chambre avant la fin du débat. « Ceci, dit sir Benjamin Rudyard, sera le verdict « d'un jury affamé. » Vers minuit enfin, on se décida è voter : cent cinquante-neuf voix adoptent la remontrance, cent quarante-huit la rejettent. Aussitôt llampden se lève et en demande l'impression : « Nous le « savions bien, lui crie-t-on ; vous voulez soulever le « peuple et vous affranchir du concours des Lords. — « La Chambre, dit M. Hyde, n'est point dans l'usage de « pubher ainsi ses actes ; illégale à mon avis, cette réso- « lution deviendra funeste; si elle est adoptée, qu'il me « soit permis de protester.— Je proteste, s'écrie M. Pal- « mer.— Je proteste, je proteste, » répètent leurs amis.
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D'antre part on s'étonne^ on s'indigne; ce procédé, usité chez les Lonls, clait étranger aux Communes : Pym prend la parole pour en démontrer l'illégalité et le danger, des invectives l'interrompent; il persiste, des menaces lui répondent. La Chambre entière est debout, et plusieurs membres, la main sur leurépée, semblent près de commencer la guerre civile au sein du Parlement. Deux heures se passent, le tumulte renaissant à chaque tentative pour faire adopter une résolution. Enfin Hampden, déplorant avec douceur et gravité cet humiliant désordre, proi)ose que la séance soit levée, et la décision remise à l'après-midi. On se sépare. « Eh « bien, dit en sortant lord Falkland à Cromwell, y a-t-il « eu un débat? — Je vous en croirai une autre fois, » reprit Cromwell; et se penchant vers son oreille : « Si a la remontrance avait été rejetée, je vendais demain « tout ce que je possède, et quittais l'Angleterre pouF « toujours ; et je connais beaucoup dhonnêtes gens qui « en auraient fait autant *. »
La séance du soir fut peu agitée; les royalistes désespéraient de la victoire, et leurs adversaires s'étaient vus si j»rès de la perdre qu'iU se souciaient peu d'un nouveau combat; ils avaient annoncé des poursuites contre les auteurs de la protestation; mais M. Hyde avait parmi eux des amis qui refusèrent de le li\Ter.
* Clarendon, Hist. ofthcreheU.,U Hi p. 246-250. — Mémoires de Warwick, p. IGS, dans ma Colleclion. — May, Hist. du Long Pari., t. I, p. 255-251), ihid. — Rushworth, part. III, t. II, p. 425-426.—. Whitalocko, p. 49.
SOe LE liOI REVIENT
M. Palmcr, envoyé à la Tour, en sortit presque aussitôt. Après quelques explications, cette querelle fut étouffée. Une majorité de vingt-trois voix ordonna rim pression de la remontrance *. Cependant on la retarda; il fallait d'abord la présenter au Roi, attendu de jc-ur en jour.
Il arriva confiant et hautain -, malgré l'échec qu'il avait essuyé en Ecosse et ce qu'il savait déjà de l'aigreur nouvelle du Parlement. Partout sur son passage, à York surtout, il avait été reçu avec de bruyants témoignages d'affection et de joie. En plusieurs heux ses concessions aux Écossais avaient charmé le peuple ; ses menées secrètes étaient ignorées ou peu comprises. Dans le pays, d'ailleurs, comme dans les Chambres, le parti royahste se formait et faisait éclater ses sentiments. La cité de Londres n'y fut point étrangère. Les amis du Pioi avaient emporté l'élection du nouveau lord maire, Richard Gourney, homme actif, courageux, dévoué, qui lui prépara le plus brillant accueil. Une multitude de citoyens à cheval, en armes, les bannières des corporations déployées, allèrent à sa rencontre et l'escortèrent avec acclamations jusqu'au palais de Whitehall. Le Roi, à son tour, leur donna un festin magnifit{ue, honora le lord maire et plusieurs aldermen du titre de chevahers^; et dès le lendemain de son arrivée, pressé
* Clarendon, 7fî5(. of ihe rehell.jt. II, p. 250. — Parliam . Hist . , t II, col. 937.
* Le 25 novembre 1641.
'* Kushworth, part. III, t. I, p. 429-434. - -M ay, Jïis<. du Lor\f
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d'annoncer aux Communes qu'il se croyait fort, il leur retira la garde qu'en son absence le comte d'Essex avait instituée pour leur sûreté*.
Les alTaires changeaient de face ; à l'élan unanime du royaume succédait la lutte des partis, à la réforme la révolution. Les chefs le sentirent, et leur conduite prit soudain un nouveau caractère. La remontrance fut présentée au Roi *; il en écouta patiemment la lecture; puis s'adressant au comité : « La Chambre a-t-elle dessein a de publier cette déclaration? — Nous ne sommes « point autorisés à répondre aux questions de Votre « Majesté. — Eh bien, je suppose que vous n'attendez a pas non plus ma réponse sur l'heure; je vous l'enver- « rai aussitôt que la gravité de l'affaire me le permet- « tra '. » Peu importait aux meneurs des Communes; sans rien attendre, ils déployèrent tout à coup des projets que la remontrance même ne laissait pas entrevoir. Ils avaient jusque-là redressé des griefs, invoqué les anciennes lois; ils proclamèrent des principes, demanilèrent impérieusement des innovations. Un bill était en débat pour des levées de troupes destinées à Ihiande; on inséra dans le préambule « qu'en aucun cas, sauf « celui d'une invasion étrangère, le Roi ne pouvait
Pari., t. I, p. 253, dans ma Collection. — Clarendon, Hist. of ths rehell.^t. II, p. 267. — Whitelocke , p. 48. — Evelyrts Memoirt, Appendice, t. II, p. 79.
» Le 26 novembre 1641.— Par/iom. Hist.^i. II, col. 940.
« Le 1" décembre 1641.
» Parliavi. Hist., t. II, col. 942-943.