‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 87 sur 144 · PROPOSITION DE LA RUPTURE · texte numérisé non relu

PROPOSITION DE LA RUPTURE

« ordonner la presse de ses sujets pour le service mili- « taire, droit incompatible avec la liberté des ci- « toyens ^ » Un autre bill fut proposé , portant que l'organisation de la milice et la nomination de ses chefs n'auraient lieu désormais qu'avec le concours et de l'aveu du Parlement *. Par l'influence des presbytériens et peu de jours avant le retour du Roi, on avait reproduit et adopté le bill qui excluait les ecclésiastiques de toute fonction civile; mais les Lords le tenaient en suspens : les Communes s'en plaignirent avec colère : « Nous sommes, dirent-elles, les représentants de tout « le royaume ; les Pairs ne sont que des individus in- « vestis d'un simple droit personnel. Si vos seigneuries « refusent de consentir aux actes nécessaires pour le « salut du peuple, les Communes, unies à ceux des Lords « qui sont plus touchés de ses périls, s'adresseront « seules à Sa Majesté ^)) Et les lords po[)ulaires, les comtes de Northumberland, d'Essex, de ^Yar^vick conscntiient à ce langage *. Hors des Chambres, le parti se ralliait à ses chefs avec la même ardeur; la remontrance fut publiée "; la cité déclara qu'en recevant le Roi avec

t Clarendon^ JffisL of the rehell.^ t. lî, p. 213 et suiv. — Parliam. Hist., t. II, col. 9tj9.— May, Hist. du Long Pari., t. I, p. 285, dans iiia Collection.

« Le 7 décembre 1641. May, Hist. du Long pari., t. I, p. 297. -Clarendon, Hist. oftherebell., t. II, p. 280-284.

ï Le 23 octobre 1641. Parliam Hist., t. II, Col. 916.

* Journals of the House ofCommons, 3 déceuiore 1641.

5 Le 14 septembre 1611. Parliam. llixt., t. Il, col. 970.

tant de pompe, les citoyens de Londres n'avaient point entt'ndii trahir leurs vrais amis, et qu'ils voulaient vivre et mourir avec le Parlement^; une pétition des apprentis étala les souffrances du commerce, les imputant aux papistes, aux évèques, aux mauvais conseillers'. Dans les comtés se formaient des associations dévouées à la défense de la liberté et de la foi. De toutes parts on accourait à l'appui des Communes; des bruits sinistres provoquaient en leur faveur de nouvelles marques d'adhésion; tantôt la vie de Pym était menacée ; tantôt les rebelles d'Irlande préparaient une invasion ; sur quelque visite mystérieuse, sur un mot recueilli dans la rue, des complots étaient dénoncés, des serments d'union prêtés avec éclat; et tandis (^ue la Chambre redemandait chaque jour sa garde, la multitude, chaque jour plus pressée autour de Westminster, lui en formait une qui proclamait à grands cris leurs périls communs.

Contre des prétentions si hardies, soutenues par des passions si tumultueuses, Charles, do son côté, s'empressait de rallier tous ses partisans, et les serviteurs intéressés du pouvoir absolu, et les défenseurs loyaux du Roi, quelle (|ue fût sa cause, et les citoyens (pii naguère combattaient la tyrannie, mais que ramenait à la couronne la crainte des innovations et des excès. Ceux-ci

» May, Bist. du Long Pari., t. I, p. 260, dans m& Collection. • Clarciido!!, Ilut. vf the rehelL, t. II, p. 286.— KusLworih, part. III, t. I, p. 462.

formaient presque seuls, dans la Chambre des Communes, le parti royaliste naissant. Lord Falldandj M. Hyde et sir John Colepepper marchaient à leur têle j Charles résolut de se les attacher, Déjcà, avant son voyage en Ecosse, il avait eu avec Hyde de secrètes entrevues; et par la sagesse respectueuse de ses avis, par son aversion de toute nouveauté, surtout par son dévouement à rÉglisc, Hyde avait gagné sa confiance*. Lord Falkland lui plaisait moins; il méprisait la cour, estimait peu le Roi, ne s'était point rapproché de lui, même depuis sa rupture avec les novateurs, et les combattait plutôt pour défendre la justice offensée que pour servir le pouvoif menacé. Charles le craignait et se sentait mal à l'aise en sa présence. Cependant il y avait nécessité. Hyde, son plus intime ami, se chargea de la négociation. Falkland icfusa d'abord; sa scrupuleuse vertu l'éloignait des fauteurs de la révolution ; mais ses principes, ses vœux, les élans de son imagination un peu rêveuse le reportaient sans cesse vers les amis de la liberté. Il allégua son antipathie pour la cour, son inhabileté à la servir, sa résolution de n'employer jamais ni mensonge, ni corruption, ni espiontA, « moyens utiles, nécessaires peut-être, a disait-il, mais dont je ne me souillerai point. » Surpris et piqué d'avoir à solliciter un sujet, Charles insista pourtant. Hyde fit valoir le tort immense que ferait au Roi un tel refus. Falkland se laissa vaincre, découragé d'avance et comme victime d'un dévoue-

* Mémoires de Clarendon, t. I , p. 122, dans ma Collection,

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