ET LES TETES RONDES. SIS
d'ouvriers, de femmes, se rendaient le matin de la Cité à Westminster; et enpassant devant Whitehall, les cris: Point d'évéquesf point de lords papistes/ redoublaient de fureur. Quelquefois ils s'arrêtaient, et l'un d'eux, monté sur une borne, lisait à la foule les noms des membres pervers de la Chambre des Communes, ou des lords traîtres et corrompus. Leur audace alla jusqu'à demander qu'il n'y eût plus de concierge aux portes du palais, car ils voulaient voir le Roi à toute beure et selon leur plaisir '. Bientôt des rixes violentes s'engagèrent; les noms de Cavaliers et de Têtes rondes distinguèreni les deux i)artis. Les bourgeois repoussèrent d'abord celui-ci comme une insulte, puis l'acceptèrent comme un bonneur *. Les Cavabers, à leur tour, allaient cliercber leurs ennemis auprès de Westminster, tantôt pour les braver, tantôt pour protéger les royalistes menacés à leur sortie du Parlement. C'était surtout à la Cbambre baute que s'adressait le courroux du peuple, càr le bill d'exclusion des évéques y demeurait toujours en suspens. L'arcbevéque d'York, Williams, se rendant à pied à la Cbambre, voulut arrêter de sa main un jeune boramo qui le poursuivait de ses injures; la multitude se préci>^ pila sur lui, et ses amis eurent grand'peine à le déga-
» Clarendon, Hist. of the rebelL, t. Il, p. 203.— May, Biat. du Lon<i Parl.j t. I.. p. "iTif.dans ma CoUection.— Parliam, Hist. A. II, col. 'ISO.
• Cliircndon, IJist. of Ihe rchell. , t. II, p. -200. — Uiisliwortb part. III, 1. 1, p. 493.
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ger ^ Les deux partis se faisaient et s'arrachaient tour à tour des prisonniers. Le sang coulait, les Cavaliers se vantaient avec dérision d'avoir dispersé leurs adversaires; mais ceux-ci revenaient le lendemain plus aguerris et mieux armés. Un soir, comme les Lords siégeaient encore, le tumulte au dehors devint si violent que le marquis de Hertford, s'approchant du banc des évoques, leur conseilla de ne point sortir, a car, leui a dit-ilj ces gens-là crient qu'ils vous attendent, qu'ils « visiteront chaque voiture et ne vous laisseront point « échapper. — Faudra-t-il donc, dirent les évêques, que « nous passions ici la nuit?— Cela se pourrait bien, » répondaient en souriant quelques-uns des partisans de l'exclusion. Ils sortirent pourtant, mais les uns dans la voiture de quelque lord populaire, d'autres par des passages détournés ; et même, entre leurs amis, plusieurs commençaient à penser que leur présence ne valait pas les périls qu'elle faisait courir '. Deux fois la Chambre haute réclama le concours des Communes pour la répression de ces outrages ^ ; mais les Communes gardaient le silence ou répondaient en se plaignant des désordres des Cavaliers. « Nous avons besoin de tous nos 0 amis, disaient les meneurs ; à Dieu ne plaise que 6 nous empècliions le peuple d'obtenir par là c^ qu'il a
4 Clarendon, H^st. of the rebella t. II, p. 294. — Rusworth, part. III, t. I, p. 493.
» parliam. Hist., t. II, col. 991.
» Du 20 au 30 décembre IWl.
DU PARLEMENT. «lY
« raison de désirera » Les Lords s'adressèrent aux juges, demandant qu'on procédât contre les émeutes selon les lois; et sur un ordre revêtu du grand sceau, les juges de paix enjoignirent aux constables de placer des gardes auprès de Westminster pour dissiper les rassemblements. Les Communes mandèrent les constables, traitèrent cet ordre d'attentat à leurs privilèges, et l'un des juges de paix fut mis à la Tour *. En même temps la Chambre vota que, le Roi persistant à lui refuser sa garde, chaque membre aurait droit d'amener un de ses serviteurs et de le laisser à la porte, armé comme il lui conviendrait.
Ces émeutes, ces cris, ce désordre intraitable et familier pénétraient le Roi de colère et de crainte ; jamais, dans ses plus sinistres appréhensions, de telles scènes ne s'étaient offertes à sa pensée ; il s'étonnait et s'indignait que la majesté royale pût encourir de si grossiers affronts; et ce n'était plus pour son pouvoir seul, mais pour la sûreté, pour la dignité du moin» de sa personne et de sa vie qu'il commençait à s'alarmer. Plus troublée encore, la Reine l'assiégeait de ses terreurs; et la fierté du monarque et la tendresse du mari ne pouvaient supi)orter l'idée d'un péril ou d'une insulte pour l'objet de ses alfections, la compagne de son rang. Cherchant de tous côtés quelque appui contre la multitude, quelque moyen de prévenir ou de punir ses excès, il
' Parliam. Hisl., t. II, col. DS6.
3 Ihid. col.9s7.