ACCUSATION D'UN LORD ET DE CINQ
Ce jour même^ en effet \ sir Edouard Herbert, procureur général de la couronne, se rendit à la Chambre haute, et au nom du Roi, accusa de haute trahison lord Kimbolton et MM. Hampden , Pym , HoUis , Strode et Haslerig, les cinq derniers membres des Communes, pour avoir tenté : 1*> de détruire les lois fondamentales du royaume et de ravir au Roi son pouvoir légal ; 2o d'ahéner le peuple du Roi par d'odieuses calomnies; 3° de soulever l'armée contre le Roi ; 4° d'engager une puissance étrangère, l'Ecosse, àenvaliir le royaume; 5° d'anéantir les droits et l'existence même des Parlements ; 6° d'exciter, contre le Roi et le Parlement, des réunions séditieuses, afin de réussir, par la violence, dans leurs criminels desseins; 7° enfin, de provoquer la guerre contre le Roi. Sir Edouard requit en même temps la formation d'un comité pour examiner l'accusation , et qu'il plût à la Chambre de s'assurer de la personne des accusés ^
Les Lords demeuraient immobiles ; nul n'avait prévu un tel acte, et n'osait parler le premier. Lord Kimbolton se leva : « Je suis prêt, dit-il, à obéir à tous les s ordres de la Chambre ; mais puisque mon accusation « est publique, je demande que ma justification le soit fi également. » Et il se rassit au milieu du même silence. Lord Digby siégeait à ses côtés : « Que le Roi, lui dit-il n à l'oreille, est déplorablement conseillé! ou j'aurai
» Le 3 janvier 1642.
> Rushworth, part. III, t. I, p. 473-474.
MEMBRES DES COMMUNES (3 janvier 1042). SM
« bien du malheur, ou je saurai de qui vient tout ceci. » Et il sortit aussitôt, comme pour s'en informer. C'était lui-même et lui seul, assure-t-on, qui avait poussé le Roi dans cette entreprise. s'ent,^ageant de plus à demander l'arrestation immédiate de lord KimboUon, dès que le procureur général l'aurait accusé \
A l'instant un message des Lords informa de tout les Communes; elles venaient d'apprendre que des gens du Roi s'étaient rendus chez lescintj membres et y apposaient partout les scellés. Elles votèrent sur-le-champ qu'un tel acte violait tous leurs privilèges, que les prévenus étaient en droit et tout constable en devoir de s y opposer, que les gens du Roi seraient arrêtés et traduits à la barre comme déhnquants. Sir John Ilotham fut envoyé aux Lords pour leur demander snr l'heure même une conférence, avec ordre de déclarer que, si la Cliambre haute refusait encore de s'unir aux Communes pour obtenir du Roi une garde, elles se retireraient en un lieu plus sûr. On attendait la réponse des Lords; un héraut d'armes se présente : a Au nom du Roi mon « maître, je viens, dit-il, reiiuérir M. l'orateur de « remettre en mes mains cinq genlilsiiommes membres « de celte Chambre, que Sa Majesté m'a conuuandé t d'arrêter pour haute trahison. » Et il les nomma. Les accusés étaient là, nul ne quittait sa place; l'oraleur enjoignit au héraut de se retirer. Sans ttnuulte, sans
• Kushworth, part. III, t. I. p. 474. — ClareaJou, Util, of lli^ rthcll.,t. II, p. 331.
m LE ROI SE REND EN PERSONNE
opposition, la Chambre chargea un comité d'aller, séance tenante, dire au Roi qu'à un message si grave elle ne pouvait répondre qu'après un mûr examen. Deux ministres, lord Falkland et sir John Colepepper, eu firent partie; ils avaient tout ignoré. La conférence s'ouvrit avec les Lords ; en moins d'une heure elle eut pour résultat l'ordre de lever les scellés, et la demande d'une garde, portée au Roi, au nom des deux Chambres, par le duc de Richmond, son plus honnête favori. «Je « répondrai demain, » dit à son tour le Roi. Et les Communes s'ajournèrent au lendemain à une heure, ordonnant aux accusés de se trouver à Westminster, comme leurs collègues *.
Le lendemain *, à l'ouverture de la séance, l'inquiétude et la colère avaient redoublé; le pressentiment de quelque nouveau péril , inconnu , mais certain , agitait tous les esprits. Les royahstes siégeaient sur leurs bancs, tristes et silencieux; parmi leurs adversaires circulaient mille bruits recueillis la veille, durant la nuit, le matin même : les Cavaliers s'étaient réunis , le Roi leur avait fait dire de se tenir prêts ; deux barils de poudre et des armes avaient été apportés de la Tour à Whitehall ' ; on se pressait autour des cinq membres; de tous côtés leur arrivaient des conjectures, des renseignements, des
i Rushworth , part. III, t. I, p. 474-476. — Pnrliam. Hist., t eol. 1007-1008.
• Le 4 janvier 1642.
» Hush-worth, part. IIJ, t. I, p. 476-480.
A LA CHAMBRE DES COMMUNES (4 .-ajtvibr 1612). 325
conseils. Ils en savaient davantage : le ministre de France, depuis longtemps en relation secrète avec eux, et la comtesse de Carliste, maîtresse, dit-on, de M. Pym, les avaient instruits du coup d'État qui se préparait*; mais ils n'en parlaient point. Tout à coup arrive le capitaine Langrish, revenu naguère du service de France, et que ses liaisons avec quelques officiers réformés mettaient en mesure de tout voir. Il annonce que le Roi s'approche, qu'il l'a vu partir de Whitehall , escorté de trois ou quatre cents hommes, gardes. Cavaliers, étudiants, tous armés; qu'il vient en personne arrêter les accusés. Un grand désordre s'élè\e ; la nécessité d'une prompte résolution l'apaise soudain. La Chambre engage les cinq membres à se retirer, car plusieurs s'étaient déjà saisis de leurs armes, et se préparaient à résister. Pym, Ilampden, Hollis et Haslerig sortent aussitôt. M. Strode s'y refuse; on le prie, on le presse ; déjà le Roi est entré dans la cour; enfin sir Walter Earl, son ami, le pousse brusquement dehors. La Chambre entière prend place sur ses bancs. Le Roi avait traversé, au milieu d'une double haie de ses serviteurs , la grande salle de Westminster ; sa garde seule montait avec lui l'escalier de la Chambre. Il arrive, défend aux siens, sous peine de
■* Rushworth, part. III, t. I, p. 477.— Whitelocke, p. 51.— iVemc*res de Warwick, p. 170, dans ma CoHeciton. — Histoire de la révohliun de 1088, par M. Mazure, t. III, p. 429, note 4, dans les extraits de la corrospondaiice du ministre do France à Londres. —Mcmoires de madame de Motteville, t. I, p. 2C6 (édit. ia-lJ de 1750^,
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