LE ROI SE REND EN PERSONNE
mort, de le suivre plus loin, et entre le chapeau à la main, avec le seul comte Palatin son neveu. Tous les membres se découvrent et se lèvent. Le Roi jette en passant un coup d'œil sur la place où Pym avait coutume de s'asseoir , et ne l'y voyant pas, il s'avance vers l'orateur : « Avec votre permission, monsieur l'orateur^ 0 je vous emprunterai un moment votre fauteuil. » Il y monte, et promenant ses regards sur la Chambre : « Messieurs, dît-il, je suis fâché de l'occasion qui m'a- « mène ici; je vous ai envoyé hier un héraut d'armes, « chargé d'arrêter quelques personnes accusées, par a mon ordre, de haute trahison. J'attendais de vous a l'obéissance et non un message. Nul Roi d'Angleterre 0 n'a été plus soigneux que je ne veux l'être de maintea nir vos privilèges; mais vous devez savoir qu'il n'y a a de privilège pour personne dans les cas de haute tra- 0 bison. Je viens voir si quelques-uns des accusés sont « ici; tant qu'ils siégeront dans cette Chambre, je ne « puis espérer qu'elle rentre dans le droit chemin où a je la désire sincèrement. Je viens vous dire que je « veux les avoir, quelque part qu'ils se trouvent. Mon- « sieur l'orateur, où sont-ils? » L'orateur tombant à genoux : a Avec le bon plaisir de Votre Majesté, je n'ai « ici point d'yeux pour voir, ni de langue pour parler, a qu'autant que la Chambre, dont je suis le serviteur, « veut bien me le prescrire ; je supphe humblement « Votre Majesté de me pardonner si je ne puis faire « d'autre réponse à ce qu'il lui plaît de me demander. "« — A la bonne heure; je vois bien que les oiseaux se
A LA CHAMBRE DES COMMUNES (4 janvier 1642.) 3^
t sont envolés. J'attends de vous que vous me les « enverrez dès qu'ils reviendront. Je vous certifie, sur « ma parole de Roi, que je n'eus jamais le dessein d'em- « ployer la force, et que je procéderai contre eux par les « voies légales. Maintenant, puisijue je ne j)uis l'aire ce a qui m'a amené, je ne vous déranj^erai pas davantage; « mais, je vous le répète, je compte qu'aussitôt qu'ils « rentreront dans la salle, vous me les enverrez; sinon « je prendrai des moyens pour les trouver. » Et il quitta le fauteuil, toujours le cliapeau à la main. La Chambre demeurait encore immobile ; mais de plusieurs coins de la salle s'éleva le cri : Privilège! privilège/ au moment de son départ '.
Dès qu'il se fut éloigné, la Chambre, sans rien faire ni même rien annoncer, s'ajourna au lendemain ;*-Jtous les membres sortirent, pressés d'apprendre jusqu'où s'étaient portés les desseins du Roi et quel sentiment en avait pris le public. Ils trouvèrent au dehors, sur l'escalier, dans la grande salle, aux portes de Westminster, parmi les serviteurs qui les attendaient et dans le peuple attroupé, une émotion non moins vive que la leur. Il n'était bruit que des insultes et des menaces des Cavaliers : « Qu'on me montre le but, avait dit Pun, le pis- « tolet à la main, je ne le manquerai pas. — Au diable « lu Chambre des Communes I s'écriaient les autres.
•Rushworth, part. III, t. I, p. 411. — ParUatn. Ilist., t. II, eol. 1009-1012.— Journa/i of the Ilouse of Commotis. t. II, p. 300 et Vnhr.; 4 janvier l(j4i.— Wliitelocke, p. 50.