ÉTAT DE L'IRLANDE
allumée par rinsurrection avait continué dans ce mallieuieux pays sans relâche, mais sans effet. Dix ou douze mille soldats, mal payés, rarement recrutés, étaient trop faibles pour le soumettre, quoique suffisants pour l'empêcher de s'affranchir. Au mois de février 1642, avant l'explosion de la guerre civile, les Chambres avaient voulu tenter un grand effort : un emprunt avait é(é ouvert pour suffire aux frais d'une expédition décisive; et les terres des insurgés, que les confiscations futures ne pouvaient manquer de faire échoir à la couronne, avaient été affectées d'avance, d'après un tarif déterminé, au remboursement des souscripteurs '. De fortes sommes furent ainsi rccueilhes, et quelques secours envoyés à Dublin : mais la guerre civile éclata; pressé par ses ];)ropres affaires, le Parlement ne s'occupa plus de l'Irlande que de loin en loin, sans vigueur, sans suite, pour assoupir, quand elles devenaient trop vives, les plaintes des protestants de ce royaume, surtout pour rendre, aux yeux de l'Angleterre, le Roi responsable de leurs malheurs. Charles ne faisait à leurs intérêts ni plus d'attention ni plus de sacrifices, et pendant qu'il reprochait au Parlement de s'être approprié une partie des sommes levées pour leur cause, lui-même intercep- . tait les convois destinés à les approvisionner, ou leur
douter (Caite, Orrnond's Life ^ t. III, jiassim). M. Eroglie en a biea résumé les preuves {Hist. oftlie Britisli empire^ t. III, p. 459, dans la note).
1 May, Hist. du, Long Pari., t. I, p. 29(3, dans ma CûUeclion, et tous les Mémoires du temps.
enlevait, jusque dans les arsenaux de Dublin, les fusils et la poudre dont ils avaient le plus pressant besoin'» Mais les principaux proteslanis d'Irlande, aristocrates par situation, étaient attachés à l'épiscopat et à la couronne; l'armée comptait parmi ses officiers un grand nombre de ceux que le Parlement s'était empressé déloigncr comme Cavaliers; ils avaient pour général le comte d'Ormond, riche, brave, généreux, populaire, qui gagna deux batailles contre les rebelles -, et fit honneur au Roi de ses succès. Le parti parlementaire déchna rapidement en Irlande; les magistrats qui lui étaient dévoués furent remplacés par des royalistes : le Parlement envoya deux commissaires, membres des Communes, pour ressaisir quelque empire'; mais Ormond leur interdit l'entrée du Conseil, et au bout de quatre mois se sentit assez fort pour les contraindre à se rembarquer *. Tout le pouvoir civil et militaire fut dès lors entre les mains du Roi, qui, débarrassé d'une surveillance importune quoique impuissante, n'hésita plus à suivre le dessein auquel le poussaient ses embarras et son penchant. La Reine n'avait jamais cessé d'entretenir avec les catholiques irlandais une correspondance que sans doute son mari n'ignorait pas; l'insurrection u'était plus, comme aux premiers jours, le hideux
» Carte, Ormond's Life, t. II, Appendice, p. 3 et 5.
* Les batailles de Kilrush et de Ross, les 15 avril lGi2 et 19 mari 164 J.
3 fioodwin et ReynoVIs, dans i'aulomne de lG4î.
* En février 1643.