ETAT DE L'IRLANDE
déchaînement d'une populace sauvage ; un Conseil souverain de \ingt-qualre membres, résidant à Kilkenny % la gouvernait avec prudence et régularité; plus d'une fois déjà il avait adressé au Roi d'affectueux messages^; le supi)liant de ne plus persécuter, pour complaire à ses ennemis, de fidèles sujets qui n'aspiraient qu'à le servir. Charles ne se jugeait encore ni en assez grand péril ni assez atTranciii de tout ménagement envers l'opinion de son peuple, pour accepter ouvertement mie telle alliance; mais il pouvait du moins, pensa-t-il, montrer aux Irlandais quelque douceur, et rappeler en Angleterre, pour l'employer contre des rebelles plus odieux et plus redoutables, l'armée qui les combattait en son nom. Ormond reçut l'ordre d'ouvrir en ce sens des négociations avec le Conseil de Kilkenny 2; et en attendant leur issue, pour accréditer la raison ou se ménager l'excuse de la nécessité, on fit grand bruit de la détresse, en effet très-réelle, à laquelle étaient réduits en Irlande la cause protestante et ses défenseurs. Dans une longue et pathétique remontrance adressée au Conseil de Dublin, l'armée exposa toutes ses misères et sa résolution d'abandonner un service dont elle ne pouvait plus s'acquitter. Des mémoires envoyés à Oxford et à Londres portèrent au Roi et aux Chambres la môme déclaration avec les mêmes plaintes ^ Cependant les
* Depuis le 14 novembre 1G42.
* La commission dOrmond est datée du 11 janvier 1643 ; les Jiégociations commencèrent dans le cours du mois de mars suivant,
3 l-'.usliwortli, t. VI, p. 537 et suiv.
négociations avançaient; au moment de l'arrestation d'Antrim elles touchaient en effet à leur terme; et vers le milieu de septembre, quelques jours avant celui où les Chambres acceptèrent solennellement à Westminster le covenant conclu avec l'Ecosse, l'Angleterre apprit que le Roi venait de signer avec les rebelles irlandais une trêve d'un an \ que les troupes anglaises qui comballaient l'insurrection étaient rappelées;, et que dix régiments débarqueraient bientôt;, cinq à Cliester, cinq à BristoP.
De toutes parts s'éleva une clameur violente; les Irlandais étaient pour l'Angleterre un objet de mépris, d'aversion et d'effroi. Parmi les royalistes mêmes, et jusque dans les murs d'Oxford, le mécontentement n'hésita point à se manifester. Plusieurs ofticiers quittèrent l'armée de lord Newcastle, et firent leur soumission au Parlement \ Lord Holland revint à Londres, disant que les papistes prévalaient décidément à Oxford, et que sa conscience ne lui permettait plus d'y demeurer *. Les lords Bedford, Clare, Paget, sir Edouard Dering, et plusieurs autres, suivirent son exemple, couvrant du même prétexte leur inconstance ou leur làclielé '\ Le Parlement ne se montra point difficile en fait de re-
1 La trcîve fut signée le 5 septembre 1643, à Sigginstown , dan* le comté Je Kildare.
* Godwin, Hist. ofthe Comvwnwealth^ t. I, p. 279. » \Vhitelocke,p.73.
* Ibîd.
s JInd., p. 75, n.—rarliam. Uisl. t. lU. col. 189. 297.