A WARE (15 NOVEMBRE
aux paroles de Fairfax par des cris séditieux ; Cromwell s'avance : « Otez-moi de vos bonnets ce papier, « dit-il aux soldats; les soldats refusent; il entre brusquement dans les rangs, désigne et fait arrêter quatorze des plus mutins : sur la place même un Conseil de guerre se réunit; trois soldais sont condamnés à mort : « Que le « sort choisisse l'un d'entre eux, ordonne le Conseil, et « qu'il soit fusillé à l'instant. » Le sort choisit Richard Arnell, fougeux agitateur; l'exécution eut heu aussitôt devant le front du régiment : on fit emmener les deux autres condamnés et leurs onze camarades. Le major Scott et le capitaine Bray furent aussi arrêtés : un silence profond régnait dans la plaine; tous les corps repartirent pour leurs cantonnements; les deux autres rendez-vous se passèrent sans le moindre murmure, et l'armée entière parut rentrer sous le pouvoir de ses chefs'.
Mais Cromwell ne s'abusait point sur l'incertitude, le péril même d'un tel triomphe : quand il vint l'annoncer aux Communes-, au lieu des rcmcrcîmcnts que vota pour lui la majorité ravie de la défaite des agitateurs, les chefs presbytériens ne dissimulèrent point leur froideur, ni les républicains leur colère : aux pre-
i Rushworlh, part. IV, t. II, p. 875. —ParUam. Hist. , t. III, col. 791. — Clarendon, Jlist. oflherehell., t. IX, p. 19. — Mazcres, Select tracts relating to the civilwars in England, etc.. part. I, préface, p. xxxiii-LXXui. — Goàvfïn, Hist. of the commonweallh, t. II, p. 40-2-408.
« Le 19 novembre 1017. — Whitelocko, p. 280.
252 PROGRES DU PARTI JiKPUBLICAIN
micrs, tout succès de Cromwcll était siîspcct, quel qu'en fût l'efTet apparent ; les seconds regardaient sa conduite au rendez-vous de Ware comme une nouvelle preuve de sa trahison. Ludlow s'opposa dans la Chambre au vote de remercîments *; le prédicateur SaltmarsU accourut du fond de son comtés et par un ordre exprès de Dieu, dit-il,, pour annoncer aux généraux que le Seigneur les ahandonnait, puisqu'ils avaient emprisonné ses saints *; enfin, après quelques moments de stupeur, une foule de simples officiers^ de sous-officiers, de soldats, presque tous les meneurs révolutionnaires des régiments, vinrent déclarer à Cromwell et à Ireton qu'aucune rigucvir, aucun échec ne les détournerait de Jeurs desseins; qu'ils étaient résolus à se défaire du Roi, à établir une répubhque; qu'au risque de tout perdre, ils diviseraient l'armée, en entraîneraient au moins les deux tiers, et poursuivraient l'entreprise plutôt que de se laisser dompter. Cromwell n'avait garde de les réduire à cette extrémité; il avait voulu, par un grand exemple, couper court dans l'armée aux progrès de l'anarchie; du reste, il savait la force des fanatiques, et ne songeait déjà qu'à se réconcilier avec eux. Sans se prononcer pour la république, il dit à tous ceux qui le venaient voir beaucoup de mal du Roi, reconnut qu'ils avaient raison de n'en rien espérer, convint que, pour lui, les gloires du monde l'avaient ébloui un moment.
* Mtmoircs de Ludlow, 1. 1, p. 253.
« Whitelocke, p. 3286.