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LE PARLEMENT RENTRE EN NÉGOCIATION

dil-on, depuis quelques jours dans les parages de l'île*. Mais une nouvelle intrigue avait ranimé ses espérances: après un vif débat dans les Communes, les Chambres venaient de voter ' que quatre propositions lui seraient présentées sous forme de bills ; et que^, s'il les acceptait, il serait admis, comme il l'avait plusieurs fois demandé, à traiter en personne avec le Parlement. Elles portaient: i° que le commandement des forces de terre et de mer appartiendrait pendant vingt ans aux Chambres, avec pouvoir de le reprendre même plus tard si la sûreté du royaume semblait l'exiger; 2° que le Roi révoquerait toutes ses déclarations, proclamations, et autres actes publiés coutre les Chambres, pour les taxer d'illégahté et de rébelUon; 3° qu'il annulerait toutes les lettres patentes de pairie accordées depuis son départ de Londres ; A' enfin que les Chambres auraient le droit de s'ajourner au temps et dans le lieu qui leur conviendraient. Charles, malgré sa détresse, n'avait nul dessein de sanctionner ces bills et de reconnaître ainsi la légitimité de la guerre qui l'y avait réduit; mais il savait que les commissaires écossais les avaient vivement combattus, qu'ils témoignaient même un amer ressentiment du mépris que faisaient les Chambres de leurs remon-

* Mémoires de Berkley, p. 217-218.

* Le 14 décembre 1647. La motion eut lieu dans la Chambre des Lords le 23 novembre, et les Communes l'adoptèrent le 27, à la majorité de cent quinze voix contre cent six. {Parliam.Hist., t. IH. col. 803, 804,823, 824'

AVEC LE ROI (décembre 1647). 9S1

Iraures ' : il avait reçu (Veux^ au moment où lui parvenaient les lettres de Berkley, une secrète invitation de repousser des propositions si olîensantes, et la promesse qu'ils se rendraient eux-mêmes à l'île de Wight, pour traiter avec lui^ au nom de l"Écosse, à de bien meilleures conditions. « Il faut attendre, dit-il à Berkley de retour; « je veux en finir avec les Écossais avant de quitter le « royaume; s'ils me voyaient hors des mains de l'armée, « ils seraient bien plus exigeants -. »

Les lords Lauderdale, Lowdcn et Lancrk arrivèrent en efTet au château de Carisbrooke presque en même temps que lord Denbigh et ses cinq collègues ', commissaires de Westminster. Les négociations, déjcà entamées à Hamptoncourt , se renouèrent aussitôt entre eux et le Roi, avec grand mystère, car ils n'étaient venus , disaient-ils, que pour protester entre ses mains contre les propositions du Parlement. En deux jours le traité fut conclu, rédigé, signé *, et enfoui dans un jardin de l'île, en attendant qu'on pût l'en faire sortir sans danger. Il promettait au Roi l'intervention d'une armée écossaise pour le rétablir dans ses justes droits, sous la condition qu'il confirmerait pour trois ans le régime presbytérien en Angleterre, quoique dispensé de s'y conformer lui et les siens, et qu'à ce terme, l'assemblée

t Parliam. Hisl., t. III, col. 825, 820. » MJmoires de Berkley, p. 218-223.

» Le 23 décembre 1647. Parliam. Hist., t. III, col. 824, 827. Bownng, p. S7.

* Le 26 (lôoembre.

258 LE ROI REPvOUSSE LES OUVERTURES

des théologiens consuIlOe , Û réglerait définitivement, de concert avec les deux Ctiambres, la constitution de l'Église. Plusieurs stipulations au profit de l'Ecosse, et dont l'honneur anglais eût été vivement offensé, accompagnaient cette concession générale. On convint en outre qu'à l'appui de l'armée écossaise les Cavaliers se lèveraient en armes dans tout le royaume; qu'Ormond irait reprendre en Irlande le commandement du parti royaliste ; que le Roi enfin, dès qu'il aurait repoussé les quatre propositions, s'évaderait de l'île pour aller sur la frontière d'Ecosse, à Berwick ou dans quelque autre place, attendre en liberté le moment d'agir '.

Tout ainsi convenu, Charles fit dire aux commissaires du Parlement qu'il était prêt à leur donner sa réponse '. Il avait résolu, comme trois ans auparavant dans les négociations d'Oxford, de la leur remettre cachetée, craignant qu'instruits de son refus, peut-être même de ses projets, ils ne prissent contre lui des mesures qui feraient tout échouer. Mais lord Denbigh refusa obstinément de recevoir sous cette forme le message du Roi : « Le Parlement nous a chargés, dit-il, de lui rapporter, « non tout ce qu'il plairait à Sa Majesté de nous « remettre, mais l'adoption ou le rejet des quatre bills.» 11 fallut céder et lire à haute voix le message. Charles il^epoussait absolumen*t les propositions , et demandait à

i Clarendon, Hist. of the reldl., t. IX, p. 43-56,— Burn et, M»moirs of theJIamïltons, p. 325-334.

* Le 2/ décembre.

DU PARLEMENT (27 décembiie 1647). 259

traiter en personne, sans être tenu de rien accepter préalablement. Les commissaires se retirèrent, eurent avec Hammond une courte conférence, reparlircnl pour Westminster; et quelques heures après leur départ, pendant que le Roi s'entretenait avec Berkley et Asliburnham des moyens d'évasion préparés pour la nuit suivante, les portes du château se fermèrent, l'entrée en fut interdite à tout étranger, les gardes furent partout doublées, et presque tous les serviteurs du Roi, Ashburnham et Berkley les premiers, eurent l'ordre de quitter l'île sur-le-champ *.

Une colère pleine de douleur s'empara de Charles; il fit appeler Hammond : « Pourquoi me traitez-vous delà « sorte? Où sont vos ordres? Est-ce l'Esprit qui vous « inspire cela? » Hammond, qui n'avait point d'ordres formels, se taisait, hésitait; il parla enfin de la réponse que Sa Majesté venait de faire aux propositions du Par- ?£ment. « Ne m'avez-vous pas promis, dit le Roi, sur i votre honneur, qu'en aucun cas vous n'en prendriea « avantage contre moi?— Hammond. Je n'ai rien promis. a — Le Roi. Vous êtes plein de réticences et de subter- « fuges; me donnerez-vous un de mes chapelains? « Vous tenez, dites-vous, pour la liberté de conscience : « n'en aurai-je point, moi ?— Hammond. Je ne puis vous « donner un chapelain.— Le Roi. Vous ne me traitez

1 Mémoires de Berkley, p. 225-230. — ParUain. Ilist., t. III, col. 828-830.— Bowring, p. 92-94.— Clarendon, Hist. ofthirebell., t. IX, p. 22-27.

iGO ATTAQUES CONTRE LE ROI

« ni en gentilhomme ni en chrétien.— Hammond. Je a vous parlerai quand tous serez en meilleure disposic tion.— Le Roi. J'ai très-bien dormi la nuit dernière. « — Hammond. Je me suis conduit très-civilement a\ec a vous. — Le Roi. Pourquoi n'en faites-vous pas autant a à présent? — Hammond. Sire, vous êtes trop haut. — Le « Roi. Ce ne pourrait être la faute que de mon cordon- « nier, et je ne vois pas qu'il ait haussé les talons de « mes souhers. » Il répéta deux fois cette phrase en se promenant dans la Chambre; puis revenant vers Hammond : « Aurais-je la liberté de sortir pour prendre « l'air? — Hammo>'d. Non, je ne puis l'accorder. — Le « Roi. Vous ne pouvez l'accorder? Je suis donc en <i prison? Est-ce là la foi que vous me devez? sont-ce là « vos serments? Répondez. »Hammond sortit vivement, troublé et les larmes aux yeux , mais il ne changea rien à ses dispositions*.

Cependant les commissaires du Parlement arrivaient à Westminster; à peine avaient-ils rendu compte de leur voyage et de ses résultats, qu'un membre, jusquelà inconnu, sir Thomas Wroth, se leva dans la Chambre des Communes* : « Monsieur l'orateur, dit-il, Bediam a « été préparé pour les fous, et Topheth pour les Rois* ;

* Clarendon, State-PaperSj t. II, Appendice , p. xliv. — Rush» ■worth, part. IV, t. II, p. 959-960.— Whitelocke, p. 288.

» Le 3 janvier 1618.

* C'est-à-dire Venfer. Topheth est un mot hébraïque qui désigne, dans son sens général, une chose abominable, digne d'exécration (le mot radical signifie cracher avec dégoût), et, à titre de nom

DANS LE PARLEMENT (janvier 1648\ 261

e le nôtre s'est conduit naguère comme si Bedlam était a le seul séjour qui lui convînt : je demande humblc- « nient que les Chambres ne s'adressent plus à lui^ et flt règlent sans son concours les affaires publiques. Peu « m'importe la forme du gouvernement qu'elles établi- « ront, pourvu qu'il n'y ait ni diables ni Rois. » Ireton « appuya sur-le-champ la motion. «Le Roi, dit-il, en « refusant les quatre bills, a refusé à son peuple sûreté (( et protection; c'est uniquement en retour de sa pro- « tcction que l'obéissance lui est due; puisqu'il nous « retire la protection, c'est à nous de lui retirer l'obéis « sance et de régler l'État sans lui. » Étonnés d'une s.1

propre, un lieu dans la vallée Ben Hinnom (vallée des fils de la lamentation) où l'on avait longtemps offert des sacrifices à Moloch, où furent jetées les statues des faux dieux lorsqu'on démolit leurs autels sur les hauteurs de Jérusalem, et qui devint plus tard une sorte de voirie destinée à recevoir les immondices» et où l'on brûlait les corps des suppliciés. C'est en ce sens que le prophète Esaïe , menaçant d'une ruine entière Sennachérib et son armée, dit (chap. xxx, vers. 33) : «■ Depuis longtemps Topheth est préparé pour le Roi. » Cependant quelques anciens docteurs, entre autres saint Jérôme et le paraphraste chaldéen, entendirent simplement par Topheth, l'enfer^ la Géhenne ; et, à leur exemple, Calvin et les théologiens réformés de son école n'ont prêté à ce mot aucune autre acception. C'est en ce sens que le i)rend la version anglaise de la Bible, que l'employaient Millon (l'arad. losi, chant I", vers 392, 493-485) et les écrivains du temps, et que sir Thomas Wroth fait allusion au passage d'Ésaïe, présent alors, comme tout le texte des livres sacrés , à la mémoire de la j'iupart de ses au.H'.e-r:.

Je dois CCS rciisoignoments à la savante amitié de l'un dea théologiens protestants les plus éclairés de notre époque, M.Stapfer. ,^

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