‹ Histoire de Charles IerChapitre 105 sur 151 · G2 CROMWELL ATTAQUE LE ROI · texte numérisé non relu

G2 CROMWELL ATTAQUE LE ROI

rude attaque, irrités eux-mêmes des refus du Roi, les presbytériens parurent un moment embarrassés et timides; plusieurs voix s'élevèrent cependant contre la mesure : « L'adopter, dit Maynard, c'est dissoudre, au- « tant qu'il est en nous, le Parlement; quand les « Rois ont refusé de recevoir ses pétitions, d'écouter ses « adresses, on a toujours considéré de tels actes comme « la plus fragrante violation de ses privilèges, car c'était « le dissoudre de fait sans prononcer sa dissolution : et « nous donc, en décidant que nous ne recevrons plus « du Roi aucun message, que nous ne Ini en adresse- « rons plus aucun, qu'allons-nous faire sinon déclarer « que nous ne sommes plus un Parlement? » La discussion se prolongeait et s'échauffait; les presbytériens reprenaient confiance; la Chambre, d'abord assez mal disposée [tour eux, se montrait ébranlée. Cromwell se leva : « Monsieur l'orateur, dit-il, le Roi est un homme a de beaucoup d'esprit, de grands talents, mais si dissi- « mule, si faux, qu'il n'y a pas moyen de s'y fier. Pena dant qu'il proteste de son amour pour la paix, il « traite sous main avec les commissaires d'Ecosse pour « plonger la nation dans une nouvelle guerre. L'heure « est venue pour le Parlement de gouverner et de « sauver seul le royaume ; les hommes qui, au prix de « leur sang, vous ont défendus de tant de périls, \ous < défendront encore avec le même courage, la même « fidélité. N'allez pas, en négligeant de veiller à votre «r sûreté et à celle du royaume, qui est aussi la leur, • leur donner lieu de croire qu'ils sont trahis et livrés

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« à la rage de l'ennemi qu'ils ont vaincu pour tous; « craignez que le désespoir ne les pousse à chercher « leur salut en vous abandonnant, vous qui vous a])an- « donneriez vous-mêmes. Combien, de leur part, une « telle résolution vous serait fatale, je tremble de le « dire et vous laisse en juger; » et il se rassit, la main sur son épée. Nulle voix ne s'éleva plus; la motion, aussitôt adoptée', fut transmise dès le lendemain^ à la Chambre haute. Un moment les Lords parurent hésiter; le débat traînait en longueur* : deux déclarations vinrent de l'armée*; l'une adressée aux Communes, pleine de félicitations et de menaces contre leurs ennemis; l'autre aux Lords, douce, caressante, démentant les bruits qui couraient sur les dangers de la pairie , et promettant de la soutenir dans tous ses droits. Les lâches purent s'etîrayer ou se rassurer à leur gré; la discussion cessa de languir, et, au moment du vote définitif *, les lords Warwick et Manchester protestèrent seuls contre l'adoption ^

Une vive et rciloiitable protestation éclata en revanche dans le royaume : a Les voilà donc justifiées, s'é- « criaient les Cavaliers, ces accusations, ces prédictions

* Par cent quarante et une voix contre quatre-vingt-douze.

* Le 4 janvier 1G18.

» Il fut remis d'abord du 4 au 8 janvier, puis du 8 au 13.

* Le 11 janvier ; elles sont en date du 9. » Le 15 janvier 1C48.

« Parliam. Ilist., t. III, col. 830-837. — Clément Walker, Iliê- Jory of independeticy, p. 69-71 (édil. petit iu-4o de 1648]. — Clareadon, Bisl. oftherebeU., t. IX, p. 27-33.

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a tant de fois traitées de cliimère ou de calomnie ! » Et partout une foule de voix, naguère incertainoe;, maudissaient avec eux cette détestable trahison. Avant que le Roi eût pu répondre à la déclaration des Chambres, plusieurs réponses parurent, fruit du zèle spontané de simples citoyens'. Jamais tant de bruits de complots loyalistes, jamais tant et de si violents pamphlets ~'fivaient assiégé Westminster ^ Dans lîle de \Yight même, un capitaine Burley, officier de marine retiré, fii battre tout à coup le tambour au milieu des rues de Newport, et attroupant une bande d'ouvriers, denfants, de femmes, se mit en marche à leur tête pour aller tirer le Roi de prison. La tentative fut à l'instant étouffée, et Barley pendu comme coupable d'avoir voulu faire la guerre au Roi en son Parlement ". Mais les mêmes dispositions, les mêmes désirs agitaient les comtés jadis les plus contraires à la cause royale; et jusqu'aux portes de la Chambre des Communes, des soldats réformés de l'armée d"Essex se promenaient en tumulte, criant : « Vive le Roi ! » et arrêtant les voitures pour contraindre les passants de boire avec eux à sa

* Clarendon, Hist. ofthercbell., t. IX, p. 33.

* Rush-worth, part. IV, p. 929, 974, 1002 ; deux pamphlets surtout, intitulés : Les dLv commandements du Parlement {The Parliament's ten commandments), et le Nouveau Testament de nos seigneurs «t sauveurs de la Chambre des Commîmes siégeant à W estminster ythe New Testament ofour lords and saviours theHouse of Commonê titling at Westminster) excitèrent une vive rumeur.

* Clarendon, Hist. of the rehell., t. IX, p. 25. — Mémoires do Berkley, p. 229,

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santé*. Les républicains s'indignaient de se voir ainsi troublés dans leur victoire': en vain ils obtenaient de quelcjues comtés des adresses de félicitations*; en vain les Communes proclamaient leur dessein de réformer les lois civiles, de rendre la justice moins coûteuse ; en vain même elles suspendaient leurs propres privilèges en matière de poursuite et de dettes ^ Ces importantes améliorations n "étaient vivement souhaitées et appréciées que du parti lui-même^, ou de quelques esprits supérieurs : les unes choquaient les préjugés du peuple, les autres échappaient à sou ignorance; l'intention intéressée qui semblait y présider en détruisait tout l'effet. 11 fallut suppléer à la popularité par la tyrannie. On pressa les poursuites déjà commencées contre les membres des deux Chambres et les magistrats de la cité présumés auteurs ou fauteurs des émeutes presbytériennes et royalistes * ; quiconque avait porté les armes contre le Parlement reçut ordre de quitter Londres^ et défense de résider à moins de vingt milles de ses murs^; on prescrivit une révision générale des juges de paix du royaume, afin d'écarter ceux dont les sentiments seraient suspects®;

i Parliam. Hist. , t. III, col. 804.

« Rushworth, part. III, t. Il, p. 973.

» Le 4 janvier 1648. Parliam. Hist., t. III, col. 830.— Rusliworth, part. IV, t. II, p. 985.

* Rushworth, part. IV, t. II, p. n-2-3. —Parliam. Hist., t. III, col. 838-842.

» Le 17 décembre 1647. Rushworth, part. IV, t. II, p. 1)33.

• Rushworth, part. IV, t. II, p. 920.

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