‹ Histoire de Charles IerChapitre 121 sur 151 · PÉTITIONS DES RÉPUBLICAINS · texte numérisé non relu

PÉTITIONS DES RÉPUBLICAINS

lour réduire au silence les indépendants, qu'elle eût /ieu dans l'île de Wight même, et chargea ' trois commissaires d'en aller porter au Roi la proposition formelle, en lui demandant sur quel point de l'île il voulait résider pendant le traité, et lesquels de ses conseillers il désirait avoir auprès de lui.

Les meneurs indépendants ne s'y trompèrent point; c'était là un revers irrévocable. Sentant les approches de la crise, et plus effrayée de leur triomphe que de leurs menaces, la majorité passait décidément à leurs ennemis. Ludlow se rendit sur-le-champ au quartier général, toujours devant Colchester : « On complote, « dit-il à Fairfax, de trahir la cause pour laquelle tant « de sang a coulé ; on veut , à tout prix, faire la paix; « le Roi, prisonnier, ne se croira point lié par ses pro- « messes ; les gens mêmes qui poussent le plus à la « négociation s'inquiètent fort peu de l'obhger à les a accomphr; employer son nom et son autorité à « détruire l'armée, c'est là leur unique but : l'armée a 0 conquis le pouvoir, il faut qu'elle s'en serve pour pré- « venir sa propre ruine et celle de la nation. » Fairfax convint qu'il disait vrai, protesta qu'au besoin lui-même serait tout prêt à déployer, pour le salut de la cause publique, la force qu'il avait en main : « Mais il faut , « dit-il, que j'y sois clairement et positivement invité; « et, quant à présent, je ne puis me dispenser de pour- « suivre sans relâche ce malheureux siège qui dure

» Le 2 août. Parliam. Hist., t. III, co], 964, 965.

CONTRE LA PAIX AVEC LE ROI (septembre 1648). 291

« encore, malgré nos efforts. » Ludlow alla trouver Ireton, que Cromwell, en j)arlant, avait eu soin de laisser auprès du général, et dont il se promettait plus d'ardeur : « Le moment n'est pas encore venu, lui dit u Ireton, il faut laisser marcher la négociation, et que « le [léril devienne évident '. » A défaut de l'armée, les républicains firent arriver à Westminster des pétitions menaçantes, une entre autres, rédigée par Henri Martyn, et qui, proclamant tous les principes du parti, sommait les Communes de se déclarer pouvoir souverain, et de répondre enfin à l'attente du peuple en lui donnant toutes les réformes qu'il s était promises quand il avait pris les armes pour le Parlement. La Chambre ne répondit point : le surlendemain une seconde pétition arriva, se plaignant amèrement de ce dédain ; et celte fois les pétitionnaires en troupe attendaient à la porte, criant avec colère : « A quoi bon un Roi et des Lords? ce sont « des inventions humaines; Dieu nous a faits tous « égaux : des milliers de braves gens verseront leur « sang pour ces principes. Nous sommes déjà quarante « mille qui avons signé cette pétition, mais cin({ mille « chevaux vaudraient bien mieux -.«Quelques membres même, Scott, Blackiston, Weaver, sortis de la salle , se mêlaient familièrement à la foule, et encourageaient ses cris. La Chambre persista dans son silence; mais plus

1 Mémoires de Ludlow, t. I, p. 312-310.

» Le 11 septembre. PaWiam. Hist., t. III, col. 1005-1013. —Whitelocke, p. 330. 331.— Rusliwortb, part. IV, t. II, p. 1257.— Ji^^ moires de Ludlow, t. I, p. 312. dans ma note.

298 NÉGOCIATIONS DANS L'ILK riE

elle se montrait ferme, plus le parti se précipitait avec passion vers ses derniers desseins, et, cinq jours après cette scène ', Henri Martyn partit soudainement pour rÉcosse, où Crom^yell venait d'entrer.

Au même moment ^ partaient pour l'île de \Yight r}uinze commissaires, cinq lords et dix membres des Communes '^, tous, excepté Vane et peut-être lord Say, kvorables à la paix. Jamais négociation n'avait excité une plus vive attente ; elle devait durer quarante jours. Le Roi s'était empressé de l'accepter, donnant sa parole que, pendant cet intervalle, et vingt jours encore après, il ne ferait aucune tentative pour s'évader. Vingt de ses plus anciens serviteurs, grands seigneurs, théologiens, jurisconsultes, avaient été admis à l'aider de leurs conseils; il avait même demandé et obtenu qu'une partie de sa maison et de son service domestique, des pages, des secrétaires, des chambellans, des écuyers, des gens de sa garde-robe, des valets de pied lui fussent rendus à cette occasion *. Aussi, à l'arrivée des commissaires dans la petite ville de Newport% l'encombrement était tel que trois jours s'écoulèrent avant que tous les nouveaux venus eussent réussi à se loger. En attendant, les

' Le 18 septembre. Whitelocke, p. 332.

» Le 13 septembre.

• Les lords Norlhumberland, Pembroke, Salisbury, Middîesex et Say; lord Wenman, Hollis, Pierpoint, Vane, Grimstone, sir John Potts , John Crew , Samuel Brown , John Glynn et John Bulkley.

• ParUain. Hisl., t. III, col. 1001. Journah ofihe House ofLord», 24 août.

• Le 15 septembre.

WIGHT (SBPTEMBRE-NOVBMBRE 1648). 299

commissaires se présentaient chaque matin chez le Roi, profondément respectueux, mais très-réservés, et sans que nul osât l'entretenir en particulier. La plupart, en revanche, communiquaient famiUèrement avec ses :onseillers, et lui faisaient passer ainsi leurs avis, l'exhortant surtout à accepter promptement, et presque sans déhat, les propositions du Parlement; car, disaient-ils, tout est perdu si la négociation n'est pas conclue et le Roi de retour à Londres avant que l'armée et Cromwell aient eu le temps d'y revenir'. Charles semblait croire à la sincérité de leurs conseils et enclin à s'y conformer; mais il nourrissait au fond du cœur une bien autre espérance : Ormond, depuis six mois réfugié à Paris", était sur le point de reparaître en Irlande, pourvu de l'argent et des munitions que la cour de France lui avait promis; il devait en arrivant, et de concert avec lord Incliiquin, conclure la paix avec les catholiques, engager contre le Parlement une guerre vigoureuse, et le Roi, s'évadant alors, retrouverait un royaume et des soldats' : « Celte nouvelle négociation, a écrivait-il à sir William Hopkins, chargé de préparer « sa fuite, sera dérisoire comme les autres; rien n'est 0 changé dans mes desseins*. » Les conférences s'ou-

* Clarendon, Hist. oftherehell., t. IX, p. 222-22i. — M émoirM de Herbert, p, 71.

» En mars 1648.

* Carte, Ormond' s Life. t. II, p. 20-38.

* En août 1648. Les lettres du Roi à sir William Hopkins on* été publiées dans la troisième édition de l'ouvrage de Wagstatf, intitulé : Vindication of the royal martyr.

Page 1