NEGOCIATIONS DANS L'ILE DE
"Vrirent ofûciellement le 18 septembre, le Roi placé sous un dais, au bout de la salle; devant lui, à peu de distance, les commissaires de Westminster assis autour d'une table; derrière son fauteuil, ses conseillers debout et silencieux ; car c'était avec le Roi en personne que le Parlement \oulait traiter; tout intermédiaire lui semblait au-dessous de sa dignité; et dans leur ponctuelle soumission, les commissaires s'étaient décidés à grandpeine à souffrir la présence de quelques témoins. Cliarks soutenait donc seul la discussion ; au besoin seulement il pouvait passer dans la chambre voisine et prendre l'avis de ses conseillers *. A la vue de leur Roi ainsi solitaire et contraint de se suffire à lui-même, une secrète émotion traversa le cœur de tous les assistants. Les cheveux de Charles avaient blanchi - ; l'expression d'une tristesse habituelle s'était unie à la fierté de ses regards; eon maintien, sa voix, tous ses traits révélaient une àme toujours hautaine et pourtant vaincue, également incapable de lutter contre sa destinée et de s'en laisser abattre, touchant et singulier mélange de grandeur sans force et de présomption sans espoir. Les propositions du Parlement, toujours les mêmes, sauf quelques modifications peu importantes, furent lues et examinées successivement : Charles se prêta de bonne grâce à la discussion, calme, répondant à tout, ne s'irritant d'aucune résistance, habile à faire valoir toutes les res-
1 Mémoires de Herbert, p. 72; de Warwick, p. 275. — Clarendon Eist. ofthc rehell.,t. IX, p. 225- « Clarendon, Hist. oftliereleU., t. IX, p. 225-226.
WIGHT (SBPTEMBRE-NOVEMBRE 1648). 801
sources de sa cause, étonnant enfin par la fermeté de son esprit, sa douceur, son intelligence des affaires et des lois du royaume, ses adversaires les plus prévenus : « Le lloijditunjourlecomtedeSalisburyà sirPliiiippe « Warwick, a fait de merveilleux progrès.— Non, mi- « lord, répondit Warwick, le Roi a toujours été ce qu'il a est aujourd'luii, mais votre seigneurie s'en est apcr- « eue trop lard. » Bulkley, l'un des commissaires des Communes, le pressait de tout accepter, l'assurant que, « le traité une fois conclu, le diable ne viendrait pas à « bout de le rompre. — Monsieur, lui dit Charles, vous « appelez cela un traité? Rappelez-vous, je vous prie, « cette querelle de la comédie, où l'un des deux chama pions dit en sortant : Il y a eu et il n"y a pas eu « combat, car il y a eu trois coups donnés et je les ai « reçus tous les trois. C'est précisément ce qui m'arrive, « car j'admets la plupart de vos propositions; je n'en « écarte qu'un très-petit nombre, et vous, vous ne me « faites aucune concession \ » Il s'était résigné en elfot à consentir, sur le commandement des forces de terre et de mer, sur la nomination aux grands emplois, sur l'Irlande, même sur la légitimité de la résistance qui avait amené la guerre civile, aux demandes du l>aiIoment; mais au lieu de céder d'un seul coup et sans liésilation, il disputait pied à pied le terrain qu'il ne pouvait défendre, tantôt adressant lui-même aux Chambres des propositions différentes, tantôt essayant délu-
• Mémoires de Warwick, p. 377-2~'3,