‹ Histoire de Charles IerChapitre 125 sur 151 · PÉTITIONS AU PARLEMENT · texte numérisé non relu

PÉTITIONS AU PARLEMENT

lieues de Berwick, dans le château de lord Mordingion, Argyle, Tenu à sa rencontre, eut avec lui une longue conférence * : clairvoyants l'un et l'autre, le succès ne les aveuglait point sur le péril; les royalistes écossais, puissants malgré leur défaite, et encore en armes sur plusieurs points, se montraient décidés à ne pas subir sans résistance une réaction sanglante; un traité promptement conclu' leur assura le repos et leurs biens, sous la condition de licencier leurs troupes, d'abjurer tout engagement en faveur du Roi, et de prêter de nouveau serment à la sainte ligue qui n'eût jamais dû cesser d'unir les deux royaumes. Rentrés ainsi en possession du gouvernement, Argyle et son parti reçurent Cromwell à Edimbourg avec grande pompe; le comité des États, le corps municipal, épurés ou réélus, le clergé et le peuple fanatique l'accablaient chaque jour de visites, de harangues, de sermons, de banquets; mais lui, pressé par les rapports de Henri Martyn, et leur laissant Lambert avec deux régiments pour protéger leur empire, reprit en toute hâte le

Whigamores, du mot whtgam employé par ces paysans en conduisant leurs chevaux et pour les exciter. De là vint le nom de Whigi donné plus tard au parti opposé à la cour, comme représentant et héritiers des plus ardents covenantaires écossais. (Burnet, Histoire de mon temps, t. I, p. 89.)

1 Le 22 septembre. Rushworth, part. IV, t. II, p. 1282.

s Le 26 septembre. Burnet, Memoirs ofHamiltons, p. 367, 368. Histoire démon temps, t. I , p. 90, dans ma CoUeclton. — Malcolm Laing, Hist., of Scotland, t. III, p. 405.

CONTRE LE ROI (octobre 1648). 307

chemin de l'Angleterre *. A peine il était rentré dans le comté dYork, pendant qu'il ne semblait occupé que de dissiper les restes de rinsurrcclion, de nombreuses pétitions en partirent, toutes adressées aux Communes seules, et réclamant prompte justice des délinquants, quels que fussent leur rang et leur nom. Au même moment, le même vœu arriva d'autres comtés, toujours présenté ou soutenu par les amis de Cromwell*. Les presbytériens le repoussèrent au nom de la grande charte et des lois du royaume : « Monsieur l'orateur, dit « Denis Bond, républicain obscur, ces messieurs pré- 0 tendent que la Chambre n'a pas le droit de juger 0 milord de Norwich, ni aucun autre lord, parce que « c'est contre la grande charte, et qu'ils ne doivent être a jugés que par leurs pairs. Bientôt, j'en ai la confiance, « viendra le jour où nous pendrons le plus grand de a tous ces lords, s'il le mérite, sans aucun jugement < par ses pairs; et nous trouverons, je n'en doute pas, « d'honnêtes et ferme? juges pour le faire malgré la a grande charte ', » La Chambre repoussa les pétitions: mais d'autres leur succédèrent aussitôt, bien plus explicites et redoutables, car elles venaient des régiments d'Ircton, Ingoldsby, Fleetwood, \Vhalley, Overton, et demandaient formellement aux Comnumes justice du Koi, à Fairfax le rétablissement du Conseil général de

» Le 11 octobre. Rushworth, part. IV, t. II, p. 1295, 1296. • Les 10 octobre et 6 noven? re.

s Parliam. nist.,i. III, col. 1040-1042. — Rushworth, part. IV, t. II, p. 1218.— Whitelocke p. 341.

808 REMONTRANCE DE L'.àRMÉE

l'armée, « seul capable, disaient-elles, de prévenir les « désastres qui nous menacent, soit par ses représen- « tations aux Cliambres soit par tout autre moyen'. » Le Conseil reprit, en effet, ses séances; et le 20 novembre, l'orateur informa les Communes que des officiers étaient à la porte, le colonel Ewers à leur tête, venus au nom du général et de l'armée pour leur présenter un papier : c'était une longue remontrance, semblable à celle que sept ans auparavant , à pareil jour % et pour rompre décidément avec lui, les Communes elles-mêmes avaient adressée au Roi; à leur exemple, l'armée énumérait dans celle-ci tous les maux, toutes les craintes de l'Angleterre, lesimputait à la mollesse des Chambres, à leur oubli des intérêts publics, à leurs négociations avec le Roi ; les sommait de le traduire solennellement en justice, de proclamer la souveraineté du peuple , de décréter qu'à l'avenir le Roi serait élu par ses représentants, de mettre un terme à leur propre session, de pourvoir en se séparant à l'égale répartition du droit de suffrage, à la tenue régulière des Parlements futurs, à toutes les réformes voulues des gens de bien; menaçait enfin, bien qu'à mots couverts, de sauver elle-même la patrie si elle demeurait plus longtemps compromise par la négligence ou la faiblesse d'hommes qui, après tout.

* Les 18 et 30 octobre. Parliam. Hist., l. III, col. 1056, 1077. — Rushworth , part. IV, t. II, p. 1297, 1311. — Whitelocke, p. 338^ 341. Journals oftheHouse of Commons.

' Le 21 novembre 1641. Voyez cet ouvrage, t. I, p. 304-307.

AU PARLEMENT (20 novembre 1648). 809

n'étaient, comme les soldats, que les délégués et les serviteurs de leurs concitoyens *.

A cette lecture, s'éleva de toute part le plus violent orage; les indépendants Scott, Holland,\Ventworth, demandaient à grands cris qu'à l'instant même on remerciât l'armée de ses francs et courageux conseils ; les presbytériens , quelques-uns avec indignation, d'autres en termes flatteurs pour les officiers, voulaient que la Chambre écartât la remontrance, et, pour marquer son mécontentement, s'abstînt de toute réponse -. L'expédient convenait aux timides comme aux braves; ils l'emportèrent après deux débats % et à une grande majorité *. Mais le jour était venu où les victoires ne servent qu'à précipiter les derniers revers : au dehors comme au dedans de Westminster, rcfTervescencc et la confusion étaient au comble; déjà on parlait du prochain retour de Cromwell ^ ; déjà on parlait de marcher sur Londres **. Les royalistes, perdant tout espoir, ne songaientplus qu'à se venger de leurs ennemis, n'importe par quels moyens : plusieurs membres républicains furent insultés et assailhs dans les rues ' ; plusieurs avis vinrent à Fairfax, même de France, que des Cavaliers

1 ParUam. nisl.,t. III, col, 1077-1128.— Whilclocke, p. 350. ' Mercurius pragmaticus, n" 35.

• Les 20 et 29 novembre.

* A cent vingt-cinq voix contre cinquante-trois. » Rushworth, part. IV, t. II, p. 1320.

« Whitclccke, p. 352. ParUam. Hist., t. III, coL 1137-1141. ' Uushworth.part. lY, t. II, p. 1279. — Wbilelocke, p. 335.

dlO LUTTE DES PRESBYTÉRIENS ET DÉS

avaient résolu de l'assassiner à Saint-Albans ^ : à Doncaster, une bande de vingt hommes enleva Rainsborough qui y commandait, et trois d'entre eux le poignardèrent au moment où il essayait de leur échapper «; le bruit courut même qu'un complot se tramait pour massacrer, au sortir de Westminster, quatre-vingts des membres les plus influents *. Enfin, au milieu de cet anarchique déchaînement, on apprit coup sur coup que, sous deux jours * Cromwell serait au quartier général ; que, dans l'île de Wight, le gouverneur Hammond, suspect de trop d'égards pour le Roi et le Parlement, avait reçu de Fairfax ^ l'ordre de quitter son poste, de retourner à l'armée, et de remettre au colonel Ewers la garde du Roi ® ; qu'à cette nouvelle, Charles saisi de crainte avait étendu ses concessions, clos les conférences de Newport, et que, le jour même ', les commissaires, porteurs de ses offres définitives, s'étaient mis en route pour en aller rendre compte au Parlement.

Ils arrivèrent en effet le lendemain, presque tous profondément émus du péril où- ils avaient laissé le Roi et de ses derniers adieux : « Milords, leur avait-il dit,

• Rushworth, part. IV, t. II, p. 1280.

- Le 29 octobre. Clarendon, Hist. ofthe relell, t. IX, p. 190. 1P3.— Whitelocke, p. 341.— Rush-worth, part. IV, t. II, p. 1315. 3 Rush-worth, part. IV, t. II, p. 1279.— Whitelocke, p. S35. » Le 2 décembre.

• Le 25 novembie.

• Parliam. Hist., t. III, col. 1133-1137. ' Le 28 novembre.

RÉPUBLICAINS DANS LE PARLEMENT (décembre 1648). 311

« VOUS venez prendre congé de moi, et j'ai peine à « croire que nous nous revoyions jamais; mais que la « volonté de Dieu soit faite I Je lui rends grâces; j'ai « fait ma paix avec lui ; je subirai sans peur tout ce qu'il « lui plaira que les hommes fassent de moi. Milords, a vous ne pouvez méconnaître que, dans ma ruine, « vous voyez d'avance la vôtre et déjà très-prochaine. « Je prie Dieu qu'il vous envoie de meilleurs amis que « je n'en ai trouvé. Je n'ignore rien du complot tramé « contre moi et les miens; et rien ne m'afflige autant a que le spectacle des souffrances de mon peuple, et le « pressentiment des maux que lui préparent ces hommes « qui, toujours parlant du bien public, ne s'inquiètent « que d'assouvir leur propre ambition *. » Le rapport des commissaires à peine terminé ', quoique les nouvelles concessions du Roi différassent peu de celles qu'ils avaient tant de fois repoussées, les presbytériens proposèrent aux Communes de les déclarer satisfaisantes et propres à servir de fondement à la paix. La motion fut même appuyée par iNathaniel Fiennes, fils de lord Say, et naguère l'un des meneurs indépendants les plus emportés. Le débat durait depuis plusieurs heures quand vint à la Chambre l'avis d'iuie lettre de Fairfax au Conseil commun , annonçant que l'armée se mettait en marche sur Londres : « La question ! la question ! » s'écrièrent aussitôt les indépendants, ardents à profiter

* The Works of king Charles the martyr (Londres, 1G02) , p. 424. ■ Le 1" dccembre.

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