LE ROI EST ENLEVÉ DE L'ILE
« à mon service et qui m'attend, que je suis prêt à ac- « compagner le Roi, que celte nuit si noire semble « faite exprès, que je ne vois point de véritable obstaa de, que fera Votre Majesté? » Charles garda un moment le silence; puis, secouant la tète : « Non, dit-il, « ils m'ont donné leur parole, je leur ai donné la « mienne; je n'y manquerai point. — Cook. Mais, sfif-e, « je présume que, par «7s et leur, Votre Majesté veut 0 dire le Parlement; or, tout est changé; c'est l'armée a qui veut jeter en prison Votre Majesté. — Le Roi. N'im- « porte; je ne manquerai pas à ma parole : bonsoir, « Ned; bonsoir, Lindsey; je vais dormir aussi longer temps que je pourrai. — Gook. Sire, je crains que ce a ne soit pas long.— Le Roi. Comme il plaira à Dieu, » Il était une heure ; ils sortirent, et Charles se coucha, Richmond resté seul auprès de luj.
Au point du jour, on frappa à la porte : « Qui êtes- « vous? que vcfiilez-vous ? demanda Richmond. — Des « officiers de l'armée qui veulent parler au Roi. » Richmond n'ouvrait pas, attendant que le Roi fût habillé ; on frappa de nouveau et avec violence : « Ouvrez, » dit Charles au duc ; et avant qu'il fût hors de son lit, plusieurs officiers, le lieutenant-colonel Cobbett à leur tète, se précipitèrent dans la chambre : « Sire, dit Cob- « bett, nous avons ordre de vous emmener. — Le Roi. « Ordre de qui? — Cobbett. De l'armée. — Le Roi. Où « voulez-vous m 'emmener? — Cobbett. Au château. — « Le Roi A quel château? — Cobbett. Au château. — a Le Roi. Le château n'est pas un château; je suis prêt
DE WIGHT (30 novembre 1648). 317
« pour quelque château que ce soit : nommcz-le. » Cobbett consulta ses compagnons^ et se décidant enfin : « Au clmleau de Hurst , dif-il. — Le Roi, à Rkhmond : « Ils n"en pouvaient nommer un pire. » El se tournant vers Cobbett : « Ne puis-je avoir aucun de mes servi- « teurs ? — Cobbett. Seulement les plus nécessaires. » Charles désigna ses deux valets de chambre, Harrington et Herbert, et Mildmay, sonécuyer tranchant. Rich" mond sortit pour faire préparer le déjeuner; mais, avant qu'il fût prêt, les chevaux arrivèrent : a Sire, dit a Cobbett, il faut partir. » Le Roi monta en voiture sans mot dire, Harrington, Herbert et Mildmay avec lui. Cobbett se présenta pour y entrer, mais Charles lui barra le chemin avec le pied, et fit fermer aussitôt la portière. On partit sous Tescorte d'un détachement de cavalerie : un petit bâtiment attendait à Yarmouth; le Roi s'embarqua, et trois heures après, il était enfermé à Hurst-Castle, sans aucune communication au dehors, dans un appartement si sombre qu'à midi il y fallait ics flambeaux, et sous la garde du colonel Ewers, geôlier bien plus rude et plus menaçant que ne l'avait été Cobbett '.
A ces nouvelles, les presbytériens donnèrent à leur indignation un libre cours : « La Cliambre, s'écriaient- « ils, a garanti le Roi, pendant son séjour à Newport, a respect, sûreté et liberté ; elle est déshonorée aussi
* Colonel Cook's narrative, dans RuslnvorUi , part. IV, t. II, p. 1344-1:318. —ilf emoiVcs de Herbert, p. 70-91. Parliam. ilist., col. 1149-1151.— Clftrendon, Hist. ofthe rebcll., t. IX, p. 271.