‹ Histoire de Charles IerChapitre 129 sur 151 · S18 DÉBATS VIOLENTS DANS LE · texte numérisé non relu

S18 DÉBATS VIOLENTS DANS LE

« bien que perdue si elle ne repousse avec éclat cette R insolente rébellion. » On vota, en effet, que Tenlèvement du Roi avait eu lieu à l'insu et sans le consentement de la Chambre ; on reprit avec un redoublement de passion le débat relatif à la paix. 11 durait déjà depuis plus de douze heures ; la nuit était très-avancée ; quoiijue l'assemblée fût encore nombreuse, la fatigue commençait à surmonter le zèle des faibles, des vieillards; un homme se leva, fameux entre les martyrs des libertés publiques, mais qui ne siégeait dans la Chambre que depuis trois semaines, ce même Prynne qui, douze ans auparavant, avait soutenu, contre la tyrannie de Laud et de la cour, le plus rude combat * : « Monsieur Tora- « leur, dit-il, on sait que je veux parler de la paix, et « déjà on me taxe d'apostasie; déjà, par allusion au a titre de l'un de mes ouvrages, on m'appelle le favori a royal. Voici toutes les faveurs que j'ai jamais reçues a de Sa Majesté ou de son parti. Ils m'ont fait couper a les oreilles à deux reprises et de la façon la plus bar- « bare; ils m'ont mis trois fois au pilori, deux heures « chaque fois ; ils ont fait brûler mes ouvrages, bien « qu'autorisés, sous mes yeux et par la main du boura reau; ils m'ont imposé deux amendes, chacune de c 5000 livres sterling; ils m'ont retenu huit ans en a prison sans plumes, sans encre, sans papier, sans li- « vres, sauf la Bible, sans amis, me donnant à peine les « aliments nécessaires pour me soutenir... Si quelque

* Voyez cet ouvrage, t. I, p. 216.

PARLEMENT (décembre 1648). 819

« membre de cette Chainbre m'envie ces marques de « la faveur royale^ je consens à croire qu'il ne me trai- « tera pas sans raison d'apostat ou de favori. » Il parla ensuite plusieurs heures, discutant minutieusement toutes les propositions du Roi, toutes les prétentions de l'armée, considérant tour à tour sous ses diverses faces l'état du Parlement et du pays, grave sans pédanterie, pathétique sans colère, évidemment élevé, par l'énergie et le désintéressement de sa conscience, au-dessus des passions de sa secte , des défauts de son propre caractère et de la portée commune de son talent : « Mon- « sieur l'orateur, dit-il avant de finir, on prétend que, a si nous mécontentons l'armée, nous sommes perdus; « un de ses chefs vient de nous déclarer qu'elle met- « trait bas les armes et ne nous servirait pas plus long- « temps : et alors, dit-on, qu'arrivera-t-il de nous et de « nos fidèles amis ? S'il en devait être ainsi, je ferais « peu de cas, je l'avoue, de la protection de serviteurs « à ce point inconstants et mutins ; je ne doute pas que « si l'armée nous abandonnait, Dieu et le royaume ne « fussent avec nous; et si, le Roi et nous, nous parvec nous à nous entendre pour ce traité, nous n'aurons «pas grand besoin, j'espère, des futurs services « de l'année. U'ifi q'i il t-''^ soit, fiât juslitia, ruai « cœlum ; faisons notre devoir et laissons à Dieu l'évé- < ncment. » La Chambre avait écouté ce discours avec rattcntion et l'émotion la plus iirofoude; il était neuf heures (lu malin; la séance durait depuis vingt-cpiatre heures; deux cent quarante -quatre membres sié-

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