A WINDSOR (17 DÉCEMBRE
« Harrison? — Herbert. C'est du capitaine Reynolds que f je le tiens.— Le Roi. En ce caS;, je le crois; mai? avez- « vous vu le colonel ? — Herbert. Non, sire. — Le Roi. Et « Reynolds vous a-t-il dit pourquoi il venait? — Her- « iiERT. J'ai tout fait pour le savoir; mais la seule « réponse que j'aie pu obtenir, c'est que le motif de la a venue du colonel serait bientôt connu. » Le Roi renvoya Herbert, puis le rappela au bout d'une beure, toujours profondément troublé, les larmes aux yeux et l'air abattu : «Pardon, sire, lui dit Herbert, mais je suis « consterné de voir à Votre Majesté tant de cbagrin de 0 cette nouvelle. — Je ne suis point effrayé, répondit « Charles, mais ce que vous ne pouvez savoir , c'est que « cet homme est le même qui avait formé le projet de a m'assassiner pendant les dernières négociations. Une « lettre m'en a averti. Je ne me rappelle pas l'avoir 9 jamais VU, ni lui avoir fait aucun mal. Je ne voudrais « pas être surpris. Ce lieu est tout propre à un tel crime. 9 Retournez, et informez-vous de nouveau de ce qui « amène Harrison.» Plus heureux cette fois, Herbert ai)[)rit que le colonel venait pour faire conduire le Roi à Windsor, dans trois jours au plus tard, et se hâta de le lui rapporter; la joie brilla dans les yeux de Charles : a A la bonne heure, dit-il ; ils deviennent donc plus c traitables : Windsor est r.n heu où je me suis toujours < plu; j'y serai dédommagé de ce que j'ai souffert ici. » Deux jours après, en effet, le lieutenant-colonel Cobl)Llt vint dire au Roi qu'il avait ordre de l'emineutir sur-le-champà\Vindsor,oùHarrisou était déjà retourné*
Charles^ loin de s'en plaindre, pressa lui-même le départ. Il iroLiva, à une lieue de Hurst, un corps de cavalerie chargé de l'escorter jusqu'à Winchester. Partout sur sa route accourait une foule nomhreuse, gentilshommes, bourgeois, paysans, les uns simples curieux, qui se retiraient après l'avoir vu passer, les autres vivement émus et faisant tout haut des vœux pour sa hberté. Comme il arrivait à Winchester, le maire et les aldermen vinrent au-devant de lui, et lui présentant, selon l'usage, la masse et les clefs de leur ville, lui adressèrent un discours plein d'affection. Mais Cobbett , poussant brusquement vers eux, leur demanda s'ils oubhaient donc que la Cliambre avait déclaré traître quiconque ferait quelque adresse au Roi ; et saisis de terreur, ils se répandirent en humbles excuses, protestant qu'ils ignoraient la volonté de la Chambre, et suppliant Cobbett d'en obtenir leur pardon. Le lendemain, le Roi reprit sa route. Entre Alresford et Farnham parut en bataille un nouveau corps de cavalerie, chargé de relever celui qui l'avait escorté jusque-là; un officier le commandait, de bonne mine, richement équipé, un bonnet de velours sur la tête, un justaucorps de buffle sur le dos , une écharpe de soie cramoisie , ornée de franges, autour du corps. Charles, -frappé de sa contenance, passa près de lui au petit pas, en reçut un salut respectueux, et rejoignant Herbert : « Quel est, lui dit- « il, cet officier ? — Le colonel Harrison, sire. » Le Roi se retourna aussitôt, considéra le colonel longtemps et si attentivement que celui-ci, embarrassé, se retira der-
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rière la troupe pour éviter ses regards : « Cet homme, « dit Charles à Herbert, a la tournure d'un vrai soldai; « je me connais en [)liysionohiie : la sienne me plaît, ce « n'est pas là un assassin. » Le soir, à Farnham, où le cortège s'arrêta pour coucher, Charles aperçut le colonel dans un coin de la salle, et lui fit signe d'approcher. Harrison obéit avec déférence et embarras, l'air rude et timide en même temps : le Roi le prit par le bras, l'emmena dans une embrasure de fenêtre, s'entretint près d'une heure avec lui, lui parla même de l'avis qu'il avait reçu sur son compte : « Rien n'est plus faux, 0 sire, dit Harrison. Voici ce que j'ai dit, et je puis le « répéter : c'est que la justice ne fait point acception « des personnes et que la loi est également obligatoire « pour les grands et pour les petits ; » et il appuya sur ces derniers mots avec une affectation marquée. Le Roi rompit l'entretien, se mit à table et n'adressa \)his la parole à Harrison, sans paraître cependant attacher à sa réponse aucun sens qui le pût inquiéter.
Il devait arriver le lendemain à Windsor : en partant deFarnliam, il déclara ([uil voulait s"arrèter à Bagshot et dîner au milieu de la forêt, chez lord Nevvburgh, un de ses plus fidèles Cavaliers. Harrison n'osarefuser, quoique tant d'instance lui inspirât (pielqucs soupçons. Ils étaient légitimes. LoidNe\vburgli,grandainaleurdechevaux,en avait, un (jui passait pour le plus léger de toute l'Angleterre : depuis longtemps en correspondance secrète avec le Roi, il l'avait engagé à blesser en roule celui ({u'il montait, promettant de lui en donner un avec leiiiiel il