‹ Histoire de Charles IerChapitre 23 sur 151 · ET L'OUEST · texte numérisé non relu

ET L'OUEST

moment intimidés par leun périls et par ses victoires, SCS ennemis avaient reconî' nencé, pendant l'hiver, à l'assiéger de soupçons, à 1 li susciter mille dégoûts; peu avant son départ, une pétition populaire avait demandé la réforme de son armée, et les Communes n'en avaient témoigné nul mécontentement'; celle de Waller était toujours mieux pourvue et payée avec plus d'exactitude'. C'était évidemment contre lui, et pour le remplacer au besoin, que lord Manchester en formait une nouvelle ^; à Londres et dans son camp ses amis s'indignaient que, du fond d'une salle de ^Yestminster, des hommes étrangers à la guerre prétendissent en régler les opérations, et prescrire à des généraux leurs mouvements *. 11 répondit au comité : «Vos ordres sont a contraires à la discipline mihtaire et à la raison; si « je revenais sur mes pas, ce serait, à tous égards, un « grand encouragement pour l'ennemi. Votre inno- « cent quoique suspect serviteur, Essex; » et il continua sa marche ^

Le comité surpris ajourna la querelle et sa colère; les ennemis d'Essex ne se sentaient pas assez forts pour le perdre, ni môme pour se passer de lui ; ils se conten-

« "Whitelocke, p. 76.

• Rushworth, part. III, t. II, p. 683.— Mémoires de Hollis, p. 30, dans ma Collection.

3 Clarendon.ifisf. of the rehelL, t. \ll,-[>. 109.

* Whitelocke, Memoriah, etc. , p. 80.

5 Rushworth, part. III, t. II,p. G83. — Clarendon, iïu<. oj Ih» rtlelL, t. VII, p. 132.

a BATAILLE DE

tcrent de faire in?érer dans la réponse qui lui fut adressée quelques phrases de réprimande sur le ton de sa lettre*; et il reçut l'ordre de poursuivre Texpédition que le précédent message lui avait enjoint d'abandonner*.

Les nouvelles de l'armée de Waller n'étaient pas étrangères à tant de prudence. Après avoir vainement poursuivi le Roi, ce favori du comité était à son tour en péril. Dès que Charles eut appris que les deux généraux du Parlement s'étaient séparés, et qu'il n'avait plus affaire qu'à un seul, il s'arrêta, écrivit au prince Robert de se porter sans perdre un moment au secours d'York assiégé ^; et se rejetant lui-même, par une résolution liardie, dans la route qu'il avait parcourue en fuyant d'Oxford, rentra dans la place dix-sept jours après l'avoir quittée, se remit à la tête de ses troupes, et reprit l'offensive pendant que Waller le cherchait encore dans le comté de Worcester. Au premier bruit des mouvements du Roi, Waller revint en toute hâte, car lui seul restait pour couvrir la ville de Londres; et bientôt, soutenu de quelques renforts, il s'avança avec sa confiance accoutumée, pour offrir ou accepter du moins le combat. Charles et les siens, animés de cette

« Rushworth, part. III, t. II, p. 683.

* Rushworth, ibid. — Whitelocke, Memorials, etc., p. 87.

3 Sa lettre est datée du 14 juin 1611, de Tickenhall, près de Bewdley, dans le comté de Worcester. Elle a été publiée pour Is première fois en 1819, dans l'Appendix aux Memoirs of sir John Evelyn (Londres, 2 vol. in-4"), t. II, p. 87.

CROPREDY-BRIDGE (29 juin 1644). 43

ardeur que fait naître un succès inespéré après un prand péril, le souliaitaiont plus vivement encore. L'action s'engagea le 29 juin, à Cropredybridge, dans le comté de Buckingham; et malgré une brillante résistance, Waller fut battu, plus complètement même que ne le crurent au premier moment ses vainqueurs*.

Le bonheur parut donner à Charles une hardiesse et même une habileté jusque-là inconnues. Tranquille sur NValler, il résolut soudain de marcher vers l'ouest, d'y poursuivre Essex à outrance, et de détruire ainsi coup sur coup ces deux armées qui naguère le tenaient presque prisonnier. Essex d'ailleurs avait paru sous les murs d'Exeter, et la Reine, qui y résidait, accouchée depuis quelques jours*, ignorant encore les succès de son mari, allait retomber dans toutes ses terreurs'. Charles se mit en route deux jours après sa victoire; et en môme temps, pour la rendre agréable au peuple plutôt que par un désir sincère de la paix, il adressa dEvesham im message aux Chambres, où, sans leur donner le nom de Parlement, il se répandait en protestations [jacifiqucs, et olTiait de rouvrir des négociations*.

Mais pendant qu'il s'éloignait, et avant que son mes-

* Clarendon , Hist. of the rehell., t. VII, p. 142 et suiv. — i Riisbworlh, part. III, t. II, p. 675.

* Le 16 juin 1G44, de la princesse Henriette, depuis duchessa d'Ork'ans.

s Clarendon. JJ»i<. of the rehell., t. VII, p. 151. — Rush-wortb, part. III, t. II, p. G8G.

* Rushworth, part. III, t. II, p. 087; le message est daté du i juillet 1644.

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sage parvînt à Londres, déjà toute crainte en était bannie ; la face des affaires avait changé; la défaite de Wallcr n'était plus qu'un accident sans importance : le Parlement venait d'apprendre que, tout près d'York, ses généraux avaient remporté la plus éclatante victoire , que la ville ne pouvait tarder à se rendre, que, dans le nord enfin, le parti royaliste était comme anéanti.

Le 2 juillet, en effet, à Marston-Moor, de sept à dix heures du soir, une bataille, la plus décisive qui eût encore eu lieu, avait amené ces grands résultats. Trois jours auparavant, à l'approche du prince Robert , qui s'avançait vers York avec vingt mille hommes, les généraux parlementaires s'étaient décidés à lever le siège, se flattant qu'ils parviendraient du moins à empêcher le prince de jeter dans la place des secours; mais Robert déjoua leurs manœuvres, et entra dans York sans combat. Newcastle le pressa vivement de se contenter d'un si heureux succès ; la discorde fermentait , lui dit-il, dans le camp ennemi ; les Écossais étaient mal avec les Anglais, les indépendants avec les presbytériens, le lieutenant général Cromwell avec le major général Crawford ; qu'il attendît au moins, s'il voulait combattre, un renfort de trois mille hommes qui arriveraient sous peu de jours. Robert l'écouta à peine, répondit brusquement qu'il avait les ordres du Roi *, et commanda

t Ces ordres étaient contenus dans la lettre ci-dessus mentionnée , et qui lui prescrivait de se porter au secours d'York. On a longuement débattu la question de savoir si elle enjoignait for*

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