BATAILLE DE MARSTON-MOOR
lement plui de cent drapeaux ennemis si, dans leur enthousiasme, ils ne les avaient mis en pièces pour en orner leurs bonnets et leurs bras ' . Essex avait vaincu deux fois, mais comme par contrainte, pour sauver le Parlement près de périr, et sans autre effet : les saints cherchaient le combat, et n'avaient pas peur de la victoire. Les Écossais, qui s'étaient montrés si faibles dans ce grand jour, prétendraient-ils désormais les soumettre à leur tyrannie presbytérienne? Parlerait-on encore de la paix comme d'une nécessité? La victoire et la liberté seules étaient nécessaires; il fallait les conquérir à tout prix, et pousser jusqu'au bout cette bienheureuse réforme tant de fois compromise par des hommes intéressés ou timides, tant de fois sauvée par le bras du Seigneur. Partout retentissait ce langage; partout les indépendants, libertins ou fanatiques, bourgeois, prédicateurs ou soldats, faisaient éclater leurs passions et leurs vœux; et partout se mêlait le nom de Cromwell, plus emporté que nul autre dans ses discours, en même temps qu'il passait déjà pour le plus habile à tramer de profonds desseins. « Milord, dit-il un jour à Manchester, « auquel le parti se fiait encore, mettez-vous décidé- « ment avec nous; ne dites plus qu'il faut se tenir en
sortait une banderole où on lisait le nom de Kimlolton; à se» pieds, de petits chiens devant la gueule desquels était écrit: Pym, Pym , Pym; et de la gueule du lion sortaient ces mots. Quousque tandem ahutcris ^atientia nostraî (Rusiiworth, part. III, t. Il, p. 635.) * Ibidem
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« mesure pour la paix, ménager la Cliaml)re des Lords, « craindre les refus du Parlement : qu'avons- nous « affaire de la paix et de la noblesse? Rien n'ira bien « tant que vous ne vous appellerez pas tout simplement « M. Montagne : si vous vous attachez aux honnêtes « gens, vous serez bientôt à la tôle d'une armée qui fera a la loi au Roi et au Parlement \ »
Malgré l'audace de ses espérances, Cromwell lui-même ne savait pas combien la victoire de son parti était prochaine, ni quel triste sort était près d'atteindre l'adversaire qu'il redoutait le plus.
Essex s'était engagé de plus en plus dans l'ouest, ignorant quels périls s'amassaient derrière lui, et attiré par de faciles succès. En trois semaines il avait fait lever le siège de Lyme, occupé Weymouth, Barnstaple, Tiverton, Taunton, et dissipé presque sans combat les corps royalistes qui tentaient de l'arrêter. Comme il approchait d'Exeter, la Reine lui fit demander un sauf-conduit pour aller à Bath se remettre de ses couches. « Si « Votre Majesté, lui ré[)ondit-il, veut se rendre à (c Londres, non-seulement je lui donnerai un sauf- « conduit, mais je l'y accompagnerai moi-même; c'est « là qu'elle recevra les meilleurs avis et les soins les a plus efficaces pour le rétablissement de sa santé : pour « tout autre lieu, je ne puis accéder à ses désirs sans en a référer au Parlement'. » Saisie d'effroi, la Reine
1 Mémoires do Ilollis, p. 25, dans ma Collection. — Clarendon, Hint. of the rchell., t. VII, p. 2ô3.
» Kusliworth, part. III. t. II, p. G84. — Wliitelocla\ p. 88.
bO CAMPAGNE D'ESSEX
s'enfuit à Falmoiith, où elle s'emharqna pour la France', et Essex continua sa marche. 11 était encore en vue d'Exeter lorsqu'il apprit que le Roi, vainqueur de Waller, s'avançait rapidement contre lui, rassemblant sur sa route toutes les forces dont il pouvait disposer. L'n conseil de guerre fut aussitôt convoqué; on se demanda s'il fallait poursuivre et s'enfoncer dans le pays de Cornou ailles, ou rebrousser chemin, se porter au-devant du Roi et lui offrir le combat. Essex penchait pour ce dernier avis; mais plusieurs officiers, lord PiObarts entre autres, ami de sir Henri Yane, possédaient dans le pays de Cornouailles de grands biens dont les revenus leur manquaient depuis longtemps; ils avaient compté sur cette expédition pour se faire payer de leurs fermiers : ils repoussèrent toute idée de retraite, soutenant que le peuple de Cornouailles, opprimé par les royalistes, se soulèverait à l'approche de l'armée, et qu'Essex aurait ainsi l'honneur d'enlever au Roi ce comté, jusque-là son plus ferme appui -. Essex se laissa persuader, et s'engagea dans les défilés de Cornouailles, en faisant demander à Londres des renforts. Le peu[)le ne se leva point en sa faveur, les vivres étaient rares, déjà le Roi le serrait de près. 11 écrivit de nouveau à Londres que sa situation devenait périlleuse, qu'il fallait absolument que Waller ou quelque autre, par une
I Le 14 juillet 164-i.
« Clarendon, Iltst. of the rebelZ., t. VII, p. 168. — Rushwortn, part. III, t. II, p. 000.
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diversion sur les derrières de l'armée du Roi, mît la sienne en état de se déj^ager. Le comité des deux royaumes fit grand bruit de son malheur, et parut animé d'une extrême ardeur à le secourir : on prescrivit des prières publiques ' ; on donna des ordres à Wal- Icr, à Middleton, à Manchester même, revenu du nord avec une portion de son armée; à leur tour ils étalèrent le plus vif empressement : « Que l'on m'envoie de l'ar- « gent et des hommes, écrivait Waller. Dieu m'est « témoin que ce n'est pas ma faute si je ne vais pas plus a vite ; que la honte et le sang retombent sur la tète de 0 ceux qui me retardent! Si l'argent ne m'arrive pas, a j'irai sans argent. » Et il ne marcha point. Middleton tint le même langage, se mit en mouvement, et s'arrêta au premier obstacle. Aucun corps ne se détacha de l'armée de Manchester*. Rassurés par la victoire de Marston-Moor, les meneurs indépendants, Vane, Saint- John, Ireton, Cromwell, étaient charmés d'acheter par un grand échec la ruine de leur ennemi.
Ils ne se doutaient pas qu'à ce moment même, et dans sa détresse, Essex tenait peut-être leur sort dans ses mains : le C août, à son quartier général de Lestithiel, une lettre du Roi lui fut remise, pleine d'estime, de promesses, et qui le pressait de rendre la paix à son pays. Lord Beauchamp, neveu du comte, était porteur
« Le 13 août 1644.— Rushworth, part. III, i. Il, p. 697. ' Whitelocke , Memorials, etc., p. 97 et suiv. — Mémoire* da Ludlow, t. I, p. 143, dans ma CollrcHon.
âï CAMPAGNE D'ESSEX
du message ; plusieurs colonels de son armée y semblaient favoral)lcs '. « Je ne répondrai point, dit Essex ; « je n'ai quiin conseil à donner au Roi, c'est de retour- « ner auprès de son Parlement. » Charles n'insista point ; peut-être même, malgré le désastre de Marston- Moor, souhaitait-il assez peu l'intervention d'un tel médiateur. Mais la paix avait, auprès de lui, des partisans plus obstinés; l'esprit d'indépendance et d'examen gagnait les royalistes; le nom du Roi n'exerçait plus sur eux son ancien empire, et dans leurs réunions beaucoup d'officiers débattaient librement les affaires publiques et ses volontés. Persuadés que, si Essex avait repoussé toute ouverture, c'est que les promesses du Roi lui semblaient sans garantie , ils résolurent de lui offrir la leur, et de l'inviter à s'abouclier avec eux. Les lords Wilmot et Piercy, commandants de la cavalerie et de l'artillerie, étaient à la tête de ce dessein : l'un audacieux, spirituel, buveur infatigable, et cher à larmée parla joyeuse affabilité de son humeur; l'autre froid et hautain, mais hardi dans ses propos, et tenant une bonne table qu'il faisait partager à beaucoup d'officiers. Informé de leurs démarches et du projet de lettre qui circulait en leur nom, Charles en ressentit une vive colère; cependant l'intention plaisait, même à des hommes qui blâmaient le moyen. Le Roi, n'osant l'interdire, prit le parti de l'approuver : la lettre devint un
1 Entre autres les colonels Weare et Butler, (Rusliworth, part. III, t. II. p. 710.)
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acte officiel avoué de lui, et signé du prince Maurice et du comte de Brentford, général en chef de l'armée, comme de ses premiers auteurs; un trompette la porta au camp ennemi K « Milords, répondit Essex, vous avez « eu soin d'exprimer, dès les premières lignes de votre 0 lettre, en vertu de quelle autorisation elle m'était a adressée; je n'ai reçu, du Parlement que je sers, fi aucune autorisation pour traiter, et ne pourrais m'y a prêter sans trahir mon serment. Je suis, milords, a votre très-humble serviteur. Essex. » Un refus si sec piqua vivement les royahstes ; toute tentative de négociation fut abandonnée. Wilmot et Piercy perdirent leur commandement, et les hostilités reprirent leur cours*. Essex se vit bientôt dans une situation désespérée : il combattait chaque jour, et pour tomber chaque jour dans un plus grand péril ; ses soldats se lassaient, des complots fermentaient dans leurs rangs'; le Roi resserrait de plus en plus ses lignes, élevait partout des redoutes. Déjà l'espace mamjuait aux cavaliers du comte pour recueillir des fourrages; à peine lui restait-il quelques libres communications avec la mer, seule voie par où il pût se procurer des vivres; dans les derniers jours d'août enfin, il était cerné de si près que, des hauteurs environnantes, les royalistes pouvaient voir tout ce qui se passait dans son camp. Dans celte extrémité, il donna
» Le 9 août 1644.
» Rushworth, part. III, t. II, p. 691-607. — Clarcnàon, Ilist. of the rebelL.t. VII, p. 170-181.
• Rushworth, part. III, t. II, j). GOS.