ECHEC D'ESSEX
ordre à la cavalerie^ commandée par sir William Balfour, de se faire jour, comme elle pourrait, à travci s les postes ennemis, et se mit en marche avec l'infanterie pour tâcher d'atteindre le port de Foy. A la faveur de la nuit et d'un brouillard, la cavalerie réussit à passer entre deux corps royalistes; mais l'infanterie, engagée dans des chemins étroits et fangeux, poursuivie par toute l'armée du Roi, contrainte d'abandonner à chaque pas des canons et des bagages, perdit enfin tout es[)oir de salut. On parla hautement de capituler. Abattu, troublé, préoccupé du seul désir de se soustraire à tant d'humiliation, Essex, sans consulter personne, suivi seulement de deux officiers', partit tout à coup, gagna la côte, et se jeta dans un bateau qui fit voile pour Plymoufli, laissant son armée sous les ordres de Skippon, major général*.
Dès que son départ fut connu, Skippon convoqua un conseil de guerre : « .Messieurs, dit-il, vous voyez que « notre général et quelques-uns de nos principaux chefs « ont jugé à propos de nous abandonner; notre cava- « Icrie est partie; nous restons seuls chargés de nous « défendre. Voici ce que je vous propose : nous avons a le morne courage que nos cavahers, le même Dieu a pour nous aider; tentons de même notre fortune;
* Sir John Merrick, qui commandait l'artillerie, et lord Robarta lui-même^ qui avait décidé Essex à entrer dans le pays de Coruouailles.
» Rushwonh, part. III, t. II, p. 699-703.— Clarendon, Hist. of ihe relen.,t. VII, p. 182-190. — Whitelocke, p. 98.
DANS L'OUEST (aodt-septembre 1644). 55
« essayons de nous faire jour comme eux à travers nos « ennemis : il vaut mieux mourir avec honneur que de « se sauver lâchement. » Mais l'héroïsme de Skippon ne ♦gagna point le conseil; beaucoup dofficiers de cette armée, braves et fidèles, mais presbytériens ou modérés comme Essex, étaient, comme lui, tristes et découragés. Le Roi leur fit proposer une capitulation inespérée : il n'exigeait que la remise de l'artillerie, des munitions et des armes; tous les hommes, officiers et soldats, demeureraient libres et seraient même conduits en sûreté jusqu'aux quartiers du Parlement, Ces conditions furent acceptées*; et, sous l'escorte de cavahers royaux, les bataillons parlementaires traversèrent sans général, sans armes, ces comtés que naguère ils avaient parcourus en vainqueurs *.
Cependant Essex débarquait à Plymouth, et rendait compte au Parlement de son désastre: «C'est, écrivait-il, « le plus rude coup qu'ait jamais reçu notre parti ; je « ne désire rien tant que d'être mis en jugement : de « tels échecs ne doivent point demeurer étouffés*.» Huit jours après, il reçut de Londres cette réponse :
a Milord, le comité des deux royaumes ayant com- « muniqué aux Chambres du Parlement des lettres de « votre seigneurie en date de.Plymouth, elles nous ont
I Le 1" septembre 1644.
« Rushworth , part. HT, t. II, p. 704-700.— Clarendon, Ilist. oftherebell.,t.\Il,p. 190-192.
• Lettre d'Essex à sir Philippe Stapieton , dans Rushwoith, part. Iir, t. II, p. 703.