‹ Histoire de Charles IerChapitre 33 sur 151 · ACCUSER CROMWELL · texte numérisé non relu

ACCUSER CROMWELL

« milords les commissaires d'Ecosse, élevés comme « vous l'êtes en dignité et en pouvoir, vous ne vous « embarquerez dans une affaire, encore moins dans t une accusation, sans cire certains du succès. Or le « lieutenant général Cromwell est un homme d'un 0 esprit hardi, adroit, fécond en ressources ; il a , dans a ces derniers temps surtout, acquis dans la Chambre « des Communes beaucoup d'influence; il ne manquera, « dans la Chambre des Lords, ni d'amis , ni d'habileté « pour le soutenir. Je n'ai entendu dire à Son Excel- « lence, ni à milord chancelier, ni à aucune autre « personne, et je ne sais par moi-même aucun fait qui « puisse prouver à la Chambre que le lieutenant général a est vraiment un incendiaire. Je doute donc beaucoup « qu'il soit sage de l'accuser à ce titre; il faudrait d'abord, « ce me semble, recueillir sur son compte tous les « renseignements qu'on pourrait se procurer : alors, si « elles le jugent à propos, vos seigneuries nous appelle- « ront de nouveau, nous leur donnerons notre avis, et « elles se décideront comme il conviendra. »

Maynard parla comme Whitelocke, ajoutant même que le mot incendiaire était de peu d'usage dans la loi anglaise, et donnerait lieu à beaucoup dincertitude. Holiis, Stapleton, Merrick soutinrent vivement leur projet, disant que Cromwell n'avait pas dans laChambre tant d'influence, (ju'ils ?e chargeraient volontiers de l'y accuser, et rapportant des faits, des paroles qui, disaient-ils, prouvaient clairement ses desseins. Mais les commissaues écossais refusèrent de s'engager dan»

celte lutte. Vers deux heures du matin , Maynard et Wlîilelocke se retirèrent , et la conférence n'eut daiilre résultat que d'exciter Cromwell à préci[)iter ses coups, car « quelque faux frère, » ditWhitelocke, probablement Whitelocke lui-même, l'informa de ce qui s'était passé'. Essex et ses amis cherchèrent à leur mal un autre remède ; toutes leurs pensées se tournèrent vers la paix. Jamais les Chambres n'avaient absolument cessé de s'en occuper : tantôt quelque motion formelle amenait des délibérations où bien peu de voix, la scide voix même de l'orateur, décidaient du sort du pays-; tantôt les ambassadeurs de France et de Hollande, sans cesse en voyage de Londres à Oxford et d'Oxford à Londres, offraient leur médiation, rarement sincère, et to'ijours éludée, mais avec einliarras ^ Tant de gens désiraient la paix que personne n'eût osé s'y montrer ouvertement contraire; et depuis plus de six mois, un comité de

1 Whitelocke, p. 111. — Wood, Athenx Oxcnienses, t. II, col. 546.

2 Le 29 mars 1G44, sur la proposition do former un comité pour examiner les offres de médiation de l'ambassadeur de Hollande, la Chambrfe des Communes se divisa à soixante-quatre voix contre soixante-quatre ; l'orateur se prononça pour la négative. Parliam. Hixt., t. III, col. ^SS.)

* Les ambassadeurs de Hollande offrirent la médiation des îltatsGénéraux les 20 mars, 12 juillet et 7 novembre 1G44; la omte d'Harcourt, ambassadeur de France, arrivé à Londres en uillet 1644, eut une audience du Parlement le 14 août, et quitta Angleterre en février 1G45. (Parliam. Ilir.t., t. III, col. 252, 2.').'?. 78, 285, 293 , 298, 314. — Clarendon , Hist. of Ihe rebelL, t. VI, , 317-32.3.)

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membres des deux Chambres et de commissaires écossais tra\aillait à rédiger des proposilions. Tout à coup le parti presl)ytcrien pressa vivement ce travail; en peu de jours les propositions furent présentées aux Chambres, débattues, adoptées'; et le 20 novembre, neuf commissaires partirent pour les porter au Roi. Ils le croyaient à Wallingford, et se présentèrent devant la I)lace : après deux heures d'attente et de chicanes sur leur mission, leur sauf-conduit et leur suite, le gouverneur, le colonel Blake, les reçut enfin pour leur dire que le Roi était parti, et qu'ils le trouveraient probablement àOxfoi'd. Ils voulaient coucher à Wallingford; mais la conversation entre Blake et lord Denbigli, président du comité, devint bientôt si vive, les propos de Blake étaient si rudes, et l'attitude de sa garnison si menaçante, qu'ils jugèrent prudent de se retirer sans délai. Le lendemain, arrivés près d'Oxford, ils s'arrêtèrent sur une petite colline, à cintj cents pas de la ville, et se firent annoncer au gouverneur par un trompette. Quelques heures se passèrent ; aucune réponse ne leur parvenait. Le Roi, se promenant dans son jardin , aperçut sur la colline le groupe que formaient les connuissaircs et leur suite, demanda qui étaient ces gens-là, etsur l'expUcation qui lui fut donnée, il envoya sur-le-champ M. Killigrewavec ordre de 1(!S introduire dans la place, de pourvoir à leur logement, et de leur exprimer son regret qu'on les eût fait attendre si longtemps. Comme ils passaient dans les

» Le 8 novembre 1G14. Parliam. Hist., t. III, col. 299.

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nv ] d'Oxford, sous l'escorte dfe quelques cavaliers, la uivilUtude s'attroupait, les accablait d'injures, leur jetait même des pierres et de la boue. Parvenus à une mauvaise auberge, à peine y étaient-ils établis qu'un violent tumulte s'éleva près de leur appartement. Hollis et Whitelocke sortirent aussitôt ; quelques officiers royalistes étaient entrés dans la grande salle et se querellaient avec les gens des commissaires, les traitant, eux et leurs maîtres, de misérables , traîtres, rebelles , et ne voulant pas souffrir qu'ils approchassent de la cheminée. Hollis saisit un des officiers au collet, et le secouant rudement, le poussa hors de la salle, en lui faisant honte de sa conduite. Whitelocke en fit autant; les portes de l'auberge furent fermées; le gouverneur y plaça une garde. Dans la soirée, plusieurs membres du Conseil, Hydc entre autres, vinrent voir les commissaires, s'excusèrent de ces désordres, leur témoignèrent un extrême désir de concourir avec eux à la paix, et le Roi leur fit dire qu'il les recevrait le lendemain '.

L'audience fut courte. Lord Denbigh lut à haute voix, en présence du Conseil et de la cour, les propositions du Parlement : elles étaient telles que le Roi ne pouvait se croire réduit à les accepter; on lui demandait de livrer son pouvoir à la méfiance des Chambres, et son parti à leur vengeance : plus d'une fois un murmure de colère s'éleva parmi les assistants. Au moment surtout

1 Le 2 novembre 1644. — Whitelocke, p. 107, Parliam. Jlist., t. III, col. 310.

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OÙ lord Dcnbigh nomma les princes Robert et Maurice, qui se trouvaient là, comme exclus de toute amnistie, un rire bruyant fut près d'éclater; mais le Roi, se retournant d'un air sévère, imposa silence à tout le monde, et continua d'écouter avec patience et gravité. La lecture finie : « Avez-vous pouvoir de traiter? dit-il a à lord Dcnbigh.— Non, sire, notre mission se borne à « présenter à Votre Majesté les propositions, et à soUi- « citer sa réponse par écrit ! — Eh bien, je vous la « remettrai des que je pourrai. » Et les commissaires retournèrent chez eux*.

Le soir même, et de l'aveu de leurs collègues, Hollis et Whitelocke firent une visite à lord Lindsey, gentilhonune de la chambre, autrefois leur ami, et que ses blessures avaient empêché d'aller les voir. A peine étaient-ils chez lui depuis un quart d'heure que le Roi y entra; et s'avançant vers eux avec bienveillance; « Je suis fâché, messieurs, leur dit-il, que vous ne « m'ayez pas apporté des propositions plus raison- « nal)les. — Sire, dit Hollis, ce sont celles que le Parle- « ment a cru devoir adopter, et j'esjjère qu'on en « pourra tirer de bons résultats.— Le Roi. Je sais bien, « vous ne pouviez apporter que ce qu'on voulait ence voyer; mais j'avoue que quelques-unes de ces propo* « sitions m'étonnent grandement : à coup sûr, vous- « mêmes ne pouvez croire qu'il soit de la raison ni de

* Parliam. Uùi , i. III, col. 310.

a mon honneur de les accorder. — IIollis. Il csl vrai,

a sire; j'aurais désiré qu'elles ne fussent pas toutes ce

« qu'elles sont; mais Votre Majesté sait que ces choses-

« là se décident à la majorité. — Le Roi. Je le sais, et

« suis bien sûr que vous et vos amis (je ne veux pas

« dire votre parti ) avez fait tous vos elTorts dans la

« Chambre pour qu'il en fût autrement, car je sais

K que vous souhaitez la paix. — Wihtelocke. J'ai eu

« l'honneur de me rendre plusieurs fois dans ce dessein

« auprès de Votre Majesté, et je m'afflige de n'avoir pas

« encore réussi. — Le Roi. Je voudrais, monsieur \Ylii-

« telocke, que les autres fussent de votre avis, et de

« l'avis de M. Hollis, et je crois qu'alors nous verrions

a bientôt une heureuse fin de nos dilTérends; car moi

« aussi je veux la paix; et pour preuve, comme aussi

« pour vous témoigner la confiance que je vous porte

c( à vous deux qui êtes ici avec moi, donnez-ii oi vos

« conseils, je vous prie, sur la réponse qu'il me convient

a de faire à ces propositions, pour qu'elles mènent à la

c paix. — HoLLis. Votre Majesté nous excusera si, dans

« notre situation actuelle, nous ne croyons pas pouvoir

« lui donner de conseil. — Woitelocke. C'est par acci-

« dent que nous avons l'honneur d'être ici en présence

Q de Votre Majesté ; et les fonctions dont nous sommes

a revêtus ne nous permettent pas de la conseiller en

a cette occasion, fussions-nous d'ailleurs capables de le

« faire. — Le Roi. Quant à votre capacité, j'en suis juge :

a or maintenant je ne vous considère pas du tout

< comme membres du Parlement; c'est à titre d'amis

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