LIVRE VI
Vonnation de l'armée des indépendants. — Cromwell conserve son eonuBaax
dément. — Campagne de 1645. — Alarmes du Parlement. — Bataille de Naseby. — Le Parlement saisit et publie la correspondance privée du Roi. —Décadence du parti royaliste dans l'ouest. — Fuite et anxiété du Roi. — Victoire» de Montrose en Ecosse. — Le Roi tente d'aller le joindre, mais sans succès. — Défaite de Montrose. — Séjour du Roi à Newark. — Il rentre à Oxford, et essaye de renouer des négociations avec le Parlement. — Le Parlement s'y refuse. — Nouvelles élections. — Le Roi^raite avec les insurges irlandais.— Le traité est découvert.— Défaite des derniers corps royalistes. — Le Roi s'évade d'Oxford, et se réfugie dans le camp des Ecossais.
A peine Essex et Manchester avaient donné leur démission, que Fairfax quitta Londres \ et fixant à Windsor son quartier général, se mit à Tœuvre sans relâche pour former, de leurs années, l'armée nouvelle qu'il devait commander. On avait prédit à cette grande opération de violentes résistances ; et Cromwell, que devait atteindre , comme Essex et Manchester, l'ordonnance du rcnonccmentà soi-même, avait repoussé ces craintes, protestant que, pour lui, « ses soldats avaient appris à « marcher ou à demeurer, à comhaltre ou à poser les « armes d'après les ordres du Parlement. » Qiiekfiies séditions éclatèrent pourtant, à Rcading surtout, où st
» Le 3 avril 1G45.
96 REORGANISATIOxN DE L'ARMEE
trouvaient cinq régiments de l'infanterie d'Essex, et dans le comté de Hertford où étaient cantonnés huit escadrons de sa cavalerie, sous les ordres du colonel Dalhier. La présence de Ski[)i)on, nommé major général de la nouvelle armée, et sa rude mais sympathique éloquence, suffirent à calmer les régiments de Reading *. Ceux de Dalbier hésitèrent plus longtemps; le bruit courut même à Londres qu'ils se disposaient à partir pour Oxford ; et Saint-John , toujours haineux et emporté, écrivit aux meneurs du comté de Hertford qu'il fallait tomber brusquement et à main armée sur ces factieux. Mais, par l'influence de (juelques-uns des officiers déjà réformés et d'Essex lui-môme, Dalbier se soumit enfin et rejoignit le quartier général. A vrai dire, le mécon' lentement était peu animé parmi les soldats, et ils se résignaient sans peine à leurs nouveaux chefs. Le Parlement leur fit distribuer quinze jours de solde, et ordonna la mise en vente des biens séquestrés de quelques délinquants pour faire face aux plus pressantes réclamations. Les soldats de Cromwell se mutinèrent aussi,, malgré ses prouKîsses, déclarant qu'ils ne voulaient servir que sous lui ; et Cromwell seul eut sur eux assez d'empire pour les faire rentrer dans le devoir. Au premier bruit de leur insurrection, il partit pour aller, dit-il, rendre aux Chambres ce dernier service avant de quitter son commandement. Vers le 20 avril, roi)ération générale était presque accomplie ; tous les corps
i Le 6 avril .
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nouveaux s'organisaient sans obstacle : à Londres seulement, l'agitation se prolontrcait par le concours des officiers réformés qui y affluaient tous, soit pour solliciter le payement de leurs arrérages, soit pour attendre les événements '.
A Oxford, le Roi et la cour étaient pleins d'espérance. Ai)rès la rupture des négociations d'Uxbridge, et malgré les brillantes nouvelles d'Ecosse, Gliarles avait ressenti quelque inquiétude. Quoique peu empressé pour la paix, il avait besoin que le parti pacifique dominât dans Westminster, et sa défaite l'effraya un moment. 11 résolut alors de se séparer de son fils, Charles, prince de Galles, qui touchait à sa quinzième année, et de l'envoyer, avec le titre de généralissime, dans les comtés de l'ouest, soit pour donner à ces comtés si fidèles un chef capable d'animer encore leur dévouement , soit pour diviser les périls qui pouvaient menacer la royauté, llyde et les lords Capel et Colepepper furent chargés d'accompagner le prince, et de tout diriger en son nom. Telle était en ce moment la tristesse des pensées du Roi, qu'il s'entretint plusieurs fois avec llyde de ce qui arriveiait s'il tombait lui-même aux mains des rebelles, et le fit sonder indirectement par lord Digby pour savoir si, au besoin et sans ordres, même contre des ordres apparents, il se déciderait à faire sortir le prince d'Angleterre, et à l'ennnener sur le continent. « De telles
* Mémoires de HoUis.p. 46-51, danama Collection. — Rushwrorth part. IV, t. I, p. 17.