PAPIERS SAISIS DANS LES
s^adressait au Roi de France^ au duc de Lorraine, à tous les princes du continent, pour introduire dans le royaume des soldats étrangers. Ce nom même de Parlement que naguère, pour obtenir les conférences d'Uxbridge, il avait paru donner aux Chambres, n'était de sa part qu'un mensonge, car, en le donnant, il avait secrètement protesté contre sa démarche officielle, et fait inscrire sa protestation, à Oxford, sur les registres du Conseil *. Tous les citoyens furent admis à se convaincre, par leurs propres yeux, que les lettres étaient vraiment de la main du Roi ^; et après l'assemblée de Guildhall, le Parlement les fit publier ^
La colère fut partout la même : les amis de la paix étaient réduits au silence. Quelques-uns tentèrent en vain de s'élever contre cette publication, violation brutale, disaient-ils, des secrets domestiques. Ils demandaient si l'on pouvait croire à sa parfaite authenticité, s'il n'était pas probable que plusieurs lettres avaient été
1 Lettres du Roi à la Reine, des 2 et 9 janvier, 15 et 19 février, 5, 13 et 30 mars 1645; à la suite des Mémoires de Ludlow, t. I, p. 394, 390, 390, 397, 407, 390, dans ma Collection.— Sir John Evelyn's Memoirs, Appendice , t. II, p. 90. Voyez les Eclaircissements et Pièces historiques, n" IV.
« May, Hist. du Long Pari., t. II, p. 310.
* Sous ce titre : « Le portefeuille du Roi ouvert, ou certains c paquets de lettres et papiers secrets, écrits de la main du Roi, « et pris dans son portefeuille sur le champ de bataille de Na- « seby, le 14 juin 1645, parle victorieux sir Thomas Fairfax, ou « sont dévoilés beaucoup de mystères d'Etat qui justifient plei- « nement la cause pour laquelle sir Thomas Fairfax a livré baf taille dans ce jour mémorable; avec quelques notes. »
BAGAGES DU ROI (juillet 1645). lll
mutilées, d'autres omises '; ils insinuaient que, dans les Chambres aussi, certains liommes avaient négocié sans plus de franchise, et ne voulaient pas non plus de la paix; mais nulle explication, nulle excuse n'est accueillie du peuple dès qu'il sait qu'on a voulu le tromper. Dailleurs, tout cela fùt-il vrai, la mauvaise foi du Roi demeurait évidente ; et, pour faire la paix, c'était à lui qu'il fallait se fier. On ne parla plus que de la guerre; on pressa les levées d'hommes, la rentrée des impôts, la vente des biens des délinquants; tous les corps de troupes reçurent leur solde, toutes les places importantes des munitions '. Les Écossais consenlirent enfin à s'avancer dans l'intérieur du royaume'; etFairfaX; ne voyant plus même de fuyards à poursuivre, se mil en mouvement * pour aller reprendre dans les comtés de l'ouest rexi)édilion que le siège d'Oxford lui avait fait abandonner.
Tout était changé dans ces comtés, jusque-là le boulevard de la cause royale ; non que l'opinion du peuple y fût devenue plus favorable au Parlement, mais elle
• Le Roi ne contesta jamais l'authenticité de ces lettres ; il en convient même formellement dans une lettre écrite à air Edward Nicholas, le 4 août 1645, c'est-à-dire peu de semaines aprôs la publication (sir John Evelyn's MemoiVj, Appendice, t. II, p. ]0I); ei le texte puLUô par le Parlement, en 1G45, est exactement conforme à celui des lettres insérées dans les Œuvres de Charles I", publiées à Londres, chez Royston, en 16G0.
» Parliam. Ilist., t. III, col. 377.
» Le 2 juillet 1645. lld Parliam. Hist., t. XIV, p. 6.
♦ Le ?0 juin 1643.
llî ÉTAT DE LA GUERRE DANS
s'était aliénée du Roi. Il y possédait encore plnsieui'sl corps de troupes et presque toutes les places ^ mais la guerre n'y était plus conduite^ comme à roriginc, par des hommes graves^ considérés, populaires, le marquis de Hertfort, sir Bevil Greenville, lord Hopton;, Trevannion, Slanning, amis désintéressés de la couronne : les uns étaient morts, les autres s'étaient dégoûtés, ou avaient été éloignés par des menées de cour, et sacrifiés par la faiblesse du Roi. A leur place deux intrigants, lord Goring et sir Richard Greenville, y commandaient, l'unie plus débauché, l'autre le plus avide des Cavaliers; aucun principe, aucune affection ne les attachait à la cause royale : ils trouvaient, à guerroyer pour elle, lavantage d'assouvir leurs passions, d'opprimer leurs ennemis, de se venger, de se divertir , de s'enrichir. Goring était brave, aimé des siens, et ne manquait point, sur le champ de bataille, d'habileté ni d'énergie ; mais rien n'égalait son incurie et l'insolente intempérance de sa conduite ou de ses propos : sa loyauté même n'était pas sûre ; il avait déjà trahi le Roi *, puis le Parlement % et semblait toujours sur le point d'une nouvelle traliison ^ Sir Richard Greenville, moins déréglé et plus influent sur la noblesse du pays, était dur, insatiable, et d'un courage sinon douteux, au moins peu empressé.
1 En 1G41, lors de la première conspiration de l'armée contra le Parlement. Voyez cet ouvrage, 1. 1.
- En aoûtlG42, au début de la guerre civile, en livrant au Roi Portsmouth, dont le Parlement l'avait nommé gouverneur.
» Clarendon, Hist. of the rehell. t. VIII, p. 129-134.