‹ Histoire de Charles IerChapitre 5 sur 151 · INDÉPENDANT (1643-1644). IS · texte numérisé non relu

INDÉPENDANT (1643-1644). IS

pouvoir légitime en matière de foi : c'est aux fidèles qu'il apiJarticnt de choisir et d'instituer leurs prêtres, non aux prêtres de s'instituer entre eux pour s'imposer ensuite aux fidèles. Tout fidèle enfin n'est-il pas prêtre lui-même, pour lui, pour sa famille, pour tous les chrétiens qui, touchés de sa parole, le jugeront inspiré d'en haut, et \oudront s'unir à ses prières? Qui oserait contester au Seigneur le pouvoir de conférer ses dons à qui il veut et comme il lui plaît? Soit (ju'il s'agisse de prêcher ou de conihattre, c'est le Seigneur seul qui choisit et consacre ses saints; et quand il les a choisis, il leur remet sa cause, et ne révèle qu'à eux seuls par quels moyens elle doit triompher. Les libertins applaudissaient à ce langage; pourvu qu'on poussât la révolution jusqu'au bout, et sans s'inquiéter des moyens, peu leur importaient les motifs.

Ainsi se formait le parti des indépendants, bien moins nombreux, bien moins accrédité dans la nation que celui des presbytériens, mais déjà en possession de cet aseendant que donnent des croyances systématiques, complètes, toujours prêtes à rendre raison de leurs principes, à en accepter toutes les conséquences. L'Anïï;leterre était alors dans une de ces crises glorieuses et redoutables où l'homme, oubliant sa fail)lesse pour ne se souvenir que de sa dignité, a celte sublime ambition de n'obéir qu'à la vérité pure, et ce fol orgueil d'attribuer à son opinion tous les droits delà vérité. Politiques ou sectaires, presbytériens ou inilé|)endanfs, aucun parti n'eût osé se croire dispensé d'avoir raison et de le

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prouver. Or les prosbylérlcns écliouaicnt dans celte épreuve, car leur sagesse se fondait sur l'autorité des faits et des lois, non sur des principes, et ils ne savaient comment repousser par la raison seule les arguments (le leurs rivaux. Les indépendants professaient seuls une doctrine simple, rigoureuse en apparence, qui sanctionnât tous leurs actes, suffît h tous les besoins de leur situation, et dispensât les esprils fermes dinconséquence, les cœurs sincères d'hypocrisie. Eux seuls aussi commençaient à prononcer quelques-unes de ces paroles puissantes qui, bien ou mal comprises, soulèvent, au nom des plus nobles espérances, les plus énergiques passions de l'humanité : égalité des droits, juste répartition des biens sociaux, destruction de tous les abus. Point de contradiction entre leurs systèmes rehgieux et politique; point de lutte sourde entre les chefs et les soldats; aucun symbole exclusif, aucune limite rigoureuse ne rend9.it difficile l'accès du parti; comme la secte dont il avait pris son nom, il tenait la liberté de conscience pour maxime fondamentale, et rimmensité des réformes qu'il se proposait, la vaste incertitude de ses desseins, permettaient aux hommes les plus divers de se ranger sous sa bannière : des jurisconsultes s'y ralliaient dans l'espoir de ravir aux ecclésiastiques, leurs rivaux, toute juridiction et tout empire; des publicistes populaires s'en promettaient une législation nouvelle, claire, simple, qui fît perdre aux jurisconsultes leurs profits énormes et leur pouvoir : Harrington y pouvait rêver une société de sages, Sidney la

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Jilipifé de Sparte ou de Rome, Lilburnc le r< four il«s \ieiIlos lois saxonnes, Ilarrison la venue du Christ; le cynisme même de Henri Martyn et de Pierre AVent- M'orth s'y faisait tolérer en faveur de son audace : ré[)Ublicains ou niveleurs, raisonneurs ou visionnaires, fanatiques ou ambitieux, tous étaient admis à mettre en commun leurs colères, leurs théories, leurs extases, leurs intrigues; il suffisait que tous, animés contre les Cavaliers et les presbytériens d'une égale haine, se portassent avec la même ardeur vers cet avenir inconnu chargé de répondre à tant de vœux.

Aucune victoire dEsscx et de ses amis, sur le champ de bataille ou dans Westminster, ne pouvait étouffer, contenir même longtemps de telles discordes : elles étaient j)ubli(jues à Oxford comme à Londres; et parlementaires ou royalistes, tous les hommes sensés les prenaient déjà pour base de leurs combinaisons. De toutes parts on en informait le Roi, on le pressait d'en profiler : courtisans ou ministres, intrigants ou serviteurs sincères, chacun avait à cet égard ses renseignements, ses propositions, ses moyens : les uns voulaient qu'on poussât la guerre sans relâche, assurés que bientol les factions rivales obéiraient à leurs inimitiés plutôt qu'à leurs périls; les autres demandaient au contraire que, par l'entremise des lords réfugiés à Oxford, les comtes de Rolland et de Bedford surtout, on se rapprochât dEssex et de son parti, qui, au fond, n'avaient pas cessé de souhaiter la paix; quelques-uns conseillaient même des avances aux chefs déjà connus des indépen-

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