‹ Histoire de Charles IerChapitre 52 sur 151 · CONDUITE DU ROI APRÈS · texte numérisé non relu

CONDUITE DU ROI APRÈS

ne le savaient point. Après le désastre de Naseby, il avait fui de ville en ville^, se donnant à peine quelques heures de repos^ et prenant tantôt la route du nord, tantôt celle de l'ouest, pour aller rejoindre Montrose ou Goring, selon la mobilité de ses craintes ou de ses projets. Arrivé à Hereford, il se décida enfin pour le pays de Galles, où il espérait recruter quelque infanterie, envoya le prince Robert à Bristol, et se rendit au château de Ragland, chez le marquis de Worcester, chef du parti catholique, et le plus riche grand seigneur de l'Angleterre. De secrets desseins, auxquels les catho- Uques seuls pouvaient concourir, déterminaient cette préférence. Depuis trois ans d'ailleurs le marquis donnait au Roi des preuves d'un dévouement inépuisable; illui avait prêté 100,000 liv. sterl., avait levé à ses frais deux, corps de troupes, sous les ordres de son fils, lord Herbert, comte de Glamorgan, et, malgré son âge et ses infirmités, commandait lui-même, dans son château, une forte garnison. Il reçut le Roi avec une pompe respectueuse, convoqua la noblesse des environs, lui prodigua les chasses, les tètes, les hommages et les divertissements d'une cour. Charles fugitif respira un moment comme rendu à sa situation naturelle, et pendant plus de quinze jours, oubhant ses malheurs, ses périls, son royaume, il ne songea qua jouir de la royauté ^

* Walker's Discourses, p. 132. — Clarendon. Hist. of the reheU. t. VIII, p. 59, 90.

LA :jaiaiLle de naseby. m

Le bruit des désastres de l'ouest le tira pourtant à la fin de cette illusion apathique. Il apprit en même temps que, dans le nord, les Écossais avaient pris Carlisle', et marcliaient vers le midi, méditant le siège de Hereford. Il quitta Ragland pour aller au secours de Goring; mais à peine arrivé sur le bord de la Saverne, le mauvais état des nouvelles levées, les dissensions des officiers, mille embarras imprévus le découragèrent, et il rentra dans le pays de Galles. 11 était à Cardilf, ne sachant que résoudre, quand une lettre lui fut remise, écrite par le prince Robert au duc de Richemond, pour quil la fît voir au Roi. Le prince jugeait tout perdu, et conseillait la paix, n'importe à quel prix. Dès que sou honneur semblait en péril, Charles retrouvait une énergie qu'il navait point pour son salut. Il répondit sur-le-champ à sou neveu - : « Si je faisais la guerre pour tout autre « chose que pour la défense de ma religion, de ma coati ronne et de mes amis, vous auriez j)leincment raison. « A parler comme homme d'Etat ou comme soldat, je « conviens que ma ruine seule est probable; mais « comme chrétien, je dois vous dire que Dieu ne souffrira « pas que des rebelles prospèrent ni que sa cause pé- « risse. Quel que soit donc le châtiment personnel qu'il « lui plaise de m'infliger,rienne fera que je me repente, « encore moins que j'abandonne celle querelle. J'en « préviens sans détour mes amis : quiconque restera

* Le 28 juin 1015.

* Le 3 août 1645.

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