LE ROI VEUT REJOINDRE MONTROSE
« action aussi làclic que cette reddition de la place et n du fort de Bristol', »
Une ressource restait au Roi, toujours la même, quoique déjà tentée sans succès, c'était de rejoindre Montrose. Il fallait d'ailleurs qu'il marchât vers le nord pour débloquer Chester assiégé de nouveau, et, depuis la perte de Bristol, le seul port où pu&sent arriver des secours d'Irlande, désormais son unique pensée. Après huit jours passés à Ilereford dans un morne abattement, il se mit en marche à travers les montagnes du pays de Galles, seul chemin par où il pût échajjperà un corps parlementaire qui, sous les ordres du major général Poyntz, observait tous ses mouvements. Cinq mille hommes environ le suivaient encore, fantassins gallois et cavaliers des comtés du nord. Il était déjà en vue de Chester quand les parlementaires, partis plus tard, mais venus par une route directe et facile, atteignirent son arrière-garde^. Sir Marmaduke Langdale, qui la commandait, chargea l'ennemi avec tant de vigueur qu'il le força de se replier en désordre. Mais le colonel Jones, qui dirigeait le siège, en détacha un corps de troupes, et parut inopinément sur les derrières des royalistes. Touitz rallia ses gens. Le Roi, pressé entre deux feux, mI tomber autour de lui ses meilleurs otliciers, et bientôt en fuite à son tour, rentra désespéré dans le
« Clarendon.Htst. oftherehell, t. VIII, p. 121.— Evelyn's, M noirs, t. II, Appendice, p. 107-109.
• A Routenheath , le 24 septembre 1G45. Rushworth, part. VI, t. I, p. 117. Clarundon, IlUt. of the rehelL, t. VIII, p. 150-153.
124 REVERÎS DE MONTROSE (septembre 1645).
pays de Galles, encore une fois repoussé, comme par une barrière insurmontable, de ce camp de Montrose, mn dernier espoir.
Cet espoir même n'était plus qu'une erreur : depuis dix jours déjà, comme le Roi, Montrose fuyait, cherchant un asile et des soldats. Le 13 septembre, àPhilip-Haugh, dans la forêt d'Ettrick, près de la frontière des deux royaumes, Lesley l'avait surpris faible, mal gardé, ne se doutant pas de son approche. Malgré tous ses efforts, les montagnards l'avaient quitté pour aller enfouir chez eux leurbutin. Quelques grands seigneurs, le comte d'Aboyne entre autres, jaloux de sa gloire, s'étaient aussi éloignés avec leurs vassaux; d'autres, se méfiant de sa fortune, les lords Traquair, Hume, Roxburgh, ne l'avaient pas rejoint malgré leurs promesses*. Brillant et téméraire, dans les cœurs vils il excitait l'envie, et n'inspirait aux timides nulle sécurité. Quelque fanfaronnade se mêlait même à son génie, et nuisait à son influence : ses amis le servaient avec passion, ses soldats avec enthousiasme, mais il n'imposait point à ses égaux. Son pouvoir d'ailleurs n'avait de fondement que la victoire; et les hommes prudents, chaque jour plus nombreux, le regardaient avec surprise, comme un météore que rien n'arrête, mais qui va passer. Un revers suiflt à dissiper tous ses succès; e* le lendemain de sa défaite, le conquérant de l'Ecosse n'y était plus qu'un proscrit audacieux.
* Rushworth, part. IV, t. I, p. 231, — Gulhry, Memoirt. etc., p. 198 et suiv.
DÉTRESSE DU ROI (septembre-novembre lt3-15\ 125
A ce coup, Charles regarda avec effroi autour de lui, ne sachant plus où attacher son espérance. Les conseillers mêmes lui manquaient. 11 avait placé auprès de son fils les plus sages, lord Capel, Colepepper, Hyde. Lord Digby lui restait presque seul, toujours aventureux, confiant, toujours prêt à opposer les projets aux revers, et, malgré la sincérité de son zèle, occupé surtout de conserver son crédit. L"idée vint au Roi de se retirer sur la côte du pays de Galles, dans l'île d'Anglesey, voisine de l'Irlande, facile à défendre, et de passer là l'hiver. On le détourna sans peine de sortir ainsi de son royaume où il possédait encore de bonnes places, ^Yorcester, Hereford, Chester, Oxford, Newark. Tout le monde penchait pour Worcester, mais rien ne convenait moins à lord Digby. Ennemi déclaré du prince Roljert, c'était lui qui naguère, après la perte de Bristol, avait fomenté la colère du Roi, et provoqué, disait-on, ses rigueurs contre son neveu. Robert furieux voulait à tout prix voir le Roi, se justifier cl se venger. Or, à Worcester, il y eût réussi sans peine, car le prince Maurice, son frère, en était gouverneur. De toutes les places où le Roi pouvait se retirer, Newark était celle où Robert devait plus difficilement arriver et se faire entendre. A la grande surprise de ceux qui l'entouraient, le Roi décida qu'il irait à Newark '.
Le prince en fut bientôt informé, et, malgré sa défense, se mit eu route pour aller l'y trouver. Le Roi
* Clarcndon.Hist. of thc reheU., t. VIII, p. 153-ir)6.