SEPTEMBRE-NOVEMBRE
rencontre. Il arriva, et, sans être annoncé, avec toute sa suite, se présenta devant le Roi : « Sire, lui dit-il, je « viens rendre compte de la perte de Bristol, et re- « pousser les imputations dont on m'a cliargé. » Charles, embarrassé autant qu'irrité, lui répondit à peine : c'était l'heure du souper; l'escorte des princes se retira, on se mit à table; le Roi s'entretint avec Maurice sans adresser la parole à Robert, et, le souper fini, rentra dans sa chambre. Robert alla loger chez le gouverneur. Le lendemain pourtant le Roi consentit à la convocation d'un Conseil de guerre; et après quelques heures de séance, une déclaration fut rendue portant que le prince n'avait manqué ni de courage ni de fidélité. Aucune sollicitation ne put obtenir du Roi rien déplus. C'était trop peu au gré du prince et de ses partisans. Ils restèrent à Newark, exhalant sans contrainte leur humeur. Le Roi, de son côté, entreprit de mettre un terme aux désordres toujours croissants de la garnison. Pour deux mille hommes de troupes, on y compîait vingt-quatre officiers généraux ou colonels dont le traitement absorbait presque toutes les contributions du comté*. Les gentilshommes des environs, même les plus dévoués, se plaignaient amèrement du gouverneur. Charles résolut de le remplacer, avec égard pourtant et en l'attachant à sa personne. Il lui annonça qu'il lui donnait le commandement de ses gardes à cheval. Sir Richard s'en défendit, disant qu'on prendrait cette élé-
» Clarendon, Hist. of the ret-Ji., t. VIII, p. 150,
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vation pour une disgrâce, qu'il était trop pauvre pour la cour : « J'y pourvoirai, » lui dit le Roi en le quittant. Le jour même, à l'heure du dîner, Cliarles était à table ; sir Richard ^YilIis, les deux princes, lord Gerrard et vingt officiers de la garnison entrèrent brusquement : « Sire, dit ^yiIhs, ce que Votre Majesté m'a dit ce matin s en secret est maintenant le bruit de la ville, et m'j « déshonore. — Ce n'est pour aucune faute, ajouta Ro- « bert, que sir Richard perd son gouvernement; c'est « parce qu'il est mon ami. — Tout ceci, reprit lord Ger- « rard, est un complot de lord Digby, qui est lui-même « un traître, et je le prouverai. » Étonné, troublé, Charles se leva de table, et faisant quelques pas vers sa chambre, ordonna à Willis de le suivre : « Non, sire, « dit ^Yillis ; j'ai reçu une injure publique, c'est une « réparation publique que j'attends. » A ce refus, Charles hors de lui s'élança vers eux, et pâle de colère, d'une voix éclatante, d'un geste menaçant : « Sortez, « sortez, et ne reparaissez jamais devant moi ! » Troublés à leur tour, ils sortirent tous précipitamment, retournèrent à la maison du gouverneur, firent sonner le boute-selle et quittèrent la ville au nombre de deux cents cavaliers.
Toute la garnison, tous les habitants accoururent pour offrir au Roi l'expression de leur dévouement et de leur respect. Dans la soirée, les mécontents lui firent demander des passe-ports, le priant de ne pas les considérer comme des rebelles : « Je ne les baptiserai pas « aujourd'hui , dit le Roi ; uuant à des passe-ports,
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t qu'on leur en donne tant qu'ils en voudront. » Il était encore ému de celle scène; la nouvelle lui arriva que lord Digby, dans sa marche vers l'Écossc, à Sherburne, avait été atteint et battu par un corps de parlementaires ', que ses cavaliers s'étaient dispersés, qu'on Ignorait ce que lui-même était devenu. Il ne restait donc ;du côté du nord ni soldats ni espérances. Newark même avait cessé d être un lieu sûr; les troupes de Poynlz s'étaient ra])procliées, occupaient successivement les places voisines, resserraient leurs quartiers de jour en jour ; déjà on doutait que le Roi pût passer. Le 3 novembre, à onze heures du soir, quatre ou cinq cents cavaliers, débris de plusieurs régiments, furent réunis sur la place du marché : le Roi parut, prit le commandement d'un escadron, et sortit de Newark par la route d'Oxford. Il avait fait raser sa barbe; deux petites garnisons royalistes, situées sur son passage, étaient prévenues; il marcha jour et nuit, es(juivant avec peine • tantôt un corps, tantôt une place ennemie, et se crut sauvé en rentrant à Oxford -, car il y retrouvait sou Conseil, sa cour, ses habitudes et quelque repos '.
Il y retrouva bientôt sa détresse. Pendant qu'il errait de comté en comté et de ville en ville, Fairfax et Cromwell, ne craignant rien de lui et bien sûrs (pie le corps
1 Vers le milieu d'octobre 1G15. Clarcndon, Uist. of thc rchcU., t. VIII, p. 15'J-1G2.— Rushworth, part. IV, t. I, p. 1 28 13-1.
* Le 6 novembre 1G15.
8 Clarendon, Hist. of thc rcbell. t. VIII, p. 162-170. — Walker, p. 146, 147— Evclyn's Mcmoirs t, II, Appendice, p. 109. 110. 11. 9