‹ Histoire de Charles IerChapitre 60 sur 151 · LE ROI PROPOSE AU PARLEMENT · texte numérisé non relu

LE ROI PROPOSE AU PARLEMENT

pour dominer dans les élections, ne les ordonnant qu'isolément et l'une après l'autre, les faisant même tantôt retarder, tantôt accélérer, selon les chances qu'elles leur offraient, fourbes et violents, comme des vainqueurs en minorité. Plusieurs hommes, bientôt célèbres dans le parti, entrèrent alors dans la Chambre, Fairfax, Ludlow, Ireton, Blake, Sidney, Hutchinson, Fleetwood. Cependant les élections n'eurent point partout le même résultat : beaucoup de comtés envoyèrent à Westminster des hommes étrangers à toute faction bien qu'opposés à la cour, amis de l'ordre légal et de la paix. Mais, à leur arrivée, ils étaient sans expérience, sans lien, sans chefs, peu disposés même à se raUier aux anciens chefs presbytériens, qui avaient perdu, la plupart du moins, leur réputation de droiture, ou d'énergie, ou d'habileté. Ils firent peu de bruit, exercèrent peu d'influence , et le premier effet de ce recrutement de la Chambre fut d'y donner aux indépendants beaucoup plus d'audace et de pouvoir *. Les actes du Parlement prirent dès lors uu

d'août 1645. Le 21 de ce mois, et sur une pétition du bourg de Southwark, la Chambre vota, à trois vois seulement de majorité, le remplacement de cinq membres absents, députés de Southwark, Bury Saint-Edmunds et Hythe. Cent quarante-six membres nouveaux furent élus dans les cinq derniers mois de 164i>. Sur cinq-jante-huit signataires de l'ordre d'exécution de Charles 1", dix-sept appartiennent aux élections de cette époque. En Î646, il y eut encore quatre-vingt-neuf élections nouvelles, (JoxirnaU oftJieHouse of Comvions.)

1 Mémoires de Hollis, p. 62-67, dans ma Collection; — de Ludlow, t. I, p. 187, 190, 195, îèid. — Whitelocke, Mevwrials, etc., p. 1-53^

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caractère plus rude. On s'était aperçu que pendant leur séjour à Londres, les commissaires du Roi intriguaient pour ourdir des complots et soulever le peuple ; il fut décidé ' qu'on ne recevrait plus de commissaires, qu'il n'y aurait plus de négociations, que les Chambres rédigeraient leurs propositions de paix sous forme de bills, et que le Roi serait requis de les adopter ou de les rejeter simplement, comme s'il eût résidé à Wliitehall et selon la pratique des temps réguliers. Le prince de Galles offrit ^ de se porter médiateur entre le Roi et le peuple, et Fairfax transmit aux Chambres sa lettre, « se faisant, « dit-il, un devoir de ne pas étouffer dans sa fleur la « bienfaisante espérance du jeune pacificateur. » On ne lui répondit seulement pas. Le terme assigné au commandement de Cromwell était près d'expirer ; on le prorogea de nouveau pour quatre mois sans en donner de raison '. Les rigueurs redoublèrent contre le parti royaliste : nne ordonnance avait accordé aux femmes et aux enfants des délinquants le cinquième du revenu des biens sécpiestrés ; elle fut révoquée *. Une autre ordonnance, longtemps repoussée par les Lords, prescrivit la mise en vente d'une portion considérable des biens

154, 160, 1G5, elc. — Old ParUam. Ilist., f. IX, p. 12; t. XIV, p. 300-309.

1 Le 11 août 1G45. ParUam. Ili^., t» III, col. 390.

* Le 20 septembre 1G45. ParUam. Ilisl., t. III, col. 39;2. — Clurendon, Hist. of thercbell.,t. VIII, p. 109.

» Le 12 aoûtlG45.ParIiam. Hht., t. III, col. 390.

* Le 8sf>ptembrc 1645. Rushworlh, pirt. IV, t. I, p. Q09.

tu LE PARLEMENT REPOUSSE

des évêqiies el des délinquants ^ Dans les camps et à la guerre s'accomplissait la même révolution. Il fut défendu de faire aucun quartier aux Irlandais pris en Angleterre les armes à la main * ; on les fusillait par centaines ^; on les jetait à la mer, liés dos à dos *. Entre Anglais même ce n'était plus cette douceur, cette courtoisie si fréquentes dans les premières campagnes, et qui révélaient, dans les deux partis, une condition à peu près égale, la même éducation, les mêmes mœurs, l'habitude et le besoin de la paix, même en se combattant. Dans les rangs parlementaires, Fairfax conservait presque seul cette humanité élégante : autour de lui, officiers et soldats, parvenus braves et habiles, mais de mœurs rudes, ou fanatiques d'humeur violente et sombre, ne s'inquiétaient que de vaincre, et ne voyaient dans les Cavaliers (lue des ennemis. Les Cavaliers, à leur tour, irrités, comme d'un affront, de succomber sous de tels adversaires, essayaient de s'en consoler ou de s'en venger par des moqueries, des épigrammes, des chansons, chaque jour plus insultantes ^ Ainsi la guerre devenait

• Le 13 septembre 1645. Parliam. Hist., t. III, col. 391.— Whitelocke, p. 146.

« Le 24 octobre 1644. Rusbworth , part. III, t. II, p. 783.

3 Baillie, Letters, t. II, p. 164.— Rushworth, part. IV, 1. 1, p. 231.

^ Clareiidon, Hist. of the rehelL, t. VII, p. 358.

^ Les plus remarquables de ces chansons sont celles qui furent composées contre David Lesley et ses Écossais, lorsqu'il quitta e siège de Hereford pour marcher au secours de l'Ecosse, presque entièrement subjuguée par Montrose. qu'il défit le 13 septembre 1645, à la bataille de Philip-Haugh. Aucune défaite n'avait

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dure, quelquefois même cruelle, comme entre gens qui ne se sont connus que pour se mépriser ou se Imïr. Kn même temps, la mésintelligence, jusque-là contenue, éclatait entre les Écossais et les Chambres : ceux-là se plaignaient cpi'on ne payât point leur armée; celles-ci, qu'une armée d'alliés pillât et dévastât, comme une troupe ennemie, les comtés qu'elle occupait *. Partout enfin la fermentation plus ardente, l'inimilié plus profonde, les mesures plus âpres et plus décisives lai^saient peu de chance que la paiv vînt arrêter, ou seulement une trêve suspendre le cours déjà si rapide des événements. Les ouvertures du Roi furent repoussées, tout saufconduit refusé à ses négociateurs. Il insista par deux nouveaux messages, toujours sans succès : on lui répondit que les intrigues de ses courtisans dans la cité ne permettaient pas qu'on les y laissât venir -. Il offrit de se rendre lui-même à Westminster pour traiter en personne avec le Parlement '; malgré les remontrances des Écossais, sa proposition n'obtint pas un meilleur accueil *. Il renouvela ses instances % moins dans l'espoir de réussir que pour décrier les Chambres auprès

encore ravi aux Cavaliers de si belles espérances, et leur coltrn ■'exhala avec une verve peu commune. (Voyez la plus (énergique de ces chansons dans les Eclaircissements et Pièces historiques, n-'V.)

I Parliam. Hist..t. HT, col. .393. 394. 398. 405.

» Le 26 décembre 1645. Parham. Hist., t. III, col. 414.

» Les 26 et 30 décembre 1645. Jitd., col. -115-417.

» Le 13 janvier 1646. Ibid., col. 418-4-^1.

• 1-e 15 janvier 1646. Ibid., col. 421.

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