LES CATHOLIQUES D'IRLANDE
eiïorls du lord lieutenant; mais, dans l'un et laiilre parti, le mensonge n'était plus qu'une vieille et iiiuli!e habitude; personne, pas môme le peuple, n'en était plus trompé. Au bout de quelques jours', Glaniorgan sortit de prison et recommença toutes ses démarch(>6 pour faire passer, au même prix, une armée irlandaise en Angleterre. Le Parlement vota que la justification du Roi était insuffisante*; Cromwell, pour la dernière fois, fut continué dans son commandement ' ; et Cliarles se vit ccntraint de chercher encore son salut dans la guerre, comme s'il eût pu la soutenir.
Deux corps de troupes seulement lui restaient : l'un dans le comté de Oornou ailles, sous les ordres de lord Hopton ; l'autre sur les fiontières du pays de Galles, sous ceux de lord Astley. Vers le milieu de janvier, le prince de Galles, toujours gouverneur de l'ouest, mais abandonné par Goring et Greenville, jusque-là ses généraux, avait mandé lord Ilopton, longtemps le chef de ces comtés, pour le conjurer de re[)rendre le commandement des débris d'armée encore réunis aulomde lui : «Monseigneur, lui dit Hopton, c'est maintenant « l'usiige, pour les gens qui ne veulent pas se soiinietlre a à ce (lu'on leur ordonne, de dire que c'est contre leur a honneur, que leur honneur ne leur permet pas de « faire ceci ou cela : pour ma part, je ne puis obéir au-
* Le I" février 1646,
* Le 31 janvier. Parhavi. Hist., t. III, col. 438. » Le 27 janvier. Ibid.. t. III. col. 428.
iO DERNIERS REVERS DES ROYALISTES
« jûurd'hui à Votre Altesse sans me résigner au sacri- « fice de mon honneur; car, avec les troupes qu'elle « me donne, comment le conserverais-je? Leurs amis « seuls les craignent; leurs ennemis s'en moquent; « elles ne sont terribles qu'au jour du pillage, et réso- « lues que pour s'enfuir. Cependant, puisque Votre « Altesse a jugé nécessaire de m'appeler, je suis prêt à « la suivre, au risqued'y perdre mon honneur; » et il reprit le commandement de sept ou huit mille hommes Mais il leur fut bientôt aussi odieux que l'étaient pour lui leurs excès; les braves mêmes ne pouvaient souffrir sa discipline et sa vigilance, accoutumés sous Goring à r.ae guerre moins gênante et plus profitable. Fairfax, toujours appliqué à soumettre l'ouest, tarda peu à marcher contre eux, et le IG février, Hopton essuya à Torrington, sur la frontière du comté de Cornouailles, une défaite plus désastreuse que sanglante. 11 tenta vainement, en se retirant de ville en ville, de reformer quelque part son armée; officiers et soldats lui manquaient également : « Je n'ai jamais, disait-il, donné à cette épo- « que un rendez-vous à un régiment sans le voir arriver « réduit de moitié ou deux heures trop tard. » Fairfax le serrait chaque jour de plus près. A la tête du faible corps qui lui restait fidèle, Hopton se vit bientôt acculé à la pointe de Cornouailles. A Truro, il fut informé que, las de la guerre, et pour en finir, des gens du pays méditaient de se saisir du prince de Galles et de le livrer au Parlement. L'heure de la nécessité était \enue; le prince s'embarqua, suivi de son Conseil, mais pour se
DANS L'OUEST (janvier-mars 1G46). 141
rolircr seulement presque en vue des côtes, sur un sol anglais, dans l'ile de Scilly. Libre de ce souci, Hopton ^'oulut tenter encore de combattre ; mais ses troupes icmandaient à grands cris à capituler. Fairfax lui fit offrir des conditions honorables; Hopton éludait toujours. Ses officiers lui déclarèrent que, s'il n'y consentait, ils traiteraient sans lui : « Traitez donc, « leur dit-il, mais non pour moi ; » et ni lui ni lord Capel ne "voulurent en effet être compris dans la capitulation. Les articles sigués et l'armée dissoute, ils s'embarquèrent pour rejoindre le prince à Scilly, et le Roi ne conserva plus dans le sud-ouest que d'insignifiantes garnisons'.
Lord Astley n'eut pas un meilleur sort : il était à Worcester avec trois mille hommes; le Roi lui ordonna de venir le joindre à Oxford, et en sortit lui-même avec quinze cents chevaux pour aller à sa rencontre. Il voulait avoir auprès de lui un corps suffisant pour attendre les secours d'Irlande, qu'il espérait toujours. Mais avant qu'ils se fussent réunis', à Stow, dans le comté de Glocester, sir William Brerelon et le colonel Morgan, à la tête d'un corps de parlementaires, atteignirent Astley, dont ils surveillaient depuis un mois les mouvements. La déroute des Cavaliers fut complète; dix-huit cents d'entre eux furent tués ou pris, les autres se disi)ersèrent.
t Clarondon, Ilist. oftherchcU., t. VIII, p. 17-2-1S9. — Rush* worth, part. IV, (. 1, p. 'J'J-liô.
a Le 22 mars IGIG.