LE ROI SE RETIRE DANS
Dans de nomelles conférences, les officiers firent à Montrciiil quelques promesses : il en informa le Roj, attentif pourtant à lui répéter que la démarche était hasardeuse, tout autre refuge préférable^ disant seulement que, s'il n'en avait aucun autre, il trouverait auprès des Écossais, pour sa personne du moins, pleine sûreté *.
Décidé ou incertain, Charles ne pouvait plus attendre : déjà Fairfax était à Newbury; le blocus devait être complet sous trois jours. Le 27 avril, à minuit, suivi seulement d'Ashburnham et d'un ecclésiastique, le docteur Hudson, guide bien instruit de tous les chemins, le Roi sortit d'Oxford à cheval, déguisé en domestique d'Ashburnham, portant en croupe leur vahse commune; et au même moment, pour donner le change à tous les soupçons, trois hommes sortaient par chacune des portes de la ville. Le Roi prit la route de Londres, Arrivé sur les hauteurs de Harrow, en vue de sa capitale,' il s'arrêta plein d'anxiété; il pouvait descendre, rentrer dans AYhitehall, paraître tout à coup au mihcu de la cité qui revenait à lui. Mais rien ne lui convenait moins qu'une résolution singulière et hardie, car il manquait de présence d'esprit, et craignait surtout les chances qui pouvaient compromettre sa dignité. Apres quelques heures d'hésitation, il s'éloigna de Londres, et marcha vers le nord, mais lentement, presque au hasard, en
* Dan» ses lettres Jes 15, 16 et 26 avril.— Clarendon, Hist. cfth* tebill., t. yill, p. 247-255.— Sfafe-Papers, t. II, p. 211-226.
LE CAMP DES ÉCOSSAIS (5 mai 1646). 147
homme toujours incertain. Montrcnil avait promis de venir à sa rencontre à IlarLorough, dans le comté de Lcicestcr, et ne s'y trouva point. Le Roi, inquiet, envoya Iludson à la dccouvdTte, et se rejeta dans les comiés de l'est, errant de ville en ville, de château en château^ surtoui le long des côtes, Ci.ftiigcant sans cesse de déguisement, demandant parfont des nouvelles de Montrose, et vivement préoccupé du désir de le rejoindre. Mais c'était encore là une trop longue et trop embarrassante entreprise. Hudson revint; rien n'était changé; Montreuil promettait toujours, dans le camp écossais, une retraite, sinon agréable, du moins assurée. Charles se décida enfin, par lassitude plutôt que par choix; et le 5 mai, neuf jours après son dé[)art d'Oxford, de grand matin, Montreuil l'introduisit à Kelhaui, quartier général des Écossais \
A la vue du Roi, le comte de Leveu et ses officiers affectèrent une extrême surprise : avis de son arrivée fut donné aussitôt aux commissaires du Parlement; des courriers partirent pour aller l'annoncera Edimbourg et à Londres. Officiers et soldats traitaient le Roi avec un profond respect; mais le soir, sous prétexte de lui rendr'^ les honneurs qui lui étaient dus, ime forte garde fut placée à sa porte; et lorsque, pour connaître sa situation, il voulut e.sayer de lui donner le mot d'ordre :
1 Pushworlh, i>art. IV, t. I, p. 267. — Clarcndon , Hist. of tht rehcH., t. VIII, p. 'J:.8. — Siatc-Vai^ers, t. II, p^ -Î-'S.— Whitelockc, p. :21-1.