‹ Histoire de Charles IerChapitre 75 sur 151 · L'ARMÉE ENLÈVE LE ROI · texte numérisé non relu

L'ARMÉE ENLÈVE LE ROI

« les craignent pas. » On rengagea à déposer ses armes, il s'y refusa a];solumcnt. On hésitait à lui ouvrir, il s'emporta. Au bruit de la querelle, Charles réveillé sonna sur-le-champ et donna l'ordre qu'il fût introduit. Joyce entra, chapeau bas, son pistolet à la main, d'un air décidé, mais sans inconvenance. Le Roi eut avec lui, en présence des commissaires qu'il fit appeler, une assez longue conférence, et le congédia en disant : « A « demain matin, monsieur Joyce ; je partirai volontiers « avec TOUS, si vos soldats confirment tout ce que vous « m'avez promis. »

Le lendemain, à six heures du malin, la troupe de Joyce était à cheval et en bataille dans la cour du château. Le Roi parut au haut du perron, suivi des commissaires et de ses serviteurs; Joyce s'avança jusqu'au pied de l'escalier. « Monsieur Joyce, dit le Roi, j'ai à vous a demander en vertu de quelle autorité vous prétendez « vous emparer de moi et m'emmener d'ici. — Sire, je « suis envoyé par l'autorité de l'armée, pour prévenir « les desseins de ses ennemis qui veulent une seconde « fois plonger le royaume dans le sang,— Ce n'est pas « là une autorité légale; je n'en connais point d'autre « en Angleterre que la mienne, et après la mienne, « celle du Parlement : avez-vous une commission écrite a de sir Thomas Fairfax? — Jai les ordres de l'armée, et « le général est compris dans l'armée. — Ce n'est pas là « une réponse; le général est à la tète de l'armée. Avez- « vous une commission écrite? — Sire, je vous prie de a ne plus me faire de questions; j'y ai déjà assez ré-

DE HOLMBY {2 jtjiv 1647). 191

« pondu. — Allon?, monsieur Joyce., soyez franc avec « moi; dites-moi quelle est \otre commisc^on. — La « voilà, sire. — Où? — Là. — Où donc? — Là, derrière « moi; » et il montrait ses soldats. « Jamais, dit le Roi « en souriant, je n'avais encore vu une telle commis- « sion; elle est écrite, j'en conviens, en beaux carac- « tères et fort lisibles : ces messieurs sont tous équipés 0 à merveille et de très-bonne mine. Mais sachez que, a pour m'emmener, il faudra que vous employiez la « violence si vous ne me promettez que je serai traité c avec respect, et qu'on n'exigera de moi rien qui « blesse ma conscience ou mon honneur. — Rien, rien ! « s'écrièrent avec acclamation les soldats. — Ce n'est 0 point notre maxime, dit Joyce, de contraindre la con- « science de personne, encore moins celle de notre Roi. « — Maintenant, messieurs, où me conduuez-vous?— A « Oxford, sire, s'il vous plaît.— Non, l'air n'est pas bon. « —A Cambridge donc?— Non, j'aime mieux Newmar- « ket; c'est un air qui m"a toujours plu. — Comme vous « voudrez, sire. » Le Roi se retirait : les commissaires firent quelques pas vers la troupe : « Messieurs, dit lord « Montagne, nous sommes ici en vertu de la confiance « des Chambrés, et nous voudrions savoir si vous « approuvez ce qu'a dit M. Joyce. — Tous! tous!— Que « ceux, dit le major général Rrown, (pii veulent que le « Roi reste ici avec nous, commissaires du Parlement, a le disent tout haut.— Personne! personne! » Leur impuissance ainsi constatée, les couunissaires se soumirent; trois d'entre eux montèrent en voiture avec le

Roi, les autres à cheval, et Joyce donna l'ordre du départ'.

Un messager partit au même instant pour Londres, porteur d'une lettre où Joyce annonçait à CromwelLque tout avait réussi. S'il ne trouvait pas Cromwell à Londres, la lettre devait être remise à sir Arthur Haslerig', et, à son défaut, au colonel Fleetwood. Ce fut Fleetwood qui la reçut ^; Cromwell était au quartier général, auprès de Fairfax, que la nouvelle de ce qui se passait jeta dans un trouble extrême. « Je n'aime pas cela, dit- « il à Ireton. Qui a donné de tels ordres? — J"ai ordonné, « répondit Ireton, qu'on s'assurât du Roi à Holmby, « mais non pas qu'on l'en fît partir.— Il la bien fallu, « dit Cromwell qui arrivait de Londres, sinon le Roi c< eût été enlevé et ramené au Parlementa » Cependant Fairfax envoya au-devant du Roi le colonel Whalley avec deux régiments de cavalerie et l'ordre de le reconduire à Holmby. Charles s'y refusa, protestant toujours contre la violence qu'il avait subie, mais au fond bien aise de changer de prison et que la discorde éclatât entre ses ennemis. Le surlendemain, à Childersley, près de Cambridge, Fairfax lui-même et tout son

1 Rush-worlh, part. IV, t. I, p, 502, 51.1-517. — ParZ/cm. Hist., t. m, col. 588-601. — Mémoires de Herbert, p. 17-24. — Mémoires de Ludlow, t. I , p. 217. — Clarendon, Hist. of tlie rebell, t. YIII, p. 301.

2 Mémoires de Hollis, p. 132. — \YIiitelocl:e , p'. 253. — •.Vo/ioi'rea de llunlington, p. 312.

'^ Mémoires de Iluntington, p. 312-313-

ET L'ARMÉE (jl':>: 1647). 1D3

élat-mnjor^ Cromwcll, Ircton, Skippon^ Ilammond, Lambert, Ricli, se présentèrent devant lui'. La plupart, Fairfax le premier, lui baisèrent la main avec respect : Cromwell et Ire ton seuls se tinrent à l'écart*. Fairfax protesta au Roi qu'il était étranger à son enlèvement. « Je n'en croirai rien, dit Charles, si vous ne faites « pendre Joyce à l'instant. » Joyce fut mandé : « J'ai « dit au Roi que je n'avais point de commission du a général; j'ai agi par ordre de l'armée ; qu'on la « réunisse; si les trois quarts ne m'approuvent pas, je « consens à être pendu en tète du régiment. » Fairfax parla de faire juger le cornette par un conseil de guerre, mais sans effet. «Monsieur, lui dit le Roi en le quittant, « je suis aussi puissant que vous dans l'armée; » et il redemanda qu'on le conduisît à Neumarket. Le colonel ^Vllalley s'y établit avec lui, chargé de sa garde; Fairfax retourna au quartier général, et Cromwell à \Yestminster, où depuis quatre jours on s'étonnait de ne le point voir'.

Il trouva les Cliambres en proie aux plus brusques alternatives de colère et de peur, de fermeté et de faiblesse. Aux premières nouvelles de l'enlèvement du Roi, l'épouvante avait été générale; Skippon, que les presbytériens s'obstinaient à regarder comme un des

» Le 7 juin 1G47.

• Clarendon , HisL oftherebell, t VIII, p. 310.

» Kusbwortb, part. IV, 1. 1, p. 545, HQ.—.l/f'moircs de Herbert, p. 24-25. — Mv'mcires do Warwick, p. ^ôi. — Mémoires de ruirfax, p. 40»-410.

Page 1