‹ Histoire de Charles IerChapitre 76 sur 151 · SCÈNE DE CHOMWELL DANS LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

SCÈNE DE CHOMWELL DANS LA CHAMBRE

leurs, demanda d'un ton lamentable un jeûne solennel poiu' obtenir du Seigneur que l'harmonie se rétablît entre le Parlement et l'armée; et en attendant on vota, d'une part, qu'un fort à-comple serait payé sur les arrérages; de l'autre, que la déclaration qui avait traité de séditieux le premier projet de pétition des officiers serait rapportée et biffée des registres'. De nouveaux renseigneanents, en excitant l'indignation, rendirent aux Chambres quelque courîge; on reçut des commissaires le récit détaillé des scènes de Holmby; on eut connaissance de la lettre de Joyce à Cromwell ; on crut môme savoir précisément quel jour, au quartier général, dans une conférence de quelques officiers et des principaux agitateurs, à l'instigation de Cromwell, avait été conçu et arrêté cet audacieux coup de main -. Quand le lieutenant général reparut dans la Chambre, les soupçons éclatèrent; il les repoussa avec passion, prenant à témoin Dieu, les anges et les hommes, qu'avant ce jour Joyce lui était aussi étranger que la lumière du soleil à l'enfant dans le sein de sa mère '. Cependant Hollis, Glynn, Grimstone, fermement convaincus, cherchaient partout des preuves, décidés à saisir le premier incident pour demander son arrestation. Un matin, peu avant l'ouverture de la séance, deux officiers vinrent trouver Grimstone : « Naguère, lui dirent-ils, dans une réunioa

1 Le 5 juin 1G47. Parliam. Eut., t. III, col. 592, 597 .—Mémoirn de Hollis, p. 139.

* Le 30 mai, selon Hollis, p. 159.

• Harris, Life of Cromwell, p. 97, dans la note.

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« d'officiers, on examinait s'il ne contiendrait pas d'é- « purcr l'armée pour n'avoir que des gens sur qui l'on « pût compter : — Je suis sûr de l'armée, a dit le licuc tenant général; mais il y a un autre corps qu'il est « bien plus urgent d'épurer, la Chambre des Com- « munes; et l'armée seule peut le faire.— Picpétcricz- « vous vous-mêmes ces paroles à la Chambre? leur « demanda Grimstone. — Nous sommes tout prêts; » et ils l'accompagnèrent à Westminster. La séance était ouverte, un débat entamé : « Monsieur l'orateur, dit « Grimstone en entrant, je supplie la Chambre d'or- « donner que le débat soit suspendu; j'ai à l'entretenir a d'une question bien plus pressante, bien plus grave; « il s'agit de sa propre liberté, de sa propre existence; » et il accusa Cromwcll, présent à la séance, de méditer contre la Chambre l'emploi de la force armée : « Mes « témoins sont là, dit-il; je demande qu'ils soient in- « troduits. » Les deux officiers parurent, ei renouvelèrent leur déclaration. A peine ils s'étaient retirés, Cromwcll se leva; et tombant à genoux, fondant en larmes, avec une véhémence de paroles, de sanglots c' de gestes qui saisit d'émotion ou de surprise tous k^ assistants, il se répandit en pieuses invocations, en ferventes prières, appelant sur sa tète, si quelque liomuio dans tout le royaume était plus fidèle que lui à la Chau>bre, toutes les condamnations du Seigneur. Puis, se relevant, il parla plus de deux heures, du Parlement, du Roi, de rarniée, de ses ennemis, de ses amis, do lui-même; abordant et mêlant toutes clioses, huuibld

et audacieux, verbeux et passionné, répétant surtout à la Clianihre qu'on l'inquiétait à tort, qu'on la compromettait sans motif, que sauf quelques hommes dont les regards se tournaient vers la terre d'Egypte, officiers et soldats, tous lui étaient dévoués et faciles à retenir sons sa loi. Tel fut enfin son succès que, lorsqu'il se rassit, l'ascendant avait passé à ses amis, et (pie, « s'ils l'eussent voulu, » disait trente ans après Grimstone lui-même, a la Chambre nous eût envoyés à la Tour, « mes officiers et moi, comme calomniateurs'. »

Mais Cromwell était trop sensé pour tenir à la vengeance, et trop clairvoyant pour s'abuser sur la valeur de son succès. 11 comprit à l'instant que de telles scènes ne pouvaient se reproduire; et, le soir même de ce grand triomphe, il quitta Londres secrètement, se rendit à l'arip.ée réunie à Triploe-Heath -, près de Cambridge ; et cessant, avec les presbytériens et les Cliambres, des ménagements désormais impossibles, même à son hypocrisie, il se mit ouvertement à la tête des indépendants et des soldats.

Quelques jours après son arrivée, l"armée était en marche sur Londres; un engagement solennel de soutenir jusqu'au bout leur cause avait été souscrit par tous les régimen-!;; tsous le nom d'humble représcnlaliony ils avaient adressé aux Chambres % non plus seule-

* Burnet, Histoire de mon temfs, t. I, p. 93-95, dans ma CulJeo* tion.

2 Le 10 juin AMI. Mc'moires de Hollis, p. 133. > Le M juin 1G17.

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ment le tableau de leurs propres griefs, mais l'expression hautaine de leurs -vœux sur les aflaires publicjues,

constitution du Parlement, les élections, le droit de u'iition, la réforme générale de l'État K Enfin, à ces demandes jusque-là inouïes, était joint un projet d'accusation contre onze membres des Communes, Hollis, Stapleton, Maynard, etc. ', ennemis de l'armée, disaiton, et seuls auteurs des fatales méprises où tombait sur son compte le Parlement.

Les presbytériens avaient prévu le coup, et cherché d'avance à s'en défendre. Depuis quinze jours ils mettaient tout en œuvre pour animer en leur faveur le ]»euple de la cité : il se plaignait des droits perçus sur le sel et la viande, on les abolit 2; les apprentis avaient réclamé contre la suppression des fêles religieuses, de Noël surtout, jadis jour de gaieté pour toute l'Angleterre; on institua des jours de récréation publique pour les rem{)lacer '\ Un cri général continuait de s'éleviT contre l'avidité d'une foule de membres, l'accumulation des emplois, les indemnités, les profits sur les séquestres; les Communes votèrent qu'aucun des leurs

1 Rushworth, part. IV, t. I, p. 5G4.

2 Denzil Hollis, sir Pliilippe Stapleton, sir William Lewis, sip John Clotworthy, sir William Waller, sir John Jlaynard, Glynn, Antoine Nichols, le major général Massey, et les colonels Walter Long et Harlcy. (Rushworth, part. IV, t. I, p. 570.)

• Les 11 et 25 juin. Whitelocke, p. 255. — Rushworth, paît. IV, t.l, p. 592.

* LeH j un.ParZirtin. Hist.,t. III, col. 59L— Whitelocke, p. -343. Î54.— Rushworth, part. IV, t. I, p. 4G0, 548

ne recevrait plus ni charge lucrative, ni don, ni assignation sur les biens des délinquants ; qu'ils rapporteraient môme au trésor public les sommes qu'ils avaient déjà touchées; que leurs terres seraient soumises à la loi commune pour le payement de leurs dettes*. Enfin, le comité cliargé de recevoir les plaintes des citoyens contre les membres de la Chambre était tombé en désuétude; on le remit en vigueur *.

Mais le jour était venu où les concessions ne prouvent plus que de la détresse, et où les partis ne reconnaissent leurs fautes que pour les expier. La cité détestait les indépendants, mais avec crainte, et ne portait aux chefs presbytériens qu'un dévouement sans respect ni confiance, comme à des patrons décriés et vaincus. Un moment ces mesures parurent produire quelque effet : le Conseil commun proclama son ferme dessein de soutenir le Parlement ^ ; quelques escadrons de cavalerie bourgeoise se formèrent; on recruta dans la milice : les officiers réformés se firent inscrire en foule chez Massey, Waller, HoUis. On fit autour de Londres des préparatifs de défense * : les Chambres votèrent enfin ^ que l'armée serait sommée de s'éloigner, de remettre le Roi

» Le 10 juin. ParJiam. Hist., t. III, coL 603. — "Whitelocke p. 255.

• Le 3 juin. Rushwortb, part. IV, t. I, p. 500.

» Le 10 juin. Parliam. Hist., t. III, col. 601. Whitelocke, p. 25-4-

* Rush-wortb, pari. IV, t. I, p. 552 et suiv. — Parliam. Uist.^ i. III, col. 614.

» Le 11 juin.

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à leur? commissaires, et Sa Majesté invitée à venir résider à Richmond, sous la garde du seul Parlrmcnt', Mais larmée avançait toujours. Fairfax écrivit en son nom au Conseil commun * pour se plaindre qu'il laissât recruter contre elle. Le Conseil s'en défendit platement, s'excusant de ses alarmes, et protestant que, si l'armée se retirait, si elle consentait à demeurer cantonnée à quarante milles de Londres, tout dissentiment cesserait bientôt '. Fairfax répondit que cette lettre venait trop tard, que son quartier général était déjà à Saint-Albans, qu'un mois de solde lui était absolument nécessaire *. Les Chambres accordèrent la solde, et insistèrent sur un mouvement rétrograde *. L'armée demanda que d'abord les onze membres, ses ennemis, fussent écartés du Parlement *. Les Communes ne pouvaient se résoudre à se porter de leurs propres mains un coup si fatal; plusieurs fois déjà l'affaire avait été mise en délibération, et toujours la majorité avait répondu qu'une accusation vague, sans faits à l'appui des reproches, sans preuves à l'appui des faits, ne pouvait dépouiller de leur droit des membres du Parlement ''. « La pre-

1 Le 15 juin. Par/iam. iîi5f., t. Iir, col. 614. « Les 11 et 14juin.Par/iQm. Hi«t., col. C08, 628. » Les 12 et 15 juin. Rusbworth, part. IV, t. I, p. 557. — Parliam, Etst., t. III, col. 6.30.

* Rushworth, part. IV, t. I, p. 560. —ParUam. Ilist., i. III, 001.613.

» Les 15 et -21 juin. ParUam. nist.,t. III, col. 631, 639.

• Le 23 juin. ParUam. Hist.,t. I.'I, col. 640-650.

' ifémoires de Ilollis, p. 15'2 et suiv. — rarliam. Ilist., t. III, col. 653.

« mière accusation contre lord StrafTord a été vague « aussi et purement générale, disait l'armée; comme « on fit alors, nous fournirons nos preuves plus tard '.» Et elle continuait à s'avancer. Le 26 juin, son quartier général était à Uxbridge. La cité lui envoya des commissaires, mais sans succès. L'effroi redoublait chaque jour : déjà on fermait les boutiques, on blâmait amèrement les onze membres d'une obstination si compromettante pour le Parlement et la cité. Ils comprirent sans peine ce langage, et offrirent eux-mêmes de se retirer. Leur dévouement fut accepté avec une avide reconnaissance *; et, le jour même de leur retraite, les Communes votèrent qu'elles avouaient de tout l'armée, qu'elles pourvoiraient à son entretien, que des commissaires seraient nommés pour régler, de concert avec les siens, les affaires du royaume, qu'en attendant on prierait le Roi de ne point venir à Richmond comme on le lui avait demandé naguère, et que, dans aucun cas, il ne pourrait résider plus près de Londres que ne serait le quartier général ^ A ces conditions, Fairfax rétrograda de quelques milles, et désigna dix commissaires pour traiter avec ceux du Parlement *.

» Rushworth, part. IV, t. I, p. 594.

' Le 2G juin. Parliam. Hist,, t. III, coL 654. — Mémoires de Hollis, p. 1G-2-IG4.— Clarendon, State-Papcrs, t. Il, Appendice

p. XXXVIII,

3 Parliam. Hist., t. III, coL 656.

» Les 30 juin et 1" juillet. Rushwortli, part. IV, t. I, p. ."i96.— • Varliam. Ili'it., t. III, col. 661. Les commissaires de l'arnice fu-

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Au moment où le Roi reçut la nouvelle de ces résolutions, il se disposait à partir pour Riclimond, selon le vœu des Chambres; à le tenter du moins, car, depuis ce vœu, il était l'objet de la plus exacte surveillance, et, traîné de ville en ville à la suite de l'armée, il voyait partout , dès qu'il arrivait , de nombreuses sentinelles entourer son logement. Il en témoignait hautement sou humeur: «Puisque mes Chambres, disait-il, me de- « mandent d'aller à Richmond, si quelqu'un prétend a m'en emi)êcher, il faudra que ce soit par force et en « saisissant la bride de mon cheval; et s'il se trouve un « homme qui ose le tenter, il ne tiendra pas à moi que « ce ne soit là sa dernière action K » Quand il apprit que les Chambres mêmes s'opposaient à son départ, qu'elles avaient tout cédé à l'armée, et négociaient avec elle comme avec un vainqueur, il sourit dédaigneusement à cette humiliation de ses premiers adversaires, et se hâta de donner à ses intrigues un autre cours. Sauf les mesures prises pour prévenir toute tentative dévasion, il n'avait point à se plaindre de l'armée; les officiers se montraient avec lui aussi respectueux et beaucoup plus faciles que les commissaires du Parlement. Deux de ses chapelains, les docteurs Sheldon et Hammond, avaient été admis à résider auprès tî-e lui, et officiaient hbrement selon les rites de l'Église épiscopale;

rent Cromwel] , Irelon, Fletwood , Rninsborougb, Harrison, air Hardrcss Walior, Rioh, Ilammond, Lambert et Desborough.

* Mémoires de IIuiKingtoii, p. 31 1, dans ma Collection.

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