CONDUITE DE L'ARMÉE
SCS anciens serviteurs , les Cavaliers mêmes naguère en armes n'étaient plus indistinctement écartés; le duc de Riclimond, le comte de Soutliampton^ le marquis de Hertford obtinrent la permission de l'approcher; les cliefs de l'armée prenaient plaisir à faire, avec les grands seigneurs royalistes, acte de générosité comme de puissance; et même dans les rangs moins élevés, l'esprit miliîaire se refusait à ces subtiles précautions, à ces rigncurstracassières dont, à Newcaslle et à Holmby, le Roi avait eu si souvent à souffrir K Depuis la reddition 4'0\ford, ses plus jeunes enfants, le duc d'York, la princesse Elisabeth et le duc de Glocester, habitaient lantôt Saint-James, tantôt Sion-House, près de Londres, sous la garde du comte de Northumberland , à qui le Parlement les avait confiés. Charles témoigna le désir de les \ oir, et Fairfax s'empressa de l'appuyer officiellement auprès des Chambres : « Qui ne regretterait, dit-il, que, « pour si peu de chose, laliection si naturelle de Sa a Majesté pour ses enfants eût à subir un refus-? » L'enlrevuc eut lieu ^ à Maidenhead, au miheu d'un grand concours de peuple, qui semait de verdure et de fleurs tous les chemins par où la famille royale devait passer; et, loin d'en concevoir aucune aigreur ni méûaiicc; officiers et soldats, touchés, comme le peuple, de
1 Memc'.res de Herbert, p. 14etsuiv., dans ma Coï/etNon.— Cl*l^ndon, Hist. of the rehelL, t. VIII, p. 3li(j.
» Sa lettre est du8 juillet. Parham. Hist., t. III col. 679. » Le ]5 juillet.
ENVERS LE KOI (juillet 1647). 203
In joie d'un père, trouvèrent bon qu'il emmenât ses enfants à Caversham, où il résidait alors, et qu'il les gardât deux jours avec lui '. Quelques-uns d'ailleurs, Cromwell et Ireton surtout, trop clairvoyants pour se flatter que leur lutte avec les presbytériens fût à son terme et leiu' victoire assurée, sintpiiétaientde l'avenir, en calculaient toutes les ebances, et, cbercbant partout un dénoûmcnt à cette crise, se demandaient si la faveur du Roi, relevé par leurs mains, ne serait pas, pour leur parti, la meilleure garantie, pour eux-mêmes le plus sur moyen de fortune et de pouvoir -.
Le bruit de ces dispositions, des égards que témoignait au Roi l'armée, des démarches que faisaient pour se rai)proclier de lui quelques-uns de ses chefs, se ré[)andit bientôt dans tout le royaume. On allait jusqu'à dire quelles conditions lui étaient offertes, et des pamphlets en circulaient, les uns à la louange, les autres au blâme du parti. Il crut devoir démentir officiellement ces rapports, réclamer même, d'un ton de colère, le châtiment de leurs auteurs '. Mais les négociations avec le Roi n'en continuèrent pas moins; beaucoup d'olficiers étaient aiq)rès de lui empressés et assidus; des relations familières et presque amicales s'établissaient entre eux et les Cavaliers, connue entre gens qui se sont loyalement
i Rushworth, part. IV, t. I, p. G-25. — Clarcntlon, Hist. of thi rebcll.t.YlU, p. :U7.
» Mémoires de Huntington, p. 317, dans ma Collection. • Le l"juillct 1G17. Old ParUam. Ili^t., t. XVI, p. GO-G-'.