‹ Histoire de Charles IerChapitre 80 sur 151 · SÎ6 1,'ARMKE ENTRE DANS LONDRES · texte numérisé non relu

SÎ6 1,'ARMKE ENTRE DANS LONDRES

Opiniâtre, ne perdait ni le temps ni le courage; il entravait, ralentissait, énervait toutes les mesures qu'il n'avait pu prévenir : l'argent perçu n'était employé qu'avec lenteur ; les armes manquaient aux recrues de Massey; quelques prédicateurs presbytériens, M. Marshall entre autres, gagnés par l'armée, portaient de fous côtés des paroles de crainte et de transaction; d'honnèles membres, soit des Chambres, soit du Conseil commun, les accueillaient déjà, flattés de l'honneur de rétablir la paix. Cromwell enfin fit dire à Ashburnham que sous deux jours la cité serait en leur pouvoir '.

Charles hésitait encore : il réunit ses serviteurs les plus cffidés; la lettre fut rédigée, débattue, écartée, reprise ; il la signa enfin -. Ashburnliam et Bcrkley partirent pour la porter au quartier général; ils rencontrèrent en route un second messager que leur expédiaient deux officiers de leurs amis, pour en presser de nouveau l'envoi : ils arrivèrent. La soumission de la cité était arrivée avant eux. Les membres fugitifs venaient de passer l'armée en revue ^ à Hounslow-Heath, au milieu des plus bruyantes acclamations; elle marchait avec eux vers Londres, sûre d'y entrer sans obstacle. La lettre et l'alliance du Roi n'avaient plus de prix pour des vainqueurs*.

* Mémoires de Hoîlis, p. 204-207. — J/emoires de Berkley, p. l8^; ilémoires tic Ludlow, t. I, p. 235. — Whitelocke, p. 267.

2 Le 4 août. Ruôhworth, part. iV, t. II, p. 753. » Le 3 août,

♦ Mémoires de Rerkier, p. 188 — Rushworth , part. IV, t. II, p. 750. '- •

Le surlendemain, 6 août, un brillant et redoutable cortège partit de Kcnsington pour ^Yestmi^ster; trois régiments formaient l'avant-garde, un quatrième l'arrière-garde; entre eux marchaient Fairfax et i^on étatmajor à cheval, les membres fugitifs dans leurs voitures, et à leur suite une foule de leurs partisans empressés de s'associer à leur triomphe. Une double haie de soldats bordait la route, tous une branche de laurier à leur chapeau et criant : « Vive le Parlement! le libre Parle- « ment ! » A Hyde-Park attendaient le lord maire et les aldermeii venus pour complimenter le général de la paix eului rétablie entre l'armée et la cité ; Fairfax leur répondit à peine et en passant. Plus loin, à Charing- Cross, se présenta également le Conseil commun en corps, qui ne reçut pas un accueil plus attentif. On arriva au Parlement : les chefs presbytériens s'étaient enfuis ou cachés; Fairfax rétablit dans leurs sièges les patrons de l'armée, écoula d'un air modeste leurs pompeux remercîments, enleiulil voter pour ses troupes un mois de solde, puis alla prendre possession de la Tour, dont à l'inslant même on le nomuia gouverneur ^

Deux jours après, Skippon marchant au centre et Cromwell à l'arrière-garde , l'armée entière traversa Londres, grave, silencieuse, dans l'ordre le plus rigoureux; nul excès ne fut connnis, pas un bourgeois ne

» Ruslnvorth, part. IV, t. II, p. 7ôG. — Parliam. Tlist., t. III, col. 736 et suiv. — Mémoires de Hollis, p. 210.

Page 1