S32 CRO.MWELL SURPREND UNE LETTRE
« rons bien peu à y gagner '. » En même temps la situaiion de l'armée cantonnée autour de Londres devenait critique ; la cité opposait à toutes les demandes d'argent pour la solde une inertie invincible ; les officiers ne savaient comment gouverner des troupes qu'ils ne pouvaient payer ^. Partout circulaient les plus hardis pamphlets révélant^, tantôt les desseins des soldats contre le Roi, tantôt les négociations du Roi avec les généraux. En vain Fairfax avait réclamé et obtenu sans peine l'établissement d'une censure rigoureuse ^; en vain Cromwell s'était porté auprès de la cité l'interprète des besoins de l'armée; en vain il avait déployé toutes les ressources de la raison et de la ruse pour persuader aux fanatiques qu'il fallait se contenir pour se faire payer par les modérés; aux modérés que, pour contenir les fanatiques, il fallait les payer''; en vain môme il était parvenu à faire nonnner, parmi les nouveaux agents des soldats, quelques-uns de ses affidés ^ : ses efforts demeuraient sans résultat; sa prudence même tournait contre lui; il s'était ménagé dans tous les partis des intelligences, des moyens d'action, et partout une fermentation désordonnée, indomptable, me-
» Clarendon, Hist. oftherehdl, t. VIIL p. 311.
« Rushworth, part. IV, t. II, p. 804, 815, 829, 837-840.— Whitelocke, p. 274.
i* Par une ordonnance du 30 septem'ore IGil. Parliam. Hiat., t. III, col. 779-781.— Riislnvorlh, part.IY, t. H, p. 799.
* Rushwonb, part. IV. t. II, p. 883-884.
c Mémoires de Iluntinijlcn, p. 32o.
DU ROI A LA REINE (octobre 1G47). 2-33
nnf-ait do déjouer ses calculs, de ruiner son influence. Tant (riial)ileté n'avait abouti (}u'à charger sa situation d'embarras et de périls.
Dans cette perplexité, un des espions qu'il avait à Ilamptoncourt, jusque dans la chambre du Roi, lui fit donner avis que, ce jour même, partait du château une lettre adressée à la Reine, et qui contenait les vrais desseins de Charles envers l'armée et ses chefs. La lettre, cousue dans une selle que portait sur sa tète un homme (jui n'était point dans le secret, devait arriver vers dix. lieures du soir à l'auberge du SancjUer-Bleu, dans IIolhorn, où un cheval était préparé pour conduire l'homme à Douvres, d'où le paquet passerait en France. Cromwell et Ireton prirent à l'instant leur résolution; et déguisés en simples cavaliers, suivis d'un seul soldat, i)artirent do Windsor pour se rendre au Heu désigné. Dès leur arrivée, ils placèrent leur soldat aux aguets devant la porte, et entrés dans l'auberge, s'assirent dans un cabinet^ buvant de la bière en attendant. Vers dix heures, en elfet, le messager parut, une selle sur la tète : avertis aussitôt, ils sortirent l'épée à la main, se saisii'ent de la selle sous prétexte qu'ils avaient ordre de tout visiter, l'emportèrent dans le cabinet, en fendirent les bords, y trouvèrent laletire, refermèrent la selle avec soin, et la rendirent au messager elfrayé, lui disant, d'un air de bonne humeur, qu'il était un honnête garçon, et pouvait continuer sa route.
Le renseignement n'était point trompeur : Ciiarles écrivait, en elîet, à la Reine que les deux factions le