‹ Histoire de Charles IerChapitre 88 sur 151 · CROMWELL CESSE DE TRAITER · texte numérisé non relu

CROMWELL CESSE DE TRAITER

les faits, les lois, les mœurs* que la République, inie enfin de près et imminente, n'était à leurs yeux qu'une périlleuse chimère. Parmi les républicains eux-mêmes, la plupart, quoique sincères et hardis, étaient loin de partager tous les désirs des soldats : les uns, dominants dans les élections de leur ville ou de leur comté, craignaient, par un système nouveau, d"y perdre leur prépondérance; les autres, acquéreurs des biens d'Éghse, voyaient avec effroi le peuple s'indigner que ces ventes eussent été faites à vil prix, et en réclamer l'annulation; les jurisconsultes voulaient conserver leur empire avec ses profits; tous repoussaient avec passion l'idée que la Chambre fût bientôt dissoute, et sa cause livrée aux hasards d'une réélection. Leur bon sens d'ailleurs était choqué du peu d'importance sociale, de la démence mystique, de lindisciphne hautaine des soldats réformateurs. Comment fonder un gouvernement, en face des royalistes et des presbytériens, avec une faction ingouvernable, insensée au point de mettre chaque jour en péril l'union de l'armée , pourtant son seul appui? Comment attaquer, au nom des rêveries de sectaires obscurs, tant de faits, tant de droits anciens et respectés? Cependant, à ces rêveries et dans presque tout le royaume, une fermentation jusque-là inconnue s'emparait du petit peuple ; ces belles et confuses nofjons de justice absolue, ces désirs passionnés d'un bonheur égal, souvent étouffés, jamais éteints au cœur des hommes, éclataient de toutes parts avec leur aveugle et furieuse confiance; et les chefs eux-mêmes qui ne les voulaient pas écouter

AVr:C LE ROI. (xovEMBRK 1647). 237

no savaient qu.c leur répondre, car au font! ils partageaient les principes au nom desquels on proclamait de tels vœux.

Aussi leurs premières démarches furent-elles molles et flottantes. Les Chambres votèrent que les deux pamphlets étaient un attentat contre le gouvernement du royaume, et qu'elles en poursuivraient les auteurs; mais en même temps, pour complaire aux républicains, elles déclarèrent que le Roi était tenu d'adopter tout ce que lui proposait le Parlement '. Le Conseil général des officiers, réuni à Putney % appela dans son sein les principaux agitateurs, et un comité, où siégeaient plusieurs d'entre eux, eut ordre de faire sur leurs demandes un prompt rapport. Bientôt, en effet, le comité apporta un projet de propositions au Parlement, où la plupart de ces demandes étaient accueillies; mais le nom et les prérogatives essentielles du Roi y avaient également pris place ^. Les agitateurs se récrièrent : on leur promit que, dans un prochain Conseil, la question de savoir si la royauté devait subsister désormais serait librement débattue. Mais, le jour venu, Ireton sortit brusquement du Conseil, protestant qu'il n'y rentrerait plus si de telles matières y étaient seulement agitées. Le débat fut remis au lundi suivant, G novembre; et soit pour l'éluder encore, soit qu'on espérât des soldats en masse pUn

* Le 6 novembre. Journah ^ etc., novembre 5,0. — Parliain, ïlist., t. III, col. 785.

' Lu 22 octobre. Rushworlb, part. IV, t. Il, p. S-ly.

• Le 2 novembre. Ibid,, p. ^Gl et suiv.

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