CROMWELL CESSE DE TRAITER
de complaisance, on convint que l'armée serait convoquée à un rendez-vous général où elle pourrait tout entière manifester ses sentiments *.
Mais Cromwell, qui l'avait proposé, démêla sans peine le péril du remède. Chaque débat nouveau accroissait dans l'armée la désunion; plus on la consultait, plus elle écliajjpait à ses cliefs et tombait dans l'anarchie *. Pour s'en servir, pour la sauver même, il fallait absolument, et sans retard, y rétablir la discipline et ressaisir le pouvoir. Or un tel succès avait d'impérieuses conditions : il était clair que les soldats, les plus actifs du moins, les meneurs et les fanatiques ne voulaient plus du Roi ; qu'ils abandonneraient, attaqueraient môme quiconque lui paraîtrait favorable ; que celui-là seul enfin disposerait de leur obéissance et de leur force, qui accepterait en ceci leur volonté commune et s'en porterait l'exécuteur. Cromwell prit sa résolution. Le jour du Conseil arrivé, tout débat fut interdit; les officiers supérieurs déclarèrent ([ue^pour ramener dans l'armée la bonne intelligence, il fallait que tous, officiers et agitateurs, retournassent à leurs régiments; qu'au lieu d'un rendez-vous général, il y aurait trois rendez- vous partiels dans les cantonnements des principaux corps; qu'en attendant, le Conseil suspendrait ses séances, et laisse-
1 Clarendon, State-PaperSj t. II, Appendice, p. xli. — Lctler of êeveral agitalors to their respective régiments. — Godwin, iîis^ of the commonwealth, t. II, p. 451-452.
2 Clarendon, Slatc-Papers,t. II , Appendice, p. XL.
AVEC LE ROI (novembre 1647). 239
rait agir le général et le Parlement '. Cependant la situation du Roi à Hamptoncourt changea tout à coup ; ses conseillers, Riclimond, Southampton, Ormond, eurent ordre de s'éloigner; ses serviteurs les plus affidés, Deikley et Asliburnham entre autres, lui furent retirés: on doubla autour de lui les gardes ; il n'eut plus dans ses promenades la même liberté. De toutes parts lui arrivaient des avis sinistres; on disait surtout que les soldats avaient dessein de s'emparer de sa personne pour l'enlever aux officiers, comme ceux-ci lavaient enlevé au Parlement. Cromwell lui-même en écrivit avec inquiétude au colonel Whalley, soit qu'en etîet il redoutât quelque tentative de ce genre, ou qu'il se prol)Osât seulement d'en effrayer le Roi, soit plutôt que, toujours soigneux de ménager toutes les chances, il voulût le tromper encore sur ses intentions et se donner l'air de le servir -.
Ces chaugemenls, ces rapports, tant de gènes nouvelles, mille bruits de trahison, de desseins inouïs, môme d'assassinat, jetaient le malheureux Charles dans une anxiété chaque jour plus poignante; son imagination, susceptible et vive quoiijue grave, en était ébranlée; une mauvaise chasse, un rêve pénible, sa lampe éteinte
• Rushworth, part. IV, t. II, p. 866.
•Rushworth, part. IV, t« II, p. 812. —Mémoires de Ilollis,
p. 234 i¥emoires de Iluntington, p. 2-21. — Mémoires de Derkloy,
p. 191.— Clarendon, Hist. oftherchdl, t. VIII, p. 318; t. IX, p. I, 4.— Mémoires de mistiissllutcbinson, t. II, p. 138.