LES DAMES
Les dames nobles cultivent alors fort peu les belles-lettres et sont en général dénuées d'instruction ; aussi ne manquet-on pas de citer honorablement celles qui forment exception, comme Brantôme le fait, avec satisfaction, pour sa bellesœur la vicomtesse de Bourdeille, femme de son frère André.
Les dames affichent une curiosité indécente, notamment en allant voir les corps « nuds » des victimes de nos guerres civiles. Ainsi, le soir de la Saint-Barthélémy, au retour du cimetière des Innocents^ la reine mère s'arrête pour examiner le cadavre de Soubise, accusé par sa femme d'un défaut de conformation : le fait, tant il est avéré, n'est pas même passé sous silence par le prêtre qui a écrit, au siècle dernier, l'histoire de Marguerite de Valois *.
C'est qu'en elTet il n'y avait plus de mœurs; nos dernières guerres d'Italie, l'invasion de la cour par des Italiennes et
« Gargantua et Pantagruel, î, 23.
s Le chanoine Mongez, 1787, in-S**, p. 113.
les exemples provoquants des maîtresses royales^ ou princières ', les avaient tuées. On voulait des passions violentes, les vers de Desportes en fournissent la preuve, et plus encore son récit hasardé d'une aventure où figuraient à la fois la princesse de Condé et Marguerite de Valois. Chacun d'ailleurs se rappelle une autre héroïne de ce temps, M"''' de Sauves, dame d'atours de Catherine de Médicis, à la fois maîtresse du duc d'Alençon, du roi de Navarre, du duc de Guise et de du Gast\ Nous n'insisterons pas; en pareille matière, soulever le voile, c'est indiquer la profondeur du mal, de ce mal dont le poète du Bartas disait, en terminant son Triomphe de la Foy :
Les yierges sont sans crainte et sans honte les femmes,
car elles vous invitent jt>âfr quelque œillcde à vous présenter hardiment devant elles^ et vous pouvez croire ce que disent leurs yeux, ces fenêtres du cœur *.
Pourtant, même parmi la noblesse, il existe des familles nombreuses, ce qui est un indice de bonnes mœurs : ainsi Paul de la Barthe, seigneur de Giscaro, eut de la même
* Même celui de Marie Touchât, qui eut pour fille la marquise de Verneuil, maîtresse de Hem'i IV ; ainsi Tart des séductions se transmettait par héritage.
* Comme la belle ^Isabelle de Limeuil, maîtresse du prince de Condé, renvoyée de la cour en 1563 après un scandale, malgré sa parenté avec Catherine de Médicis, accusée même d'avoir voulu empoisonner le prince de la Roche-sur- Yon, et qui finit par épouser Scipion Sardini, de la famille des Interminelli de Lucques, un financier du xvi* siècle, qui eut un hôtel à Paris dont un débris curieux existe encore (dans le quartier Mouffetard, à l'angle des rues Scipion et du Fer-à-Moulin).
* Avouons qu'on était alors peu difficile en amour, et que certaines épithètes malsonnantes des pamphlets, à l'égard de ces belles dames, étaient méritées. M»* de Sauves se remaria en 1579 au marquis de Noirmoutier, qui obtint ainsi l'usufruit d'une partie de son cœur et de ses richesses.
* Lisez un curieux passage à la page 722 de la traduction française de la Civile Conversation de Guàzzo, Lyon, 1582, in-32. Une nouvelle édition de ce livre a paru en 1596, en italien, c'est-à-dire dans la langue maternelle de Tauteur, qui était un gentilhomme de Casale.
femme 34 fils et 2 filles ; le maréchal de Bellegarde présenta cette famille entière à Charles IX.
La tendance de ce temps était de sacrifier plutôt à Vénus qu*à Bacchus ; Montaigne l'énonce en termes fort clairs \ et il ne paraît pas que les truffes déjà recherchées sous Charles YI, en 1387, aient beaucoup séduit nos courtisans, sous la domination des fils de Henri II.