‹ Histoire de Charles IXChapitre 63 sur 73 · INFANTERIE · texte numérisé non relu

INFANTERIE

Un certain nombre de régiments se trouvaient déjà formés, non-seulement avec les gardes-françaises dont nous avons parlé, mais aussi avec les vieilles bandes.

Au commencement du règne qui nous occupe (1561), il y avait eu 3 gros corps de fantassins, chacun aux ordres d'un mestre de camp, ce qui divisait le commandement unique de cette arme, fonction dont les inconvénients étaient apparus quand le colonel général de l'infanterie s'était trouvé dans les rangs protestants ; l'idée de ce fractionnement, à en croire Brantôme, appartenait à François de Guise, « qui s'entendoit à l'infanterie aussi bien qu'homme de France, encore qu'il n'y a été nourri, et l'aimoit fort ». Plus tard on compléta ces trois régiments et les 8,000 soldats

' Poésies latines, traduction de M. Banijy de Naléche, 1857, épîtreàGuy du Faur.

encore organisés en bandes ; on les compléta, pour grossir l'armée royale, avec des levées improvisées donl la destination fut de s'opposer à ces soldats précédemment licenciés après chaque campagne, principalement après la guerre d'Italie, et qui accouraient avec une grande facilité sous les drapeaux des huguenots. C'est ainsi que Monlluc leva un régiment dès la prise d'Orléans par le prince de Condé (1562), et qu'à la date du 14 août de la même année Charles IX ordonna la formation de trois autres régiments dont le commandement fut confié à MM. d'Hémery, de Rieux et de Sarlabous le jeune : les forces ramenées d'Italie par M. de Brissac constituèrent également un régiment. Lors de la bataille de Dreux, outre les garnisons et des bandes isolées, le roi disposait donc de huit régiments d'infanterie. A la paix suivante, ces régiments disparurent, et il n'y eut plus que des compagnies ou bandes. Néanmoins, lorsque les gardesfrançaises prirent naissance en 1564, la France possédait les éléments de 9 régiments. En 1566, les gardes -françaises elles-mêmes, qui avaient accompagné le monarque dans son long voyage au travers de la France et étaient un objet de méfiance pour les réformés, furent réparties en compagnies. Mais Catherine deMédicis avait tourné la difficulté en faisant appel aux Suisses et en obtenant des cantons 6,000 soldats, soi-disant pour les opposer aux soldats concentrés en Flandre par le duc d'Albe, et ce fut, nous l'avons dit dans un précédent chapitre, un régiment suisse, celui de Pfilfer, qui protégea, le 23 septembre, la retraite de la cour deMeaux sur Paris. Ce fait d'armes remarquable détermine la transformation des soldats de Pfiffer en un régiment des gardes suisses; c'était en réalité un dixième régiment. Une nouvelle organisation eut lieu à la date du 27 octobre 1567; les Suisses demeurèrent à part, et des bandes du nord amenées

par Philippe Strozzi, des bandes du midi conduites par Brissac, et de toutes les bandes françaises fortes de 14,000 hommes au moins, furent constitués 2 gros régiments (nous dirions aujourd'hui des divisions), le régiment de Strozzi, le régiment de Brissac, partagés chacun en régiments secondaires aux ordres d'un mestre de camp. La campagne de 1569 se passa en partie avec l'infanterie organisée de la sorte. Brissac ayant été tué au siège de Mussidan, Strozzi devint le seul colonel de l'infanterie, et le décès de d'Andelot ne tarda pas à le mettre en possession entière et sans conteste du titre de colonel général. On ne laissa qu'un seul régiment de 10 compagnies en dehors de son autorité, celui de Piémont, dont le frère du comte de Brissac prit le commandement; puis les autres régiments et les compagnies restantes furent définitivement groupés en 3 corps, en sorte que l'on obtint ainsi :

Le régiment de gardes-françaises, fort de 15 enseignes et ayant Cosseins pour chef ;

Le régiment de Picardie, fort de 16 compagnies, colonel Sarrieu ;

Le régiment de Champagne, fort de 26 compagnies, colonel Gohas aîné ;

Le régiment de Piémont, fort de 10 compagnies, colonel

Brissac.

Ce sont là les quatre premiers vieux corps, lesquels existaient encore à la Révolution française ; on eut aussi, à cette époque, 2 régiments provisoires de 15 enseignes chacun, commandés par la Barthe et Gohas jeune.

Nous voilà donc à 6 régiments d'infanterie. En même temps, comme une conséquence de la mort du prince de Condé à Jarnac, les protestants accordèrent à leur nouveau chef une garde de 200 hommes éprouvés, lesquels formé-

rent avec le temps un corps plus important et devinrent, à Tavénement du roi Henri IV, un nouveau vieux corpSy le régiment de Navarre.

Il y avait d'ailleurs dans nos places frontières de nombreuses bandes isolées ou compagnies; la garnison de Pignerol se composait des bandes dites de Montferrat ; le Dauphiné, le Lyonnais en contenaient d'autres.

Enfin la France était couverte en plusieurs points de son territoire de troupes innombrables qui usurpaient souvent le nom de régiment ; ces dernières disparurent à la paix générale.

On peut évaluer la force totale de cette infanterie, en y comprenant celle des réformés, à environ 25,000 hommes^ évaluation qui s'écarte beaucoup assurément du chiffre de cent mille gens de pied adopté par Jean Correro, mais nous semble plus près de la vérité ^

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