‹ Histoire de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne; (volume 2)Chapitre 3 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

États, cour et politique de Philippe le Bon

Les divisions territoriales qui existent aujourd'hui en France, bien qu'elles n'aient rien d'arbitraire dans leur disposition et leur nomenclature, ne représentent pas, comme celles qu'elles ont remplacées dans les cartes et les registres officiels, les grandes diversités géographiques du pays, ni ces distinctions d'origine, d'habitudes, de dialecte et d'histoire qui constituent ce qu'on pourrait appeler Vétymologie de la nation.

C'est pourquoi les noms des anciennes provinces, se rattachant à tant de souvenirs familiers dans le présent et dans le passé, ne semblent pas destinés à tomber jamais dans Toubli. Le nom de Bourgogne évoque un tableau de vignes souriantes, de collines abritées où un climat, un sol particulièrement adapté à cette espèce de culture, donne à la vigne une splendeur dorée (1). Il reporte Vimagination vers

(I) Od suppose généralement que le nom de la Côte-d'Or dérive de la grande abondance de ses Tins et de la valeot exceptionnelle de ses produits. H est toatefois possible que M nom lai soit venn anssi dn lustre et des riches couleurs de ses vignes et de ses raisins. By a en Bourgogne une qualité précieuse de vins qui, à cause de sa teinte dorée, a reçu le nom de 9ou2te«(2'or.

ce qu'il y avait de plus imposant dans les mœurs et les institutions du moyen âge, les riches abbayes et les castels seigneuriaux, théâtres de pompeuses festivités et de brillants faits d'armes. Il rappelle le souvenir des plus fascinantes pages de la littérature française, la vineuse fécondité de sentiment et la facile abondance d'expressions qui caractérisent des écrivains, si différents sous d'autres rapports, tels que Bossuet, Buffon et Lamartine (1).

Peu de provinces, en outre, sont aussi riches en reliques et en traces d'un illustre passé. Les cités, petites mais imposantes, ornées de nombreuses fontaines et de spacieuses promenades publiques, ont un air de splendeur évanouie, qui ne rappelle en rien l'idée d'un ancien état d'activité commerciale (2), ou la vulgaire opulence d'une existence bourgeoise prospère, mais qui fait songer aux assemblées des princes, des hommes d'État, des capitaines, des prêtres, à la morgue et k la magnificence des cours martiales. Les édifices et les antiquités sont de diverses races et de diverses époques. Ou y trouve à la fois, des reliques du culte mystérieux des druides, des temples et des statues des anciens dieux romains, et des églises chrétiennes dans les styles les plus purs de l'architecture gothique. C'est parmi les masses granitiques de la chaîne de montagnes qui coupe le pays, qu'on suppose que les Gaulois ont soutenu leur dernière lutte contre les légions

(1) La Boargogne a toujours tenu le premier rang parmi les provinces françaises pour le nombre et la feiiommée de ses hommes <l6 lettres et surtout de ses orateurs. Elle a dû sa première supériorité sous ce rapport, comme sous bien d'autres, à l'influence des bénédictins. Voltaire assignait à Dijon le rang de seconde ville de France au point de vue de TactiTilé littéraire. Un compatriote et ami de Lamartine se servit un jour, en présence du poète, d'une métaphore vraiment bourguignonne pour peindre l'exubérance de son génie ; «Il nY a^qu'i ouvrir le robinet, » disait-il, * et la poésie coule tonte seule. >

it) k Dijon , les boutiques et les demeures des artisans étaient situées à l'extérieur dat muR de la ville, et les rues dans les faubourgs étaient désignées par les noms des difiéreuts métiers. Gourtépée, t. U, pag. 53.

conquérantes de César, lutte dans laquelle ils peréirent en une seule bataille ptns de quatre-^vingt mille bommes. Pen dant le moyen âge, le sol Ait la propriété d'une noblesse nombreuse et puissante, dont les cbàteaux en ruines existent encore f^nni les collines, et de grandes communautés religieuses, femeuses par dessus toutes les autres dans l'Europe occidentale. Dans le nomJbre, nous citerons CInny, le plus ren<Mnmé des couvents debénédictins, Citeaux,1e berceau dngrandordrede Saint-Benoit et la maison mèrede plus de trois mille établissements religieux; Clairvaux, fondé par Bernard, le plus illustre des Bourguignons et le plus éminent parmi les pères de l'Église gallicane; et Yezélay, qui n*est plus aujourd'hui qu'une ruine au milieu d'une solitude rocheuse, mais qui fut le plus grand et le plus magnifique des monastères, où le même grand et saint orateur souleva par son éloquence passionnée Tesprit afiaibli des croisades (1).

Dans la condition actuelle du pays, peu de chose se pré sente qui puisse dissiper l'impression produite par les ruines qui attestent son ancienne grandeur. L'animation de la chevalerie, les joyeusetés et les cérémonies d'une époque particulièrement pittoresque, se sont évanouies; mais elles ne sont pas remplacées par l'industrieuse activité de l'esprit

(I) CoQFlépée, Histoire de Bourgogne, 1. 1, pag. iVIA^% 302, 304 et sair.; Helyot, DietiowMkire Ues ordres religieux; LaYergae, Mémoire sur l'économie rweUe de lu France (séances et travaoi 46 rAcadémie des sciences morales et politiques, avril 18S6). Noos oe croyons gndre nécessaire d^appeler Inattention dn lectenr snr ce fait, qai peut être constaté aille«r» qu'en Bourgogne, à savoir que les situations les plus favorables à la culture de la Tigne se sont aussi trouvées particulièrement appropriées au développement des établissements monastiques. Un grand nombre des vignobles les plus renommés de l'Eu* rope portent encore les noms- des premières communautés reiigienses qui les ont plantés. La vérité est que les moines étaient les cultivateurs modèles du moyen âge. Ils étalent souvent les premiers pionniers qui défricbaient le sol ; toujours ils étaient les plus baMles et les plus intelligents à en développ<«r les ressources.

expérimental et inventif du dix-neuvième siècle. La Bouiv gogae n'est guère appelée, par sa situation^ à devenir le siège d'un commerce étendu. Et la culture de la vigne, qui ne demande qu'un travail simple mais soigneux, n'est pas dt nature à exiger les efforts de la science ou à développer les autres branches de l'industrie. Cette culture a occasionné» dans les endroits où le sol est fertile, une subdivision exees^ sive .de la propriété territoriale, ce qui a entraîné, comme conséquence, une grande dépréciation dans la qualité et la valeur relative des produits, en même temps qu'un excé^ dantdanslenombredes cultivateurs etl'absence de toute amélioration dans leur condition (1). Dans d'autres endroits de la province, une grande partie du sol reste inculte et sauvage; bien des régions jadis occupées ont été abandonnées ; et cette diminution graduelle de la population, qui a, dans ces derniers temps, frappé l'attention des esprits en France, parait avoir été là un sujet d'anxiété et de plainte pendant les deux derniers siècles (2).

(i) Arthar Yoang a trooTé ses plas forts arguments contre la petite cnltare dans la coadittoB des disiriels viaicoles. Voyez spécialement ses intéressantes et frappantes ubser?la^ tiens dans ses Voyages en France, t. Il, pag. 3Sli-223. La cnltore de la rigne est très souvent la caase d'une sabdivision extrême de la propriété territoriale. Gela s'explique par Textréme abondance des produits , dans les années favorables, sans qnli soit nécessairi d'avoir un sol considérable, de faire de grandes mises de fond« on d'employer de grands efforts de travail manuel , tandis qu'en même temps la vigne exige des soins continus et une attention minutieuse. Pour ces mêmes causes la vigne serait une t culture de paysans» très favorable, n'était l'extrême incertitude de la récolte, qui manque parfois absolumeat et <de vient une cause de ruine complète pour les petits propriétaires. M. de Lavergae écrivait en 1856: • Malheureusement, depuis quelques années, les intempéries ontl&lt disparaître à peu près la récolte... Il n'y a presque pas d'industrie dans l'Yonne ; la Côte* d'Or en a davantage, mais pas assez pour donner un grand essor à la production rurale. La moitié du pays n'est qu'une solitude ; dans l'autre régnent la petite propriété et la petite culture. > Économie rurale delà France,

(2) Vanban, le grand ingéni^.-ur militaire , originaire lui-même de Bourgogne , lit sur ce sujet un rapport qu'il soumit au souvernement de Louis XIV. Gourtépée, au dix-hnitiéme siècle, s'est livré aux mêmes plaintes. M. de Lavergne, qui cite le mémoire de Vauban,faÂt un semblable tableau de l'état actuel des choses, et ses observations semblent être confir-

La Franche-Comté, ou la comté firane de Bourgogne » le pays des anciens Sequaniens, avait été le siège originel 4e la puissance bourguignonne dans la Gaule et le berceau de ce royaume dont Thistoire et retendue ont été brièvement indiqués au commencement du dernier chapitre. Après avoir été longtemps séparée du d«cbé de Bourgogne, la Franche-Comté fut de nouveau assujettie à sa domination dans la première partie du quatorzième siècle. C'était ce* pendant un fief, non pas de la France, mais de TEmpire, bien qu'elle fût située à rintérieur des frontières naturelles de la France» gouvernée par une lignée de princes d'origiie française » et habitée par un peuple , qui parlait la langue française* À la mort de Philippe de Rouvres, la Franche- Comté passa à sa femme ^ Marguerite de Flandres, et^t partie du magnifique douaire que cette princesse apporta k son second mari, Philippe le Hardi, de Bourgogne. A une période postérieure à cette histoire , elle fut unie aux possessions de la maison d'Autrkbe et demeura en son pouvoir jusqu'à ce qu'elle lut conquise et annexée à la France, par Louis XIV à la fin du dix-septième siècle.

Bornée à l'ouest par le duché, à l'est et au sud par la Suisse, la Franché-Comté présente une surface qui va en s'élevant par degrés, et qui a atteint sa plus grande hauteur sur les sommets du Jura. Cette variété de niveau occasionne une diversité correspondante de climat et de production. Sur les versants inférieurs, le maïs et même le vin se cultivent avec succès; mais les parties plus montagneuses, qui sont pour la plupart des bois et des pâturages , offrent tes

mées de tons points par Jes rapports statistiques récemment publiés. Cependant la persistance même de celle prétendue décroissance pendant une aussi longue période est -de nature à faire suspecter quelque erreur ou quelque exagération.

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mille aspeéls des paysages alpestres, toûr à tour gracieux et sublimes, et ûe manquant que des <r glaciers éternels » pour compléter la resSemblaûcé (1).

El b ressemblance ne se borne pas à l'apparence seule dff pays ; elle s'étend aussi au caractère et aux occupatîonà du peuple. Si, dans le duché de Bourgogne, la gaîté mêlée dé sentiment, qui est le propre dé la race gauloise, l'amour dés spectacles publics et des réunions feàtivales , le gott pour l'éloquence ornée et pathétique et pour la poésie , se remarquent plus qu'ailleurs; la Franche-Comté, d'autre part, e^t le foyer d'un peuple caliiie et sérieux, habitué à la réflexion et à la soliiude. Ses hommes distingués ont été des juristes, des hommes d'État, des philosophes et des criti* ques (2). Les paysans, recontius pour leur intelligence, leur industrie et leur esprit d'économie, consacrent les longues soirées des mois d'hiver à la lecture et à d'autres occupations sédentaires. Nulle part , la division du sol en petites propriétés n'a été suivie d'eflfeîs plus heureux que là. L'absence de grands capitaux dans une seule main a été suppléée par le principe d'association. Chaque village est une petite république, où les intérêts communs sont l'objet

(i) Lavergoe, Économie rurale de la France; Gollul, Mémoires historiques de la république sequanoise (édll. DûTernoy. Arbois, 1846), Hv. ii.

(9) Parmi les hommes de distinction nés dans la Franche-Comté, Govier, nn des derniers, est peut-être nn des plus illustres. Mais les lectenrs de Robertson et de Prescott se rappelleront avec intérêt les noms des denx Granvelles, les habiles et astocieax ministres de Gharles-Qnint et de Philippe II. Un collaborateur des mémoires de Tlnstitut {Académie des inscriptions^ t. IX et XU ) fait observer qne le Franc-Comtois est an Bourguignon ce qud la raison est à rimaginàtion : « li est franc, intelligent, assez gai, hospitalier, natnrell«ment bon ; d'ailleurs trop homme d'ordre, trop économe, trop égoïste même pour ne point raisonner ses rares mouvements de générosité. > Il est représenté anssi comme étant né mathématicien et comme possédant une aptitude naturelle pour toutes les branches de la science. Aucune province n'envoie chaque année an anssi grand nombre d'élèves à f école polytechnique.

d'aoe administration scropoleuse €l méthodique. Les grandes laiteries, pour lesquelles le pays est fameux, sont gérées de la même manière. Le possesseur d'un seul arpent ou d'une seule ^acbe participe des mêmes avantages que ses riches voisins. L'œil du voyageur est attiré de toutes parts noi^ seulement par le charsse du paysage, mais par l'évidence d'une prospérité simple, également répartie et raisonnablemeut mise à profit. Au printemps, quand la neige a commencé à fondre, on voit les bestiaux monter en longues files les étroits mais aromatiques pâturages des gorges des montagnes, où ils passent nuit et jour en plein air, pour se dispa'ser à l'approche de Thiver et retourner dans les vallées à leurs abris habituels (1).

En comparant la condition actuelle de ces provinces avec sa condition passée» il n'est guère nécessaire de rappeler au lecteur les changements qui se sont procTuits dans leurs institutions politiques et sociales. A l'époque à laquelle se rapporte notre histoire, la féodalité couvrait encore le sol de presque toutes les parties de l'Europe. Nulle part, ce système^ qui donnait une forme militaire à tout l'édifice social et qui subordonnait toute autre profession à celle des armes, n'avait jeté des racines plus profondes qu'en Bourgogne, un pays frontière et qui, dès les premiers temps avait été habité par une race belliqueuse, où chaque roc avait son château, où chaque ville était une forteresse (2). «NostreBour-

(1) Ces sobres détails oot élé presqae textuel leoieot emprnolés à Texcelient et intéressant OQTrage de M. de Lavergne. La partie la plos carieiise et la pins remarquable de l'oQTrage, la descriptieo détaillée de Gollnt, respire an charme qoi se rencontre rarement dans les écrits des topographes modernes. Nous regrettons de ne ponvolr la résnmer ici.

(2) On fait dériver généralement le nom de Bourgogne et de Bourguignon de burg, bourg ou hurgus, château ou place fortifiée, ou de berg, colline, et wohner ou houde, habitants on tenants. Cette étymologie, contredite par certains écrivains modernes, nous

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gogne, » dit uu vieil écrivaifi, « n-esl rixke; elle n'est degrand reueDu; ellenepouroitr'emboitrser les frais qu'uaveiDqueur feroit sur sa cooqueste; elle est fornie admirablement de difficultés prapres à sa defiPense ; die est entrecoupée et comme retranchée de riuières et forestz, armée de rochers et ifton*» tagnes, asseurée de destroitz oumarescages, fornie très pofm* leusementd*hommes bons à la goerre^opiniastres au combat^ résolus à la mort (1). » Ses souverains, au quinzième siëcte^ excusaient Jes maigres subsides qu'ils obtenaient de ce pays> en tenant compte de la large part qu'il avait portée des calamités dont avait souifert la France. Mais, si les Bour- ^ignons ne leur fournissaient pas d'argent, ils leur fournissaient une splendide cavalerie, qui s'élevait au tiers en chiffire complet de leurs troupes (2).

Dans les Pâts-Bas, la maison de Bourgogne avait graduellement étendu son sceptre sur onze provinces, les «nés des fiefs allemands, les autres des fiefs français, comprenant les royaumes actuels de Hollande et de Belgique, à i'excêiption de la Gueidre, de la Frise et de la principauté de Liège, mais ayant comme eoclave, à l'orient, des territoires qui ont, depuis, été annexés à la France (3).

semble préférable à bien d'antres qu'on a Ypula y snbstitaer. Angnstin Thierry préfère Buftr-Gunden , qnMl traduit par hommes de guette confédérés. M. de Belloquet lient penr Borgundur (de Bor et Kvmdar)^ enfants de Bor on ftls dn Tent, étymoJogie qoi « dn moins le mérite de s'appuyer snr une combinaison Scandinave, (i) Ootlnt, col. 431.

(2) Gachard , Documents inédits concernant l* histoire de Belgique, 1. 1, pag. 220. Voyez aussi Dnnod, Histoire du comté de Bourgogne, Dijon, 1737, t. II, pag. 37 et sniv.

(3) Les provinces furent acquises dans Tordre suivant : Philippe le Hardi hérita des comtés de Flandre et d'Artois, à la mort de Louis de Maie, en 1384. Son second fiU» Antoine, devint duc de Brabant et de Limbourg en i&06, et ce prince étant mort sans laisser de descendants, les deux duchés furent adjugés, non sans contestation toutefois, à son neveu, Philippe le Bon, qui possédait déjà, dès 1421, le Namurois par voie d'achat. Les é?énemeuts qui permirent à Philippe de se rendre maître du riche héritage de Jacqueline de Bavière, les comtés de Hainaut, de Hollande et 4e Zélande, constituent un des plus sai-

DE GHARLIS LE TtMÉRAlRE. 63

Il est à supposer que le lecteur conoatt les traits généraux du pays » car aucune région de TËurope n^a été aussi sov^ vent, ni aussi compiéteroent décrite. Au milieu du quîn* zième siècle, le voyager qui, après avoir traversé la France» franchissait les frontières des Flandres, la plus riche et la plus importante des provinces bourguignones. pouvait se comparer aux Israélites quand ils avaient quitté le désert pour entrer dans les limites de la terre promise (1). Derrière lui il laissait un pays maigrement peuplé, presque dépourvu de tout commerce, et apnt un aspect général de pauvreté et de désolation ; tandis que, devant lui, s'étendait une vaste région plane , couverte de cités , pullulant de population, pleine d'opul^ce, vivante d'industrie et d'énergie entre les mains d'hommes laborieux qui avaient créé eux-mêmes le sol qu'ils habitaient et qui semblaient avoir accaparé le monopole du commerce et des manufactures du monde entier (2).

II est hors de doute que , dans les provinces qui constituent aujourd'hui le royaume de Belgique, les cités, sauf à

sitianU épisodes de l'histoire do qaioxicme siècle. Sa souferaineté sur ces trois proTinoal prit date en 1436. Flnalemeat, après avoir été coDstiiaé le prolectenr do Limboorg, qui ap|»Artenait à sa tante, Elisabeth de Gorlits, il Ait reconna comme son snocessenr par les états de ce dnehè ei 1461 Lh marquisat d*Aiivers et la seignearte de Matines étaient <let enclaves da Brabant et avaient été Uansférés en même temps que lai et de la méSM manière.

(1) • Se povoient mieaix dire terres de promissien qae nolles autres seigoeoiies qai fussent sur la terre, i Goiumines ( édit. Dupont ), 1. 1, pag. 19.

(2) Ce contraste fut constaté par Louis XI dans sa réponse à one pétition qui loi fut présentée par les habitants de JReims peu de temps après son avènement : * Se quinquennia prope in terris raansisse Burgundiorum dncis^in quibus Um magnifie» clvitates et oppida tam opulenta... populique tanta tibertate gaudentes, tam honestis vestibus amicti et culti politique forent» ut feUcitatis atque liberUtis quoddam spécimen cnneU que illie ▼iierentnr, prsstenderent ;.^ e diverse vero, cnm primnm regnnm inp«ssns esset, nbiqiif ruinas et diraus macerias invenisse, sqnalaufees veroagros alque incultos, Teint desertum quoddam, > etc. Ba&in, t. II, pag. li.

peine une exception, ont diminué d'imiportance et de population depuis la fin du seizième siècle. Même si Thistoire se taisait sur ce point, Faspect actuel de ces villes suffirait à témoigner des changeinents qu'elles ont subis. Mais ce serait une erreur que de supposer qu'avant cette période les districts ruraux eussent atteint un degré de prospérité proportionnel à celui des villes , que le pays fût mieux cultivé ou plus productif que toute autre partie de l'Europe, qu'il présentât déjà cette apparaice de culture soignée qui le distingue aujourd'hui et fait ressembler ses campagnes à des riants jardins. Ces assertions, qu'on rencontre fréquemment, sont le résultat, tant des impreHsions inexactes produites par les vagues éloges des écrivains du temps , qui semblent décrire un état de choses pareil à celui qui existe aujourd'hui, que de cette fausse théorie qui suppose une connexion nécessaire entre la prospérité commerciale et industrielle d'un pays, ou, en d'autres mots, pose en principe l'augmentation nécessaire de la productivité dans tout pays où a augmenté la demande (1).

(1) G*est ainsi qae nous lisons dans le Dictionnaire géographique de M^CnlIoch ( art. Belgique) que • la Flandre, en conséquence de sa grande prospérité commerciale, était remarqnable par les progrès de son agricultnre bien longtemps arant qae des progrés do ce genre aient pu être constatés dans cet art important ao nord des Alpes et des Pyrénées... La nécessité de pourvoir à l'augmentation croissante de la population produisit la perfection agricole pour laquelle les Flandres ont été si longtemps renommées... Le commerce et ragricuiture des Flandres ont grandi ensemble, et, pour s^expliquer la remar> quable excellence de la culture en Flandre, qui est célèbre depuis plus de six cents ans, il est nécessaire de tenir compte des étroits rapports qui existent dans ce pays entre le fermier, le manufacturier et le marotaand. > Si cette idée était exacte, si l'agriculture en Flandre dépendait ainsi de son commerce, la condition des distncts ruraux aurait suivi la progression de celle des villes, et, an lieu d*un progrès constant et rapide durant les tfois derniers siècles, nous aurait donné le spectacle d*nne décadence correspondante. L*aiileur foit remarquer un peu plus loin, avec justesse et à propos, que • si toute la Flandre était partagée en grandes fermes et que si un tiers ou un quart du sol était laissé en jachères tcms les ans ou que la moitié en fàt mise en pâturages, la population ne pourrait pas être nourrie, et, au lieu d*exporter des produits agricoles comme maintenant, on aurait besoin

C'est spécialement eo vae des provinces actuelles de la Flandre orientale et de la Flandre occidentale que ces obser* vations sont faites (d). C'était là que les villes étaient le plus nombreuses, que le commerce et les manufactures étaient à leur apogée; e^esi là qu'on va chercher aujourd'hui les exemples et les points de comparaison pour les progrès de la culture et l'abondance de la productivité ; et le présent et le passé s'uoissent ensemble peur produire une illusion qui se dissipe bientôt devant un examen plus attentif. En eJiet, l'admirable situation de l'agriculture dans les Flandres, et la densité de leur population rurale, peuvent s'expliquer

(f iine importation coQsidérable poar suppléer à ta deroaode de la consommation intérieure. > Ëli bien, cette donnée liypotbétiqne, si on Texposait en termes pins énergiques, serait nne description exacte de ce qu'était réellement la condition des districts les ping fertiles et les plus florissants des Flandres durant la période où les villes étaient à l'apogée de leur prospérité, et quand on suppose que Texcellence de la culture en Flandre était déjà renemmée.

(1) Certaines des erreurs relatïTes au sujet en discussioo peuvent être attribuées & Tigoorance ou à Ponbli des changements qui ont eu lieu dans les limites et les divisions géographiques de la Flandre (un peint rarement élucidé par les historiens), aussi bien qn*i l'habitude, jadis presque générale, d'appliquer ce nom à la totalité des provinces belgiques. Au moyen âge, la Flandrç était divisée politiquement en deux provinces : le comté, fief français, compreoaDt, le district à Tenest et au sud de l'Escaut, et la seigneurie lougeaat les frontières du Brabant et relevant de Tempire. liais la division la plus populaire était celle des Flandres teutoniques {Flandria teutonica, Flandre flamingante) et des Flandres françaises (Flandre gaUicante). Les deux province» actuelles de ta Flandre orientale et de la Flandre occidentale étaient comprises dans la Flandre tentonique, laquelle contenait, an seizième siècle, dix-sept villes fortes (parmi lesquelles Gand, Bruges, Yprès, Gourtrai,;etc) et vingt*trois villes à privilèges communaux non entourées de murailles, plut un grand nombre de villages. La Flandre française, désignée ainsi non seulement parce que le français était le langage habituel de ses liabKaots, mais parce que son territoire avait été plus d'une fois conquis et annexé aux domaines des rois de France (lesquels toutefois ne réussirent à en conserver la possession que plus tard) ne renfermait que quatre villes coqamnnales, parmi lesquelles Lille était la seule qui pût soutenir la comparaison avec Iw villes de la Flandre teutoniqne pour Timportaoce et la valeur de ses raannfiotures. C'est à ce petit district, qui ne fait pas partie aujourd'hui de la Flandre ni de la Belgique, que s'appliquent les éloges accordés par les anciens auteurs à rafrioultare flamande. Les meilleurs renseignements sur l'étendue et les limites anciennes des Flandrea se trouvent dans OudeghersH AnnoUes de Flandre, Gand, 2 vol. in-^, édit. I«esbroa8sart» t. Il, chap. CLXix.

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par l'effet des changements qui se sont produits pendant les tpois derniers siècles ; et Topinion contraire est contredite par les faits noêmes que citent les écrivains dont les phrases Font &it naître. Le sol est sur un grand nombre de points natu^ fellement pauvre, ou même absolument stérile. Dans Torigine, il était submergé en grande partie. Les régions qui produisent les plus belles récoltes étaient dans le principe diea marais ou des landes sablonneuses. Elles ont été ame* Bées à leur état actuel par les efforts les plus longs et les plus laJftorieux, par des travaux de drainage exécutés sur la plus grande échelle, et par l'application constante de puissants agents fertilisateurs. L'agriculture n'avait fait que peu de progrès dans ces provinces pendant le quinzième, et même pendant le seizième siècle. Ce n'était une branche importante d'industrie que dans cette partie des Flandres qui est comprise aujourd'hui dans les limites de la France ; et, même là, la richesse des habitants consistait principalement en troupeaux de bestiaux, élevés sur les vastes pâturages naturels qui ont, depuis, presque entièrement disparu. Le froment, qui est aujourd'hui la principale récolte, ne se cultivait que dans le même district et dans des quantités qui ne suffisaient pas pour la consommation intérieure. On en importait beaucoup de TArtois et des provinces françaises voisines de l'Espagne, de l'Angleterre, du Danemark et des bords de la Baltique (1) ; tandis que des lois rigoureuses

(1) « Et moltis in locis pascnis Flandria ac pratis qnam arvo melior est, qno fit nt pèregrino necesse habeat nti fromenlo. Hoc vicio» gBotes... affatim snppeditant, ubertate agri lange nobis fisticiores. » Rerum Flandricarum j l. X, anctore Jacobo Meyero Balllolano. Bragis, 1842 , pag. 77.— GlaoTille, moine anglais qai écrivait^ersle milieu da quatorzième siècle, représente la Flandre comme « terra pascnis nberrima et pecndibus pleoa. » Reiffenberg, Commerce des Pays-Bas aux xy* et xvi* siècles (Mémoires couronnés de TAcadémie de Bruxelles, 1. 1, pag.aO).— « Soinm... sationi et agricultursB in génère quidem satis idonenm, ac mediocriter fertile, « dit Guicciardini, dont Tappréciation semblerait

prehibaieni formellement reiportation des grains ou d'antres prodnits agricoles quelconques des Pays-Bas (1). Une grande partie du territoire, comprenant le pays de Waes et d'autres districts aujourd'hui les plus fertiles et les mieux eirftivés du pays » où les champs offrent l'aspect de vastes jardii^ dont on a soigneusement enlevé la moindre pierre, la moindre berbe folle, était, k cette période de notre histoire» entièrement stérile; la route partant de Termonde, etcepté dans les endroits où elle passait^ par des villes et des villages, traversait des plaines ^blonneuses et d'inhabitables marais qui s'étendaient jusqu'aux murs de Bruges; et ce ne

étrangement inapplicable de nos jonrs. Il ajonte cependant : • Alibi vero et ppaesnrtim ▼«rsus maritima Galliamqae • (le voisinage de Diiinade et do département dn Nord), c rarx cajasdam fecundilatis. i Mais il n*a eu en voeque la richesse des pâturages et les proportions des bestiaux. Belgicœ, sive Inferioris Germaniœ, Descriptio, 12^, Anstelodami, 1652, pag. 331 Ailleurs il dit de la Flandre française : t Regio parum ampla, b«na tamen et pnlchra,» et parle du sol comme étant i tritici maxime ft^racissimnm. » Cependant nous savons par d'autres sources que même dans ce district la production était iasuffisante pour répondre aux besoins des habitants, et Golcciardini lui-même ajoute: tPascuaeius nberrima, ideoquouberrimus etiam quaestns ex pecndnm gregibus» (pag. 403). Un passage plus remarquable se trouve dans un livre excessivement rare de Tauteur espagnol Gai vête de la Estrella : « La tierra (en Flandre généralement) por la multitud de la gante, que tiene, tio et muy fertil de pan, princlpalmente de trigo, antes por la mayor parte es llena de florestas, de prados, de pastos, y bosques , lagos , estaques y rios, que «nuque seau pequenos, son ios mas d*ellos navegables, porque en inuiernono séria posiblo jr por mucha parte d'ella i cavallo , ni à pie , ni en carros » sino fuese por Ios taies rios y fosos hechos a mano. • Viaje dd Principe Don Phelipe, Amveres, 1559, fol. 95, verso. fl résulte de ce qui précède que la Flandre, an seizième siècle, était encore en train de se faire et se trouvait dans une condition semblable à celle de la Hollande, qui, an dix*>septième siècle, offrait encore un thème si fertile en satires aux écrivains des nations voisines, avec son • sol mouvant,! son • déluge quotidien » et son t peuple logé dans des bateaux. > Dans la Flandre française, comme dans la Flandre belge, on élève aujourdliui des troupeaux «D grand nombre, mais la plupart sont nourris dans Tétable, et, tandis qu'en Angleterre les trois quarts du sol sost affectés à Télève du bétail, dans te département du Nord, où les troupeaux sont relativement plus nombreux, bien qu'inférieurs en qualité, les produits d'tn quart de la surlace suffisent à cet effet. La vergue, Économie rurale de la France {Séances et travaiix de V Académie des sciences morales et politiques, t. XV, pag. 137). Li supériorité du bétail anglais était reconnue depuis le seizième siècle.

(i) • Triticum insuper, secale, et quidquid praeterea frngnm est, exportare bine nefas. > Guicciardini, pag. 79.

fat que vers Tannée 1530 qu'on fit iés premières tentatives f>our amei^er et cultiver le sol ménie dans le voisinage des principales cités (d).

Dans une pareille région, l'agriculture ne pouvait fleurir qu'à, la faveur de circonstances fkvorables et par le fait d'un stimulant particulier. Mais durant le moyen âge, toutes les circonstances étaient défavorables» et conspiraient à produire le résultat opposé. La terre, comme partout ailleurs en Europe, était assujettie aux charges et aux monopoles du système féodal. Elle n'était guère cultivée que par une classe de serfs, ou par une classe d'individus dont la

(i) I Des bœhmischeo Heran Leos yod Rocmilal Kitter-, Hof-, nnd Pllgei>Rei8e darch die Àbenlande 1465-1467, beschrieben von cweinen seioer BegloHer (8ro, SluUgart, 1844). •NonDnllisqae io locis, agro pnecipne Brogenst ac Gaodensio taolnm non sterili, nbi tamen iMioc Tincere qaidam nilantur soli maltciam, teirramqae hacteniis incnltam et arenosam in anra redigere. » Meyer, Rerum Flandricarum, t. X, pag. 78. Gnlcciardini Ini-méme, écrifant pendant la derDiôre moitié dn seizième siècle, et tont enclin qn*il fût à exalter et i amplifier les ressources des Pays-Bas, parle dn sol de la Flandre tentoniqae comme étant c magna ex parte exoccum et sabnlosom, sic nt tritici param ferax sit > (pag. 336). Il ajoute qne certaines autres espèces de grains, dn sarrasin et dn riz étaient prodnits en abondance, oe qni semble confirmer les assertions précédentes de Meyer , c qne ce pays commençait, de son temps, à élre livré à la enltnre. • Galvete de la Estrella dit snr un ton qnelqne pea dédaigneux: cEn la parle oriental (la Flandre teutoniqne) lo mas qne-se coge es centeno. » Le froment ne se récoltait avec quelque abondance qne dans la partie de la Flandre qui appartient ai^ourd'iini à la France. L*Artois alimentait les marchés de Bruxelles, de Malines, etc. (Gaicciardini, pag. 436 et al.). D*aprôs renvoyé vénitien Frederico Badoero, on récoltait pins de grains dans FArtois que dans toutes les autres provinces ensemble. (Jieiazioni degli Ambasciatori Veneti, 1'* série, t. III, pag. 280). G*est ce qne dit ausdl Galvete de la Estrella : t En la Occidental ( ia Flandre française) se coge trigo, y bunno, y no tarUo que baste para tustentare los pxicblos. Proveense de Artoes, de Francia, de Dinamarea, Alemana, y otros partes » (fol. 95, verso). Le gibier de tontes sortes était très abondant iidemj fol. 95, recto, et Gnlcciardini, pag. 332). Nulle part il n*est fait mention de villas et de maisons de plaisance, embellies de jardins et de pelouses, qu*anraient possédées les habitants riches des villes. Si la contnme, aujourd'hui presque universelle parmi cette classe de la population, de s'établir à la campagne pendant une partie de rmnnée, avait été en usage, les écrivains italiens n'auraient pas manqué d'eb faire mention. Les citoyens de Bruxelles, an dire de Gnlcciardini (pag. 44), combinaient Tobservance d'un devoir religieux avec la satisfaction de leurs goilts, en passant quelques semaines chaque été • en retraite > dans l'un ou l'antre monastère de la forêt de Soignes, < non minore devotione qnam animi sui solatio. >

condilioQ ne s'écariait pas beaucoup de celle de la servitude.

D'autre part, la situation des Pays-Bas offrait des avantages particuliers pour d'autres branches d'activité qui, si elles n'étaient pas absolument libres, n'étaient pas assujetties du moins à des conditions dégradantes, et qui, dès lors, tendaient à absorber le capital et l'énergie industrielle des habitants (1). 11 en résultait que même les villages qu'on trouvait réunis si nombreux sur certains points du pays n'étaient en réalité que des villes à l'état embryonnaire, où les habitants se livraient aux mêmes branches d'industrie que ceux des villes plus grandes (2). Mais, dans la dernière moitié du seizième siècle, le commerce et les manufactures de la Belgique tombèrent dans un état de décadence dont

(t) Arthur Yonng, tronvant l*kgricaltnre misérable dans le Pays de Canx (eo Normandie ), dit comme explication que c c*est nn pays manufacturier, et que le travail des fermes n*y venait qu*^ seconde ligne après le tissage du coton. » Mill {Économie politique, édit. amer., 1. 1, pag. 327) fait remarquer que c le même district est encore le siège de manufactures... et est aujourd'hui... un des mieux cultivés de France. > Il faut se rappeler toutefois que le I^ays de Caux possède un sol d'une grande fertilité naturelle, et qui est en fait le meilleur de tout le pays. La tendance générale à développer les manufactures dans les régions qui ne sont pas très favorisées sous le rapport du sol et du climat, a pour conséquence naturelle d'arrêter le développement de la population agricole. Non seulement le travail est détourné vers des occupations plus lucratives, ce qui ne serait peut-être qu'on résultat accidentel (sauf dans des cas comme celui de la Flandre, au moyen âge, alors que la résidence dans la cité procurait en outre des avantages sociaux et politiques), mais ^core il se crée des marchés que la production intérieure est impuissante à alimenter; il faut alors améliorer les voies de communication et trouver d'autres facilités pour faire venir des produits de pays éloignés et plus fertiles, lesquels, partant, sont stimulés à augmenter leur production. C'est ainsi que dans la Nouvelle Angleterre en ce moment, tandis qae les villes manufacturières et leur voisinage immédiat augmentent rapidement en population, nous voyons les districts ruraux rester stationnaires ou décliner. C'est vainement que les orateurs des meetings on des foires de comtés exhortent le fermier de la Nouvelle Angleterre à changer d'occupation et à émigrer vers l'Ouest.

(2) Ce fait, attesté par divers passages dans les chroniques et les documents du temps, est noté par l'envoyé vénitien Vincenzo Quirini, dont la Relation, une des plus anciennes qu'on ait découvertes, porte la date de 1506 : c Ne qnali (gli villagi) pur si tessono panni si dalli uomini comme dalle donne, perché pochi lavorano terre, i Relazioni Venete, i'»8érie,t.I,pag.ll.

70 ftlSTOIRE

ils n'on^ commencé à sq relever qpe U;ès récemmei^t. Cette décadence était due, en partie aux grandes convulsia^s po* litiques, ep partie à la copçujrr^ocç dç localités miçux favorisées et à l'esprit d'entreprise qiii commençait à, s'éveiller ea Angleterre çt ca Hollande. Les vil^s, ajoxs, se débsM^rassèrenl d'un excédant de pop^latioij devçim nuisible, e^ le travail avec le capital se portèrent vers d'autres occupations. Une autre cause qi;i a am,ené un c^ngçipent bien plus important au point de vifç dont nous nous occupons, c'est la suppression de toutes les charges ruineuses q^i entravaient la possession ou le transfert, de la propriété territoiiiajlie. Une grandepartiedu pays est aijijourd'hui diviséçe^ petites fermes, cultivées avec une assiduité et une ardeur qu'on ne rencontre que là où le cultivateur est lui-même son propriétaire.

Il n'y a probablement pas de pays en Europe, oîi, aujourd'hui, la terre soit plus soigneusement cultivée et amenée à produire une plus ample récolte, que dans les deux j^'landres et dans les plaines de la Lombardie. Dans cette dernière région, le sol est d'une fertilité presque sans égale ; celui des Flandres peut être représenté comme étant un sol artificiel, créé par Thabileté et l'industrie des habitaats, mais susceptible, si leurs efforts venaient à se ralentir, de retourner à son état primitif de stérilité. Cependant, par suite d'un meilleur système de tenure, plutôt que par le fait d'une supériorité quelconque dans le mode de culture ou dans le choix des instruments employés, ravantage, au point de vue de la quantité actuelle de la production, est du côté des Flandres. Mais il est certain, et nous nous appuyons^ sur le témoignage de deux écrivains d'une haute intelligence, l'un natif de Flandre, l'autre de Lombardie, que le cas était absolument différent il y a trois siècles. Philippe de Commises,

qui visita la Lorobardie en 1495, après avoir mentionné que ce pays, comme les Flandres, était entrecoupé de nombreux fossés et canaux (quoiqu'il n'indique pas la distinction des ]a3Pges auxquels ils devaient servir, les uns étant destinés principalement au drainage, les autres à faire des. irrigations), nous dit que la Lombardie l'emportait de beaucoup sur les Flandres pour la fertilité» l'abondance et l'excellence de son blé et de ses autres produits; et il ajoute ce détail significatif, que les champs ne sont jamais laissés en jachère (1). IV'un autre côté, l'envoyé vénitien, Michèle Seriano, écrivant en 1559, parle de la situation agricole des Pays-Bas avec un extrême dédain. Il décrit le pays comme étant, à la fois, le plus riche et le moins productif du monde, «c II est improductif, » dit-il, « en partie à cause du caractère ingrat du climat et du sol, et en partie par suite de la faute des habitants qui sont adonnés à d'autres occupations et donnent peu d'attention à l'agriculture, puisqu'ils laissent la plus grande partie de leur pays couverte de pâturages et dé bois (2).

(1) c An descendre de la moniaigne, on reit le plain pays de Lombardie, qui est des ^0^ ei bons da monde et des pins habondans, et combien qo'il se die plain, si est il mal ajsé à cheTanlcher; car il est tont fossoyé, comme est Flandres, on encores plus ; bmù il es( bien meillear et plus fertille, tant en bons formens que en bons Tins et fmicts, et ne SQonmeot jamais lenrs terres. » Commines,.t. II, pag. 459. Il est bon de faire ranarqner qne le même historien, qnoique né dans cette partie des Flandres où Ton avait fait les pins grfmds progrès dans la calture dn sol, tout en faisant un éloge fréquent dn commerce et df la richesse de sa province natale, ne dit pas nn mot à la lonange de son agricaltare. Ce BUence est d'antant plus significatif qne Gommines déclare que le pays antonr de Paris était le, plus fertile et le mienx cultivé quUl eût jamais m, et qu'il nous raconte son extrême èt<^NieiQ6nt lorsque» durant un emprisonnement de vingt mois dans une despjns hauti^s tours du Palais-Aoyal, il vit de sa fenêtre le transport par la Seine des immenses quantités ^ provision» apportées à la capitale des parties adjacentes de la Normandie. Mémoire$, t^ltpag. 74, et notice préliminaire de M"* Dupont, pag. cv,cvi.

(2) • Non é al monde alcun altro paese che sia insieme più stérile e pid ricco. Et più stérile, part» per oatura, e per il cielo , ch* è freddo ed umido , parte per poca cura degli uomini, li qnaU attendçoo più alla mercanzia e air altre arti, che ail* agricoltura» lasciando

Nul cependant, comme nous rapprend la même autorité» confirmée par une multitude d'autres, ne pouvait douter de rincomparable prospérité des Flandres, après avoir pu apprécier l'activité de leur commerce qui les approvisionnait de tous les produits de la terre, et après avoir constaté le nombre, retendue et la continuelle animation de leurs villes (1). En réalité, l'Italie ne pouvait pas se vanter de posséder un district contenant dans la même étendue que les

aodare il paese a pascoii e a boschi, como fanno anco gi' laglesi il loro. » Relazioni Venete, 1" série, t. III, pag. 355. Qairini nous dit aussi que Pagricaltare était négligée parce qu'il y avait peu de terre à cultiver (c'est à dire peu de terre qui eût rendu de quoi payer le travail de la culture), et parce que les habitants étaient employés autrement, c Cependant, » ajoute-t-il, « il y a abondance de toutes choses, > et Badoero donne la raison de cette abondance, • per causa de' mari e de' molti flumi. > Relazioni Venele, 1'* série, t. III, pag. 290. Machiavel, dans sa Ritratti di Francia, exprime l'opinion que les Pays- Bas seraient absolument incapables de soutenir une guerre contre la France. En ceci il se trompait ; mais son assertion était fondée sur des motifs assez plausibles : « 1 Fiamminghi non ricolgono per la fredda natura del paese da vivere, e massime di grani e vini, i qnali bisognache traggbino di Borgogna e di Picardia, e di aitri stati di Francia. E dipoi i popoli di Fiandia vivono di opère di mano. « En somme, il semble résulter des faits et citations que nous venons de présenter, et d'autres que nous aurions pu produire, que la condition agricole des provinces belges, il y a trois ou quatre siècles, n'offrait que peu de ressemblance avec ce qu'elle est aujourd'hui, et, au lieu d'être en progrés sur les autres pays en ce temps-là, on peut en général la regarder comme étant inférieure. L'Artois, la Flandre française et la partie occidentale du Hainaut, comprenant un territoire qui appartient aujourd'hui entièrement à la France, étaient les seules régions qui produisissent du froment, et la première de ces provinces seule en produisait plus qu'il n'en fallait pour subvenir aux besoins de sa population. Il y a des motifs pour croire que la Picardie, la Normandie et quelques autres parties *de la France, le Danemark et plusieurs districts de l'Allemagne} pour ne rien dire des pays situés au sud des Alpes et des Pyrénées, en étaient arrivés sous ce rapport à un état de progrès bien plus avancé. L'Angleterre elle-même, qui était pourtant bien en arrière des autres pays à cette époque, était en état à l'occasion d'exporter du grain dans les Pays-Bas. Dans les Flandres teutoniques, une grande partie de la surface était encore en friche, et^nulle part le sol n'était considéré comme propre à la culture du froment. 11 passait même pour médiocrement fertile. Le Brabant septentrional était dans un état semblable. Quant aux provinces méridionales, la principale différence à noter entre l'aspect actuel du pays et celui qu'il présentait à l'époque que nous décrivons, c'est qu'alors il y avait bien plus de bruyères (elles forment encore un trait caractéristique du paysage) et de forêts. Autour de Bruxelles et d'autres villes, ces forêts s'étendaient jusque contre le mur d'enceinte.

(1) c E pin ricco per il gran traffico cheha cou 1* Inghilterra, con la Francia, con la Spagna, con la Germania, con l' Italia et con tutto il mondo. > Relazione di Soriano.

Flandres un aussi grand nombre de villes, petites et grandes, avec une population aussi dense et aussi industrieuse (1). Les nobles espagnols qui, en 1529, visitèrent la province à la suite de leur prince, devenu plus tard Philippe II, lorsqu'ils contemplèrent les fréquents clochers qui brisaient la monotonie du paysage, s'écrièrent que « les Flandres n'étaient qu'une seule cité (2), »

C'est à la première formation des communes, que l'histoire place la naissance de cet esprit d'émulation et de progrès qui est devenue la passion dominante et caractéristique de l'homme civilisé. Le pays, sans la cité, ne peut jamais s'élever au dessus de la barbarie ; sa vie est celle d'un être partiellement organisé, qui n'a ni cœur, ni cerveau. Le travail rural n'est qu'une silencieuse coopération avec les forces reproductrices de la nature. Mais la cité rayonne du feu mutuel de l'esprit mis en contact avec l'esprit. Là, tout est en changement et en fermentation. Là, les produits delà terre sont mélangés, raffinés; là, ils revêtent des formes nouvelles, s'échangent, se distribuent. Là, les idées s'annoncent elles-mêmes, et dans le conflit des esprits, de nouvelles énergies se développent, de nouveaux modes d'activité se découvrent. Si l'esprit impressionnable du poète s'efiraie à l'aspect d'une capitale encombrée d'une population ayant mille difi'érents travaux , poursuivant mille buts difi'érents, l'âme du philosophe, s'élevant au dessus des tourbillons de cette mer agitée, et

(i) On a fréquemment établi des comparaisons entre les villes des Pays Bas et celles dltalie. Bruges et Anvers ont été comparés avec Venise, Louvain avec Padoue, Bruxelles avec Brescia, Gand avec Vérone, etc. Voyez, par exemple, la Relazione de Marino Gavalli. Relazione Yenete, !'• série, t. II, pag. 201. Les Italiens reconnaissaient la supériorité des villes flamandes an point de vue de retendue et de l'importance commerciale.

(2) Guicciardini, Belgicœ Descriptio, pag. 334.

reconnaissant la combinaison réelle et l'unité d'action qui se cachent sous cette apparente diversité, se réjouit devant cette preuve évidentede la puissance, des ressources et de la haute destinée de la race humaine (1).

Dans les cités fondées au moyen âge, la liberté devint ta fiancée du génie industriel et lui apporta une dot plus bette que la dot des reines. Ce fut alors que non seulement le commerce et Thabileté mécanique, mais aussi Tart et la science, remportèrent leurs premiers triomphes sur la bar-barie qui avait effacé la civilisation du monde ancien. Le patronage des nobles qui venaient de voir leur condition changée comme par le fait d'une baguette magique, qui voyaient leurs grossières et sombres demeures transformées en palais, leur existence ornée de splendeurs, leurs goûts perfectionnés et satisfaits , qui voyaient leurs vastes terres, origine de leur dignité et de leur puissance, devenir aussi h source d'une fortune incalculable ; ou encore le patronage de l'Elise qui s'enrichissait de prodigalités somptueuses pro^ venant des mêmes causes, peuvent être considérés comme n'ayant guère aidé au développement de ce nouvel esprit d'invention et d'entreprise, qnand on tient compte des influences bien autrement stimulantes qui agissaient dans un monde nouveau où les esprits vivaient en échange continuel

(1) Henri Hflioe a fait quelque part ane réflexion très saisissante an sojet da tamolte et de TagitatiOD incessante des grandes capitales modernes, et ii Ta terminée par cette phrase qui n'est pas exempte d'emphase : « SctuctEenSie den philosoph nach London aber hejiû Gott keinen Pool ! > Qnel contraste entre Cowper, fuyant comme une biche effarouchée et proclamant Tamerlume de ses souvenirs en même temps que les douces jouissances de sa retraite par cette exclamation : c Dieu a fait la campagne et Thomme a fait la Tille! > et Samuel Johnson qui contemplait avec délice ice spectacle des plus merveilleux, le tnmhltô do flot humain qui descendait à Gharing-Oross î * Cependant le mot de Govper se prête à des interprétations différentes, et Ton peut à l'occasion s'exalter devait le spectacle de Tactivité et de l'industrie humaines, ou s'effrayer de ce tumulte et de cette cohue, selon la disposition d'esprit où l'on se trouve.

didëes, où tous les efforts et tous les travaux se tenaient et dépendaient les tins des antres et où chaque étincelle de vie contribuait à alimenter h flamme commune.

Les cités des Pays-Bas paraissent avoir été les premiers et spotatanés pi'odùUs du sol. Qu'aurait-H pu donner de mieux pour payer le travail et Vargent dépensés à l'amender, à^rcer les barrières de sable qui refusaient le passage à sefe Wvières, \i cohstràîre lies solides remparts nécessaires à là défense dé !a terre nouvellement conquise contre" les attaques incessantes dé l'océan (1)? Les premiers travaux accomplis^ non point par une population faible et éparpillée d'agriculteurs, mais par des associations de marchands qui cherchaîebt à se frayer taù chemin jUsqù^à la mer, à se créer des facilités dé transports et un entrepôt pour leurs maréhandises, ftirent de pi'endré poissession des polders, des îldts, àes caps marécageux et de les réunir par des digues et des dunes, où les marchands bâtirent leurs magasins et leurs qiiais et où ils invitèrent toutes les nations du monde à se ré^nîr et à échanger leùi-s articlèis de commerce (2). Là, aussi,

(1) « La faible population de ces eam^agtfeâ, alors noyées, malsaines, ii*eût jamais fkit à coup sûr des trafanx si longs et si coûteux. Il fallait beauconp de bras, de grandes avances, stirtoat pouvoir attendre. Ce ne fat qa^ la lo'ngoe, lorsque l'industrie eut entassé les hommes et l'argent dans quelques fortes villes, que la population débordante put former des faubourgs, des bourgs, des hameaux ou changer les hameaux en villes. > Michelet, Histoire de France, t. V, pag. 3^. Lbs prétehtibns de quelques citéâ belges à une grande antiquité ne sont fondées ni sur des preuves ni éur des probabilités. Les premières chartes communales datent du onzième et du douzième siècles. Mais, quelle qu'ait été l'époque de lehr origine, leur développement fut sèndain et rapide, et n'eut rien de commun avec fôs progrès de l'agricullure. L'état des Flandres au quinzième «iècle, avec ses nombreuses villes florissantes, séparées ehtre elles par de vastes landes et ne communiquant que par des canaux et des rivières, en est trae pteuvë sai&lssante. Michelet fait remarquer combîlm de villes, aujourd'hui fort éloignées de la mer, portent des noms finissant en cUim et en dyk.

i?) Sans aucun doute là Hptè baas6ati<|ue et ub g^ând nombre de sociétés commerciales élftingôres aidaient largement à dévétbpper les ressources des Pays-Bas. Même au temps de sa plus grande prospérité, le commerce de Brtlges et d'Anvers étSiit presque èxclusîve-

le serf, fugitif ou émancipé, était relativement à Tabri de la tyrannie du seigneur féodal. Point de ces rochers sublimes, surmontés de menaçants châteaux» pour répandre leurs ombres sur les villes naissantes. Chaque province était, politiquement parlant, une simple aggrégation de cités. Les bourgeois possédaient des immunités et des droits qui l'emportaient sur ceux de la noblesse sécnlière et ecclésiastique. Ils devinrent virtuellement le Premier État. Dans d'autres parties de l'Europe , les privilèges accordés aux communes furent ou détruits par le despotisme, ou graduellement absorbés dans les droits politiques plus grands acquis par la masse de la nation. Mais l'histoire des Pays-Bas est une histoire de libres institutions municipales, racontant leurs premières luttes, et leur triomphe complet et permanent. Elles formèrent la base, ou, dirions^nous plutôt, suppléèrent à l'absence d'une unité politique et d'un système politique général qui manquèrent, tant en Belgique qu'en Hollande, jusqu'à une époque récente, après avoir fleuri sous le sceptre impérial de Charles-Quint et avoir résisté aux efforts naturels, mais maladroits, tentés par Philippe II pour établir en leur place un système plus simple et plus homogène.

Il est vrai que les villes flamandes ne réussirent pas, comme celles de la Lombardie et de la Toscane, à s'élever à la position d'États indépendants. Mais quand on réfléchit à l'histoire des républiques italiennes, lesquelles présentent un parallèle exact avec celles des anciens États de la Grèce, quand on se rappelle que, dans ces républiques, la liberté, tout en faisant éclore de glorieuses fleurs, n'a jamais porté

ment entre les mains d'étrangers. Les indigènes, an dire de Gasparo Contarini (Relazione Yeneie, i'* série, t. II, pag. 22) se contentaient des reyenns qnUIs tiraient du loyer de Jenrs maisons et d'antres ressources semblables.

de fruits substantiels et durables; quand on réfléchit que la liberté n y acquit jamais le caractère d'une possession légale et héréditaire, qu'on doit garder certes avec vigilance, mais dont on jouit avec sécurité; quand on songe que» dans chaque ville, une classe de nobles puissants, qui avaient fait de la conspiration une science, travaillaient sans relâche à miner les libres institutions qui furent finalement et complètement renversées au quinzième siècle, nous devons admettre qu'il valait mieux être un bourgeois d'Anvers ou de Gand qu'un citoyen de Florence ou de Milan.

Mais si les cités flamandes n'étaient pas déchirées par les dissensions intérieures, par une guerre meurtrière entre les diverses classes de citoyens, leur histoire n'en rapporte pas moins de nombreuses scènes de troubles et de carnage. Le peuple des Pays-Bas était une race loyale, mais non pas servile (1). Il était sensible au moindre empiétement de ses souverains et montrait dans sa résistance à ces tentatives la même résolution invincible dont il faisait preuve quand il luttait contre les éléments et remportait des triomphes sur les forces de la nature. Ce ne fut guère cependant que vers le milieu du seizième siècle , alors que la grande question de la liberté de conscience agita l'Europe, qu'il fut appelé à défendre les principes fondamentaux de ses libertés. Ses premières insurrections furent généralement provoquées par quelque infraction à ses chartes, ou par quelque entrave à son commerce , et n'afiectaient qu'une localité particulière, une seule province, ou même parfois une seule ville. Car, au moyen âge, la liberté n'était nulle part revendiquée comme un droit naturel ou regardée comme

(1) a Ut nnlla gens liberior, > fait remarqoer Meyer, a ita saae libertatis nulla asqaam pertinacior vindex. » Rerum Flandricarum, t. X, pag. 79.

étant la propriété commtfne d'uûe ûation. Son existence était parement artificielle. Elle était drconscrite dans un ràyoli étroit. Rarement elle irespirait l'air des collines o^ dé^^^am pannes ouvertes, ittûSs elle résidait plus souvebi dans la cité, s'entoùrant de fortes ifittrailles, portait une ehiaifie d'ôr et âne robe de cérémonie et tenant dans sa ti^aih là charte d'où elle tirait son origine et qni contenait la mesure de ses pouvoirs.

Le gouvernement du peuple par le pedpte, strictemeiàl mais diversement limité, était le principe vital des chartes communales, et on ûe pourrait pas dire que ûuUe part, eicepté en Angleterre, il ait été reconnu ou établi sur une base plus large. Le droit de juridiction, en d'autres mots, le droit d'administrer la justice entre homme et homn^e, de protéger les personnes et les biens, et de punir les criiiàes diaprés une échelle de pénalités déterminées par les chartes, était le seul droit qui fût commun à toutes les cités constituées en communes. Sous d'autres rapports, l'élection ou la ' nomination des magistrats, la répartition du pouvoir politique entre les diverses classes des citoyens, le degré, en un mot, dans lequel le principe démocratique avait été déVè-^ loppéi la plus largediversilé existait. En général, cependarity on peut affirmer que la masse du peuple prenait part direetéthent ou indirectement au choix du gouvernement municipal, sans être elle-même éligible à cet office.

Le commerce et l'industrie mécanique étaient assujettiist aux mêmes restrictions que la liberté politique. Aucdû trafic ne pouvait être exercé, aucun marché tenu, ^ucuttè ûiàrchandise exposée en vente, à moins que le souverain n'en eût au préalable accordé la permission. Dans la plupart des cas, chaque ville se borfaail à une branche spéciale d1n-

dustrie. L'une fabriquait des tapis ou des dentelles, une autre des produits en cuivre ou en ter. L'une était l'entrepôt d>ft toÉittïëtCB dê^ tainës, l'autk^e le principal Marché p<mt l^ Vite. Le mêiïre esprit de restriction et d'exclusivisme prévatail éairs les villes elles-mêmes. Il était difficile pour un étranger d'acqiïérir leià droits de citoyen ou de s'élever à une haute posltiou. Chaque homme était membre d'uue ghtlde ou cotpot'atiôu de métier; et les efforts de chacun teudaient à élever sa gMlde plutôt qu'à s'élever soi-inêifte. Toute la communauté, et chaque classe de la communauté» était séparée et comme barricadée par de sévères règlemotts. Il y avait la liberté, il y avait des droits et des immunités, mais tonl cela était partagé en proportions réglées entre ceux qui avaient établi qju'ils y avaient droit, soit par nais* sance et héritage, soit en tes achetant, soit en les méritant après une attente plus ou moins longue. Libertés et droite étaient octroyés comme des privilèges; on les gardait coinine des monopoles. Ceuî qui les possédaient étaient jaloux non seulemeut 4e tout empiétement sur leurs privilèges propres, mais de toute extension des privilèges d'autrui.

Voilà ce que l'énergie productive et pacifique de l'homme avait réussi à concentrer dans quelques localités. C'était comme le foyer d'un haut-fourneau qui brille, mais qui ne répand point de chaleur autour de lui. Impossible d'imaginer un contraste plus grand que celui que présentaient, d'une part, la prospérité et l'activité de ces régions où des avantages naturels avaient, de bonne heure, stimulé les efforts et indiqué les moyens d'améliorer la situation du sol, et, d'autre part, le dénûment absolu et l'inertie qui existaient partout ailleurs. Le courant du commerce qui partait des rivages asiatiques, se rencontrant avec un cou-

rant contraire parti du nord de TEurope, trouvait ses principaux réservoirs dans [certaines parties de l'Italie et dans les Pays-Bas, d*où ils se répandaient en minces canaux dans tout le reste de l'Europe. C'est pourquoi nous lisons avec étonnement, mais sans incrédulité» les récits que nous ont laissés les anciens concernant le nombre, l'étendue, l'opulence, les populeuses avenues et l'animation continuelle des cités belges (i); les flottes qui, chaque jour, arrivaient dans leurs ports ou les quittaient, la multitude des barques qui descendaient les grandes rivières, les chariots pesamment chargés qui se croisaient nécessairement à travers les rues, les armées d'ouvriers qui occupaient ces citadelles de l'industrie, l'opulence et les habitudes luxueuses des classes élevées, le bien-être répandu parnii les classes inférieures, Fintelligence et les avantages de l'éducation communs à tous.

Comme siège de manufactures, les Pays-Bas occupaient relativement une position plus élevée que comme entrepôt de commerce. Le commerce de Venise ou de Gênes aurait

(1) Il faut tenir compte cependant de la différence des époques auxquelles les principales Tilles atteignirent le zénith de lear prospérité. Anvers, la grande capitale coinmerciale da seizième siècle, était nne ville de peu d'importance an quinzième, et dut sa grandeur éphémère à la ruine de Bruges. La chute de cette dernière cité est généralement attribuée aux troubles politiques, mais elle semble avoir eu pour cause première la difficulté où on était de remédier à l'envasement du canal dont dépendaient ses communications avec la mer. Voyez la Relation de Gasparo Gontarini, 1525. Un nouveau canal plus spacieux ftit creusé après que la ville eut été presque absolument abandonnée par les compagnies commerçantes étrangères. Guicciardini, pag. 349. Les manufactures de Louvain qui, en 1350, employaient plus de quatre mille métiers et 150,000 ouvriers, avaient fort décliné au commencement du siècle suivant. Dixmude et plusieurs autres villes et villages environnants avaient perdu leurs manufactures de laines au milieu du seizième siècle, et c'est alors, semble-t-il, que les habitants ont dirigé leur activité vers les travaux agricoles. Voyez Meyer, Commentarii sive Annales Herum Flandricarum. Antverpise, 1561, fol. 195, recto, et Guicciardini, pag. 376, et al. Un grand nombre de faits relatifs à l'accroissement et à la situation des cités belges ont été réunis par Reiffenberg (Commerce des Pays-Bas) et Dewez {Histoire particulière des provinces belgiques. Brux., 1834, 3 vol. in-8*.

pu soutenir la comparaison avec celui de Bruges ou d'Anvers. Mais, pour Textension, la variété et l'importance de leurs manufactures, non seulement les Pays-Bas n'avaient pas de rivaux, mais aucun autre pays n'en approchait. Tout ce qui touchait leurs rivages recevait une forme plus parfaite; ce qui était grossier et presque sans valeur devenait entre les mains de ses artisaàs une chose belle et précieuse. Avec influiment plus de travail qu'il n'en est aujourd'hui nécessaire pour arriver à la même quantité de production, les Flandres avaient pour attribution principale de fournir d'étoffes d'habillement le reste du monde. Leurs tissus de soie, de fil ou de laine n'étaient pas seulement exportés dans les pays avec lesquels la Belgique entretenait des relations commerciales directes, mais ils pénétraient, lentement, par d'obscurs canaux et de multiples échanges, jusqu'aux extré* mités du globe. Les noms des villes flamandes, attachés à ces produits respectifs, étaient des noms familiers dans des pays où jamais Européen n'avait mis le pied, et parmi des races dont il soupçonnait à peine l'existence (1).

Les Flandres étaient, cependant, quelque chose de plus que le comté de Lancastre du moyen âge. Dans un pays où la nature se montre dépourvue de tout charme, et où, loin dechercher à captiver l'esprit de l'homme, elle cherche plutôt à exciter son aversion et son dégoût, l'art est venu embellir l'existence de l'homme et satisfaire ses goûts dans un degré qui n'avait pas encore été atteint jusqu'alors, et qui n'a guère été surpassé, depuis, dans d'autres parties de la chrétienté. Dans la première moitié du quinzième siècle, les fondateurs de l'école flamande de peinture produisirent des œuvres qui

(I) Sirada, de Bello Betgico (Lagdani Batavoram, 1645), pag. 25.

figçirenl encore parmi les cbefs^d'iBuvre de Tqirt Qt qm riiali^ ne parvenait p^s à. égaler, bien qq'eVe eût déjà comigf^m^é k les envier et à les imiter. Qa^nt à 1^ musique» c<msidérée comn^e art, le$ Flamands a^c^t ua mQ^opol^pour aiinai dire absolu (1). La sculpture q*éti»î|i^ pa$: négligée, qon^ plu/»; e%y pour ce qui est d^ la riqbesse ^t.d^ 1^ variété d^ l'architecture, les villes de la Belgique étaient aloiîs,, conupe elles sont restées depuis» sans rjmales dan^ toutes l»s autrejs régions du nord des Alpes^.

Le peuple des Pays-Bas semblait douéi. w efllst^. d^'une e^njotaissance instinctive et d'une fajQulté particulière d'appré" çiaition des effets à produire par le mélange ed Iq coiMn^te des couleurs, la somptuosité, les ornemente» la complication des arrangements et la n^inutieuse élaboration des détails. Dans ce sens, les artisans et les manufacturieriS étaient: de véritables artistes, tandis que, trop) souvent,, 4*autre part» Tart devenait, mécanique et prosaïque. Les qualités, particu* Hères de leur génie et de leur goût n'éclatent pas seulement dans les brillantes, compositions, les* ricbes coloris, l'étour Qante facilité d'exécution et la supériorité spéci^e daps l'art de représenter d'une fason réelle et vjivante les cbcfsi^ et les incideq^t^ ordinaires de la vîe^ qui can^otérisent leurs peiu- ^s; ou dans les tours massives et. légères, d'un dessin si e?(quis, dans les pignons, les façade et les entablements^ avec ^ur variété infinie de ciselures et de saillies, qui ei^^iteut l'admiration mais embarrassent le i^e^rd dn voyageur étranger quand il passe dans les rueS; des villes, flamand^:;

m Les maîtres de chapelle et d'autres professetrs de masiqoe de Belgique se rencontraient dans tontes les parties de l*£nrope, à Cologne, à Tolède, i Milan, et même à Rome. Voyex 6nicciardini,pag. 66, les Relations j etc.,deûoirini, de Badoero, et V Introduction de Reiffenberg anx Mémoires de J. Diclerc (Bruxelles, i835, 4 toU in<8r>j 1. 1, pag. 166,

iOdi3 ces quialités particulières se font remarquer aussi daii^ h fluesçe du tis$u et le microscopique dessia de leurs denteUies; dans leurs riches t^pis, daus teui?s superbes tapisserîesc» peintures et mosaïques (1) exécutées pa? Tai* guilk oa le mélier, qui exigeaieut souvent le travail patient de plusieurs années et qui témoignaient d'une profonde Gonnaissi^nce du dessin aussi bien que d'une parfaite en* tente de Theureuse combinaison des couleurs ; ell^ se font voir, enfin, dans rei;cessive propreté, et dans l'arrangement ingénieux et pl^in de goût qu'on remarque dans la plus l^iuïnblja de I^r& demeufes et qui leur attirait les éloges d^s^é^angei^f il y a bien des siècles déjà (2).

I}, est rare que Tart flamand ou la littérature flan^ande s'adressent aux perceptions les plusdélicates de l'intelligence ou s'attachent à donner un corps aux plus hautes conceptions du beau. Le Belge a l'esprit ingénieux, inventif, laborieux, souvent subtil , couvent chaleureux et animé, mais rarement il a de l'imagination et jamais il ne se passionne. Son génie porte Tempreinte d'une vulgarité de sentiment, qui se révèle jusque dans les habitudes et les amusements du peuple et dont on retrouve même les traces dans les meilleures productions de ses peintres et de ses poètes, si tant est qu'on

(1) Soriano décrit en ces termes les tapisseries flamandes : • Siceome 1 maestri di mosaico iavorando coi^ piccioU sassetti rappreseotaao diverse immagini di cose, cosi qnesti cod minutissimi fiii di lana et di seta non soiamente adoroano l'opéra di varii colori, ma encora iingono artificiosameole l'ombre et ii lami, monstraodo i rilievi délie figure coo qaella misara che sanno fare 1 pittori piû excellenti. ^Rejazioni Venete, l'*8érie, t.llljpag. 3p6.

(2) Voyfi Gqicciardini et la Relaziçui Venete. Owen Feltham, dans son Brief cha' racier of the Loto Countries, insiste sur ce point, a Ghaqae porte semble incmstée de 4^mapts. I^es cIqqs et 1^ charnières brillent constamment, comme si la rouille n'était f^, Qn.attribat dn feir... Le moindre savetier a sa boatique ornée de bimbeloteries* Si <m réunissait ensemble tput le bric àbrao de lej^rs maisons, on aurait une foire coquBe jam«U on n'en aurait tu une en Europe. > Lnsoria. Londres, 1677, pag. 48, 49.

puisse dire quMI possède des poètes (1). Ce caractère semble même indiqué par Tapparence physique des Belges» le teint blond (2), Fexubérance de formes, Textrême développement charnel que Rubens trouvait si attrayant chez ses contemporains. Dans leur caractère sont unis quelques-uns des traits particuliers des deux races qui, sans être mêlées, se trouvent mises dans le pays en contact intime; et, ni la flegmatique lenteur du teuton, ni Famour-propre irréfléchi du Gaulois ne gagnent à la combinaison.

Les mœurs et le caractère du peuple des Pays-Bas, tels que les ont décrits les écrivains d*autrefois, sont ceux d'une société dans laquelle le travail largement rémunérateur aiguise et absorbe Ténergie de chaque classe de citoyens, où

(1) Est-il rien de plus caractéristiqne que l'extrait suivant, sauf, toutefois, les œuvres qu'il décrit si admirablement ?

c Que j*aime de Teniers les peintures champêtres ! Là, ce sont des buveurs accroupis sous des hêtres : Le plaisir est empreint sur leur front bourgeonné. D'un côté, celui-ci, snrlla table incliné, Suivant de l'œil, de loin, la légère fumée Qu'exhale, dans les airs, sa pipe bien-aimée; Celui-là, savourant sa douce volupté, . Son verre devant lui, sa belle à son côté.

Et, l'entourant d'nn bras, sur sa fraîche maîtresse, Fixant des yeux brillants de vin et de tendresse.

Mais quels sont, dans ce coin, ces quatre solitaires ?

Ce sont de vieux fermiers entrechoquant leurs verres :

Leur regard est humide : un heureux vermillon

De ses vives couleurs enlumine leur front :

Ils parlent; je crois presque entendre leur langage ;

Le rire, épanoui sur leur large visage.

Par un aspect joyeux excite ma gaité,

Et je souris moi-même à leur félicité.

Mon œil vole, charmé, de peinture en peinture.

Et, sous des traits divers, c'est toujours la nature. >

Lbsbboussart, Poème des Belges.

(2) On a fait' dériver sonyeai Flandre et Flamand de flamma, flamme. « Genus maxi* mam partem flammeo colore, adeo ut ab flammeis cervicibus Flammenses dictes quidam existiment. » Meyer, Rerum Flandricarum, t. X, pag. 79. Voyez aussi Oudegherst et Guicciardini.

il y a une rapide circulation de richesses, un libre échange d'idées et de fréquents rapports avec les étrangers. Dans leurs occupations habituelles et leurs relations de commerce, les habitants des villes flamandes se distinguaient également par leur intelligence et par leur probité. Ils passaient pour avoir inventé ou perfectionné toutes les améliorations adoptées en Europe dans les arts utiles, avant le milieu du dix-septième siècle (1). Quoique appliqués et persévérants dans les affaires ordinaires de la vie, ils acceptaient des opinions nouvelles avec un empressement qui ressemblait parfois à la crédulité. Mais la crédulité elle-même, quand elle se manifeste de la sorte, est un indice de curiosité et témoigne du désir de s'instruire, sinon de Tbabileté à contrôler. Le caractère des Flamands n'était ni irritable, ni vindicatif; mais ils oubliaient les bienfaits tout aussi facilement que les injures 12). Leur conduite à Tégard des étrangers était courtoise et amicale. L'ordre et l'économie régnaient dans leurs ménages; mais une hospitalité libérale était partout pratiquée, et les marchands et les riches bourgeois l'exerçaient avec une profusion qui fut souvent censurée comme prodigue et extravagante.

Les femmes sont signalées avec enthousiasme par certains auteurs pour leur affabilité, leurs manières franches mais décentes, et surtout pour leur intelligence et leur habileté dans la conduite de leurs affaires de famille. L'amour de la propreté était chez elle une espèce d'idolâtrie et les rites de ce culte spécial ne furent jamais troublés par les railleries

(1) Strada, De Bello Belgico, pag. 25.

(i) • Beneficioram memoriam cito amiUnot;... qaod vilium tamen contraria rarsns virtute pensant, dnm et injurias cito obliyiscnntnr el odia facile ponant, t Gaicciardini, pag. 57. Badoero formule une appréciation beaucoup moins charitable.

$6 itishi^iME

ttes sceptiques, m par les vïôlett(5és *és icWïoelastes. Nttllfe pan la femme n'était, àtissi àbsohltoeât^llélà, màlii^ssë de la maisoù. Une fois tétité afù logis, te toari n'avait pitië là moindre prétention d'indépèûdanè^, et bien moins «éiSïcore d'auiôtité. Et les fetnmès né se contefttîaJent pas toujours de cette dictature exclusive qu'elles exerçaient snr le doti^fftè du ménage. Dans les pt^Vincfésiln Nôhl surtôùft, les bti^es et les doigts des femmes étaient aussi àcfifs et aussi habfles dans les rues, tes mîafrchés et tes boritiqoefe, que *ins îeis demeures privée^; et H n^étoit p^s ïrarè de voir tes h^jtotoés fiiire leurs affaires et eiéeùter teurs besognes à titre d^èmployés et de serviteurs de leurs fémtoes (1).

Ce détail particulier «est expliqflé par un deè èteYoyës vénitiens comme étant là cofnséquence d'uùë habitude qtri paraît incompatible avet tes traits skiHàntsîdu cârractêre flamand. II dénonce les habitants des Pays-Bas comme wne nation d'idiots tH; nous dît que les facultés des hommes élâtft habitueltement oblitérées pivh boisson, ils étaient obligés d'abandonner la gèstit>to &e leurs affaires eùt^e lés mains ée leurs fefnmes (â). Bien que côttè réflexion porté l'empreinte de l'exagération provoquée paf te véhément dégoût qu'éprouvalent les Italiens poUr trn vîfee dont ils étaient particuHière-

(i) t EibptiOQibaB qiraqtte et veDditix)Dtbi% aliisqne Tirornm propriis aetionibog sese miscontes, ac non manum minns, quam liDgnam iDlerponeotes : et qoidtim ea dexteritate eX promplitudide, ot ita malCîs terrae Prùtiiltiis, noifandia nomitatim atqùe Zdfàûdfa, ^in omniam vere rerom suarorn coram axoribasflaeperëlmqitant, qui sano afeiidi nodos, ubi ad solemnem illam et femioeo sexni naturalem fere domioaDdi obinurmorandique cn'piditatem accédit, dnbiam esse ûon pbllést, quib et impertosas eus et fastidiûsas, non nDDqaam et insoleotes officiât. »GaicciardiDi,pag. 58. Voyei aussi les RHations éeQuirini et de Badoero.

(2) I Le faccende della mercanzia coq varj altri i>égozj e ht cara ^amiliare, per riibbria> Chezza deir nomini, sono disposte ad arbitHo d^lle donbe; lalmeDtecbê si pnô dire cod bfasimo loro che le donne abbinô In sô 11 governo, o che qnetli che gOYérnano siabo da •ssecomandati. > Relazione Venete, 1"* série, t. ni, pag. 293.

ment exempts, il est certaio, à en croire le témoignage ^es écrivains du pays aussi bien que celui des auteurs étrangers, que rivrognerie régnait dans ce pays parmi toutes les classes de la population, dans des proportions qu'on a rarement, si jamais vues dans aucune autre partie du monde (1). Les Flamands cherchaient à excuser ce défaut en alléguant les nécessités de leur climat et de leur situation, un ciel lourd, une atmosphère humide et rendue plus malsaine encore par les exhalaisons constantes des marais et des eaux stagnantes, enfin de longs et durs hivers. Mais il y avait dans la nature du Flamand et du Hollandais une grossièreté que n'auraient pu dissiper, ni le ciel le plus serein, ni Ikir le plus sec, ni les paysages les plus favorables. Ce caractère particulier de la race a été noté par les voypgeurs comme se maintenant dans le climat tempéré du sud de l'Afrique et sous le soleil brûlant de Batavia et de Surinam. Rarement leur conduite 4tait influencée par quelque sentiment élevé, une noble gé^ nérosilé, une délicatesse de point d'honneur ou une suscep* tibilité raffinée. Leur vie était trop communément partagée

(i) Barclay {Jcon Animorum,chAp. V) se mettant an contre-pied des antres écrivains, manifeste certaine admiration ponr les larges capacités de libation des Flamands. C'est à cette facnlté on cette habitnde qn'il atlribne lenr constitntion robnste, et aussi lenr protpérité nationale. La boisson , d*après lni,n'abmtit pas lenrs facnltés, mais a ponr effet de Jet amener an degré de calme nécessaire ponr laponrsnite de lenrs travaux mécaniques et jédentaires. U attribue ruDiversaliié de cette propension i Tbabitude qu'on avait de .sevrer les eofants avec une bouteille de bière, habitude qu'il approuve et décrit ainsi : t^^ippe adhuc ab nbere pendentîbns, qno paulatlm lactis desiderium minuat, lagunculot ad similitndinem nberis effictas, et hordeaceo potn plenas tradunt in manu : tum radis et JncBriosa stas tnbinde ad os ferens tardé meantem potum, sugendi similitndine capitur, imm etiam innocentis otii iastidium levât. Nec utilitate res caret : quippe valida membra raccoque Intissimo ad vennstatem florentia ita institntam infantiam décorant. • Le même écrivain, dont le nom peut être considéré comme étant d'une certaine autorité en pareilles 4Batiére8,laii observer que la bière flamande excite la soif au lieu de la calmer, les parties épaisses do breuvage adJkérant aux Joues et exigeant des lotions successives pour être

entre une sordide poursuite du gain, et une frivole poursuite du plaisir (1). Il n'y avait rien d'élégant dans leurs fêtes, rien de distingué dans leurs plaisirs. Les réunions festivales des riches se remarquaient par uqe profusion pleine d'ostentation et par des festins interminables (2). Les jours de

(t) c Nel far usure da ogni banda e di ogni vil cosa, sono, non solo sempre intenli, ma molto avvednti a sagaci... Non si rergognano di ricevere spesso corlesie senza pensare di rirambiarle... Son facetî, e non si guardano, per indurre a ridere, dal dir cose disoneste alla presenza di fliglinole non maritale. Non si vede generalmento in essi timor d* infamia, perché molli, puniti per giustizia di Iriste opère commesse, sono amichevolmente lenuli in compagnia, e dà giovani sono toile vecchie per moglie ancora che siano slate merelrici» purchè diano loro denari. » Relazione di Badoero. « Elles ont plus de soins de nettoyer leurs maisons que leurs corps, et leurs corps que leurs âmes, > dit le satirique Feltham. Badoero n'est pas moins s^ère dans ses remarques sur les mœurs des femmes. Il les représente à diverses reprises comme étant aussi abandonnées à l'intempérance que les hommes, comme c quasi lutte m 'retrlci, per la smisturata cupidilà del denaro, > et comme passant tout leur temps dans des lieux de dissipation publique. Quirini dit avec un peu moins de sévérité : « Le donne... banno costumi tuHi allegri ed il tempo cbe lor sopravvanza tutto lo spendono... in balli, canti,suoni, uè altro fanno che darsi a piacere.» Divers détails des habitudes sociales, telle, par exemple, que la liberté laissée aux jeunes filles de sorlir seules à toute heure et sans permission, ont provoqué les critiques sévères des auteurs italiens, dont les reproches rappellent certains passages de Villette et du Professeur de Currer Bell. Gommines, écrivant à une époque plus reculée, nous signale des baignoiries et aultres festoyements avec femmes, grans et desordonnez, et a peu de honte. Je parle, « ajoute-t-il, c des femmes de basse condition. » Mémoires j 1. 1, pag. 20.

(2) c In conviviis, epulis, commessationibus... vix ullum plœriqne habent modum. » Meyer, Herum ftandricarum j t. X. «Les convis et les bancquetz plus grans et plus prodigues que en nul auUre lieu, dont j'aye eu cognoissance. > Gommines. — « De die^aonnuuqnam et noctu tanlo se potu ingurgitant, al praeler alia, quae non raro Inde existant mala,... morlem si accélèrent. > Guicciardini. — « Ils sont vites à se rendre à un festin, > dit Feltham; « mais, une fois qu'ils sont assis, force tous est de prendre patience; ils mettent plus de temps à prendre leur repas que nous n'en mettons pour le préparer. Si c'est un souper, c'est finir de bonne heure que de se retirer au petit jour. Ils boivent jusqu'à la nuit tombée, puis ils reboivent jusqu'à l'aurore. Je dois dire pourtant, * ajoate*t-il, « que le buveur le plus accompli de l'Europe est encore l'Anglais... Il fut un temps où le HoUandais avait sur lui l'avantage, mais ils l'a perdu depuis qu'il cause en buvant. Il boit comme s'il avait l'haleine courte, comme s'il mangeait sa boisson par petits morceaux. L'ivresse fait le siège de son cerveau au Heu de lui livrer l'assaut. Mais l'Anglais livre l'attaque d'emblée; il hume le pot d'un trait. G'est comme un torrent qui coule sans relâche jusqu'au moment où le cerveau noyé flotte et s'abtme au milieu des fumées de l'ivresse. On dirait que son foie est en fea et qu'il s'efforce d'éteindre l'incendie. L'un est plus vite gris, mais l'ivresse de l'autre dure plus longtemps. Du reste, si le Hollandais voulait s'en donner la peine, il reprendrait bientôt le premier rang parmi les buveurs. > Losoria, pag. 55 Tous les peuples do Nord et spécialement ceux de la race teutonique sont reconnus comme

kermesses, ou fêtes rustiques, el les autres jours fériés par les classes inférieures, étaient des occasions de tumulte et de licence sans frein (1). Si, dans le programme de la journée, il entrait un passe-temps d'un ordre plus raffiné et plus intelligent, c'étaient, d'ordinaire, des exhibitions de pantomimes allégoriques, prétentieuses de portée et grossières d'exécution, ou des lectures des ghildes de rhétorique, et les .effets stupéfiants de ces plaisirs raffinés ne devaient guère, à en juger par les échantillons qu'on nous en a conservés, le céder aux effets des liqueurs les plus alcooliques et de la plus lourde bière.

Tels étaient donc les Pays-Bas, il y al|uutre siècles, un pays d'abondance, riche en biens de la terre, riche en population, l'atelier et le marché de l'Europe, recevant dans son sein le commerce du monde, fournissant toutes les nations des produits de ses artisans habiles et resplendissant des résultats d'une civilisation matérielle qui poussait le luxe jusqu'à l'extravagance.

grands buveors. Mais le < gros et gras Flamand • a toujours passé pour le type de la sensnalilé grossière. Charles -Quiot, qui représentait dignement ses compatriotes sous ce rapport, a dû une grande part de sa popularité à la facilité avec laquelle il vidait un flacon impérial de bière giacée sans retirer le vase de ses lèvres.

(i) Meyerjiîerum Flandricarum, t. X, pag. 78, 79; Guicciardini, pag. 38, 59; Relazione di Ba^œro. Ghastellain, Duclercq et d'antres écrivains du quinzième siècle confirment cette asseriion dans leurs chroniques. Meyer, qui ne fait pas un portrait bien flatteur des mœurs de ses contemporains, trace un tableau effrayant de leur immoralité à une époque antérieure. Parlant selon toute apparence de l'année 1379, il affirme que, dans l'espace de dix mois, le nombre des homicides commis dans les tavernes et les maisons de débauche ae Gand s'est élevé à i,40U. Commentarii aive AntialeSj fol. 170, recto. Cette asseriion n'est guère croyable. Lenz (Nouvelles archives historiques) et Gachard (Note à Barante, Ducs de Bourgogne, Brux., 1840, 1. 1 , pag. 48) proposent de corriger ce passage en substituant à ce chiffre formidable quatre on tout au plus quatorze. Mais il est impossible , sans sacrifier absolument le texte original, d'attribner l'insertion de trois ou même de deux chiffres, à l'erreur d'un copiste on d'nn imprimeur. D'ailleurs les Flandres, bien qu'elles aient pu être la terre promise du moyen âge, n'étaient pas absolument un éden.

(2) « Multiplex in sobole et in snbsUntia. » Glanville, cité par Reiffeoberg, Commerce des Pays-Bas,

90 HISTOIRB

Là, comme ailleais, les nobles formaient une commua naulé à part, moins iière et moins exclusive que dans d'autres parties du continent, mais n'en constituant pas moins une classe à part et privilégiée. Cette noblesse trou* vait une ample compensation à la perte d une vaine gran^ deur dans le rapide accroissement de ses richesses, dans la facilité avec laquelle elle en jouissait et dans les avantages d'un déploiement de faste que les dasses privilégiées, dans d'autres pays, ignoraient presque absolument (1)« On peul même dire que, pour ce qui r^arde la splendeur et la somptuosité du genre de vie, on n'a rien inventé de comparable dans les leiAps qui ont suivi, en tenant compte, bien entendu, des nouveaux besoins qui sont devenus le néces^ saire indispensable aujourd'hui, même chez ceux qui n'oni ni rang, ni fortune. Dans les progrès de la vie sociale, le luxe précède le bien-être, et les arts qui sont de pur ornement et agrément ont vite atteint leur plus haut degré de développement, tandis que les arts utiles et nécessaires res* tent encore dans l'enfance (2).

(I) Schasgek annote, comme particntîer à ce pays, le fait que les « homines oobiliet claro génère orti non soient in pagia, sed in «rbibns babilare... Ideo mBltifaria obleolamenla et delicias babent. > Riuer-, Hof- und PUgér-Heis.

(3) Il 7 a peat>étre autant de T^rité qne de satire dans cette remarque de M. Emerson, que • les Français ont inventé les mancbettes et les Anglais la cbemise. > Les nobles féodaux, au quatorzième et au quinzième siècles, portaient de riches costumes de satin M de velours, mais ils paraissent avoir considéré le linge blanc comme chose de luxe et les vêtements de nuit comme une superfluité absolue. Voyez Reiffenberg, Commerce de9 Pays-Bas j et Introduction à Duclercq. — La recherche du luxe ou de la splendeur matérielle n*a jamais précédé cdle des convenances plus modestes de Texistence. L*homme , après tout, est plus noble qu'il ne le pense lui-même; le premier soin auquel il attache son attention et consacre les facultés de son intelligence n'est pas de satisfaire ses besoins et ses désirs physiques, de s'assurer le bien-être. 11 n*a pas, comme certains écrivains semblent le croire, couru après la richesse et les loisirs avant d'avoir commencé à cultiver son esprit par des aspirations vers un idéal élevé. La poésie, la philosophie abstraite, les vastes essors d'imagination, les chefs-d'œuvre de l'art appartiennent à l'aurore et non au déclin de la civilisation. Au temps de Périclès et de Platon , les mécaniciens d'Athènes n'avaient pas

DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 9t

Les comtes de Flandre avaient longtemps occupé le premier rang parmi les grands fendataires et les pairs diÇ France, à cause d^ Timmensité de leiirs ressources et de |^ splendeur de leiir cour. Mais Igj^cme leurs domaines pas^ sère«it sous le sceptre s^pjijbiitlçux de ^ maison de Bourgogne, l'ambition des noI^Lçs reçut ua nouvel aiguillon , le peuplç si^liMti de nouvelle coatribi,! tiens et la cour de Philippe le Bon brilla d'une magnificence dont on ne trouvait d*exem||)le cbeï aucun swveraip; de la chi^tienté. Quand ce prince se r§adait auprès de son siiz^r^in, le roi dç France, le nombre et la richesse des équipages de sa suite éclip^ient complét^^^nl le train royal. U fi^i^it son entrée dans une ville précédé d'une bande de i^ysiciens dont les trompettes et les autres instruments étaient en argent, et escorté par une troupe nombreuse de cavaliers et d'hommes d*armes, dont les chevaux étaient caparaçonnés de drap d'or émail lé de joyaux et de pierres précieuses. Partout oii il fixait sa résidence, à Bruxelles, à Dijon, ou à Paris, ses appartements étaient garnis et ornés des produits les plus précieux de l'industrie et de l'art flamands. Son palais était le théâtre de festivités continuelles, de somptueux banquets et d'un fastueui^ apparat qui rappellent la pompe antique des despotes orteutaux. Sa bibliothèque se composait des plus rares manuscrits et des premiers spécimens de livres imprimés, splendidement reliés et enluminés. Elle a formé le noyau d'une collection qui, enrichie d'additions successives, est aujourd'hui une des plus importantes du monde. Il avait accumulé des trésors dans des proportions presque incroya-

encore été assez ingénieux poar inventer nne porte de maison qni s'ouvrtt à Tintérieur. On fripait un coup du dedans pour avertir les passants de se tenir à l'écart tandis qu'on ourrait la porte.

9â HISTOIRE

bles, en or, en aident et en pierres précieuses, comprenant des images, des crucifix , des reliquaires , de la vaisselle de toute espèce, des pierreries de la plus grande grosseur et de la plus belle eau, et des monceaux de métal monnayé (1). Son train de maison, adopté plus tard comme modèle par les souverains espagnols, qui étaient les plus opulenrs et les plus puissants monarques du seizième siècle, embrassait une multitude d'officiers classés en quatre grandes divisions , et constituant une hiérarchie dont les grades montaient depuis les plus vulgaires travaux de la cuisine jusqu'aux plus hautes dignités de TÉtat (1).

C'était un temps, d'ailleurs, où le moindre petit seigneur singeait le style royal dans sa manière de vivre, entretenait

(1) Léo voQ Rozmital, qni, en 1465-1467, visita les diflereates cours de TEarope occidentale, ne fat pas senleroent admis à voir le trésor de Philippe, mais il fot invité, sur Tordre du duc , à accepter comme présent autant de joyanx qnMl en voudrait choisir. Le noble Bohémien refusa de profiter de cette munificence, sons prétexte qu*il avait entrepris son voyage non pas pour acquérir des richesses, mais pour se perfectionner dans les exercices chevaleresques. Sa suite fut émerveillée de cet éblouissant spectacle Tetzel, le narrateur allemand du voyage, essaya de supputer la valeur des différents objets, mais il trouva bientôt la chose impraticable, et se borne à déclarer qu'il n'y avait rien de pareil dans le monde entier et que le trésor du duc dépassait de beaucoup la fameuse collection vénitienne. Ritter-, Hof- und Pilger-Reise durch die Abendlande. Certaines parties du récil latin de Schassek ont été publiées par H. Isidore Hye dans le Messager des sciences historiques ( Gand, 1847), et ont fourni le sujet d'un amusant et curieux article de feu Richard Ford dans le Quarterly Review, n« 180. — Plusieurs inventaires du contenu du trésor de Bourgogne ont été conservés. Deux d'entre eux ont été imprimés par le comte de Laborde, qui a donné à son ouvrage, destiné à vulgariser l'histoire des arls an quinzième siècle, le titre approprié de tes Ducs de Bourgogne (Paris, 1849-53, 3 vol. in-S*).

(2) On peut trouver des listes des officiers et domestiques de la maison de Bourgogne, à différentes époques, dans Labarre, Mémoires pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne. Voyez aussi, pour ces listes et pour certaines particularités curieuses sur les règlements et les usages de la cour, Mém. de l'Académie de Dijon, années 1858, 18S9; Mém. et doct. médic. de la Franche-Comté, t. IH; Daclercq, 1. 1, introduction. Le cérémonial et les devoirs incombant aux différents départements : la panétrie, réchansonnerie, la cuisine, l'écurie et d'autres divisions subordonnées à celles-là sont minutieusement décrites par Lamarche, t. II, pag. 479-556. On a insinué que ces usages avaient été empruntés aux pratiques de la cour byzantine; mais la vérité est qu'ils étaient nés naturelisment des idées et des sentiments de la société féodale.

UD élablissemeQl composé de domestiques de différents grades, était servi par des valets et des pages de noble extraction, observait une étiquette rigoureuse dans sa famille, et faisait, en résumé, dans son château une petite cour. Mais ce qui , partout ailleurs , était représenté dans des proportions restreintes, dans certaines occasions spéciales, ou avec des moyens ou un attirail insuffisants, se passait à toute heure, à chaque jour, dans toute sa largesse et sa pompe, à la cour de Bourgogne. Le lever, la procession , le conseil , Faudience, le service des épices (1), le banquet officiel, les innombrables usages du grand cérémonial dont certaines pratiques ont été conservées en certains lieux où on se doute fort peu de leur signification originale, tout cela constituait le train routinier de l'existence chez Philippe le Bon et ses nobles; et les chroniques d'Olivier de Lamarche, et d*autres écrivains ayant occupé des fonctions dans la maison de Bourgogne, étaient des arsenaux de précédents auxquels les maîtres de cérémonies près les cours de Paris, de Vienne et de Madrid étaient accoutumés d'avoir recours.

Quelques détails moins fréquemment décrits nous ont été conservés dans les minutieux mémoires d'une dame dont la mère avait été dame d'honneur de la duchesse Isabelle, la troisième femme de Philippe le Bon {i). Les lois de préséance et les règlements relatifs à la réception et au séjour des personnes de tout rang et de tout degré, donnaient lieu, natu-

(i) L'babitode, commane i lootes les cours féodales, d'offrir des épices des tropiques, des doncears et des conserTes, dans les andieoces pabliqnes des ambassadeurs et d'auties Tisiteurs de distinciion, parait être proTenne de ]*extréaie rareté et do bant prix de ces articles i une époque où il n'y avait pas de relations directes avec rOrient et où rAmériquB ii*a?aitpas encore été découverte.

(3) Les Honneurs de la cour, imprimé par Sainl-Palaye dans ses Mémoires sur Vcmcienne chevalerie, t. UI. L'auteur était Éléunore de Poitiers, vicomtesse de Furness, fille d'Isabella de Souza, dame portugaise de haute naissance.

rellemeQt, à d'ingénieuses diversités d'interprétation (1) ; et les distinctions de privilège qui marquaient les plus mina* tieuses différences, dans la position à table, dans tes form^^ di) salut ei du parler, dans les décorations d'une chaoftbrQ^ dans la longueur des traînes des danses et dans la façoo d^ les porter, dans les démonstrations de courtoisie envers m supérieur et dans les services de domesticité rendus par m inférieur, si peu subalterne qu'il fût, ces distinctions |Mré«sentent un tableau pour ainsi dire incomparable d'un état d^ société étrangement artificiel. Ainsi, dans une certaine pçqa^ sion, nous voyons un gentilhomme, un cbevs^lier delà Toisw d'or, servant tête nue à la table de sa propre fille, Uquell^ avait épousé un homme d'un rang quelque peu plus élevf que le sien, et fléchissant le genou jusqu'à t^rre en lui pressentant l'aiguière et la serviette avant le repas {%.

Quand la différence du rang était incontestable, m graud personnage se complaisait parfois à témoigner ses sentiment! de bienveillance envers un inférieur eu déclinant les n^^arques de déférence auxquelles il avait droit; et, dans ce cas, uni^ sorte de conflit conventionnel s'élevait entre les deux parties, l'unes'obslinant à remplir les obligations accoutumées, l'autre

(I) Citons an simple exemple. A l'occasion d'nae Tîsile ipattendne de mademoiselle de Peotfatévre (parente da dnc de Bretagne), «je me rappelle, • dit la belle Éléonore, « qa*aa conseil fat tenu pour déterminer le degré d'b^aneors qni loi seraient ceadus par madjaqiç de Gharolais, et il fat ordonné que mademoiselle de Penthiévre serait entrée dans Tappartement et aurait fait les deux premières révérences ; alors madame de Gharolais ferait trois pas vers elle. • — Madame de Namor était la plus hante autorité dans les matières de ce genre. Sile « avait écrit un grand livre où tout était enri^gistré» a et auquel on recourait constamment, « parce qu'elle esloit la plus grande sçachaate de touts Etats, que dama qt4 fust au royaume de France. > *

(3) Il-eat vrai que la chose fut censurée, « par les gens raisonnables, • comme un aetedf^ folie de la part du père qui l'avait faite, « et encore plus grande i sa fille de le soufiErir. a Cependant il parait que Jean Sans-Peur, quoique étjint l^i-méme prioco du sang, témo^na un aemblabie respect à sa belle-fille Miebelie de France, première feoune 4e Philippe» U courbait loujours le gimou devant elle et Tappelatt % madame. >

persislaot à l'en dispenser. Mais s'il y avait place au doute quant à la différence du rafi^, ou s'il y*avait égalité d'état, ia contQ&tation énail d*uno nature tonle diffiérente. Quand la dur che^se de Bourgogne se rendait en visite à la cour de France, elki faifiaii porter sa traite par une de ses femmes dans le trsyet de son a^pariement à celui de la reine; mais, au wh went d'entrer, elle se bâtait d'en relever les plis de sa propre Bkain, paroe que Tétiquette e^^igeait qu'elle la portât ellemâme en présence de la royauté. Elle baisait la main à la reine et au dauphin; mais quand elle arrivait à la ducbesae d*Anjou, dont le mari se trouvait rapproché à peu près par les mêmes liens du trdne de France, les deux dames se saluaient eA décrivant absolument le même angle, et, disient les cbroniques, il n'y avait pas de danger qu'aucune d'elks deux décbiiit ses aiguillettes dans l'empressement de se& génuflexions. Après cela, Isabelle embrassait toutes lesi dames de la suite royale, mais en ayant bien soin de n*eA embrasser qu'autant queladucbesse d'Anjou, sa rivale, qu'elle ne perdait pas du regard, embrassait de dames de la suiia ducale (1).

Maïs la plus singulière de ces coutumes, celle qui resr semble sans doute le moins aux pratiques actuelles, concernait la manière de témoigner sa douleur pour la mort d'un proche parent. Chaque peuple a son étiquette de deuil parti* culière;et,dans l'Europe féodale, comme dans tous les paysi et dans tous les âges, le poids principal des cérémonies de deuil était supporté par les femmes. La veuve d'un Hindou

(i) Sainl-Palays, Mov^ettr» de la oour, t. m, pag. 19^ L'aatotr ajoau que «pov rien an moode la dochessA de Bourgogne n*anrait vonln marcher derrière la dnchesse d'Aa]oa,B et oelLe-ei ayant ta mém« résolution, elies prenaient soin de ne januOs être eosemble quand il s'agissait de sortir en promenade.

se jette dans le bûcher où le corps de son mari se consume ; une dame chrétienne; au quinzième siècle, qui avait perdu son mari, son père, un frère ou tout autre parent, devait se mettre au lit et y demeurer un nombre de jours ou de semaines proportionné au rang du défunt ou à la proche parenté. Isabelle de Bourbon, la première femme de Charles le Téméraire, après avoir assisté aux obsèques célébrées en Fhonneur de son père, retourna dans sa chambre, où elle resta six semaines, restant la plupart du temps couchée sur son lit, en grande toilette, portant une haute coiffure et un grand manteau garni de fourrures. Le lit était couvert d*uQ drap blanc, tandis que les murs de Tapparlement étaient tendus de noir, et qu'un drap noir, remplaçant le tapis, était étendu sur le parquet. Tel était le cérémonial suivi par une princesse (1). Une noble dame de rang inférieur gardait le lit pendant le même espace de temps quand elle perdait son mari. Son devoir était de ne se lever que lorsqu'elle recevait une visite de la femme de son souverain ; mais même alors elle ne quittait pas son appartement. Pour la mort d'un parent elle ne restait couchée que neuf jours; le reste des six semaines elle se tenait assise sur son lit, qui était couvert de drap noir. Il se peut que cette ostentation de deuil et cette exhibition théâtrale du vivant exposé sur un lit de parade comme un mort, servait à ôter à la douleur une partie de sa réalité. Montée avec cette pompe solennelle, la tristesse prenait un caractère d'ostentation qui, au pis aller, la faisait changer en ennui.

Tels étaient, au quinzième siècle, quelques-uns des privilèges de l'illustration de la naissance, des privilèges enviés,

(i) Une reine de France, au témoitjnage d'Éléonore, était obligée, après la mort du roi, de rester alitée pendant une année.

car il paraît que les nobles d'un grade inférieur, loin de chercher à s'émanciper de ces charges d'une étiquette aussi cérémonieuse, s'en montraient au contraire plus strictement jaloux que leurs supérieurs. La jolie chroniqueuse, aux pages de laquelle nous avons emprunté ces détails, exprime son indignation de la conduite de certaines personnes ambitieuses qui se permettaient une étiquette plus sévère que ne le justifiait leur position. « Quiconque, » dit-elle, « pratique ces honneurs et en use autrement que dict est, il doibt estre notoire à chacun que cela se fait par gloire et présomption, et doibt estre réputé pour nul, à cause que ce sont choses volontaires, déréglées et hors de raison (1). »

Si la douleur était ainsi transformée en une sorte d'exhibition fantastique, on peut se figurer combien étaient grotesques les manifestations de la joie , et combien étaient extravagantes les pompes , festivités et réjouissances de la cour de Bourgogne! L'exemple du souverain (2) était suivi de près par les nobles, qui rivalisaient entre eux dans une série

(i) Saini-Palaye, Honneurs delà cour, pag. 263, 366. Éléooore admet cependant qa^au temps où elle écrivait (vers 1490) bien des gens se montraient disposés à se révolter contre cette contame, prétendant qn'elle avait pn convenir à d'autres temps, « mais que maintenant c'était un tout autre monde. Mais de telles allégations, • dit-elle, « ne sont pas suffisantes pour rompre avec un usage ancien et consacré. >

(2) Les touristes bohémiens vantent très haut rhospitalité de Philippe. Tetiel dit qu'il leur donna c das aller kostlichst nat das ich ail mein tag ie gessen habe... Es war do eiii kostlicbe kredenz aufgerichtet und unmassen ander kostlich gezin nnd wesen uberflnssig, ungleublich davon zu scbreiben. Und gab zwey und dreissig essen, aimai truog man acht essen mit einander von gar kostliehen speis, und von aUen getrank, das man mag erdenken, das war genug do. » Ritter-, Hof- und Pilger-Reiser. Il paraît même qu'on en prit un peu plus qu'assez, puisque Schassek, par malheur, fut tellement ébloui et bouleversé par la fascination de la duchesse et des autres dames, qu'il prit trop de Tin et qu'il eut grand'poine à retrouver le chemin de son logement — « nam potus eram. t Telzel, il faut l'espérer, n'était pas encore revenu de son ébriété, lorsqu'il interpréta l'affabilité de ces dames de haute naissance, comme une preuve que c wenu mein her (Léo von Kozmital) wolt, 80 mocht er die maBchtigstenfrawen laden allein : die vergunt man jm, und waren mit meinem hernn frolich. •

m msToiAÊ

de fêtes distingoées par une somptueuse «ftag&ifieenee et une hospitalité illimitée* 'C'élait la coatnime, dans des ocoa- ^iis ée ce genre, que le maître de la ttiaiîson offlit no chapelet à celui de ses invités dont c^att le tour de faire les frais de la prochaine réunion (1). Parmi les banquets «demies panr Philippe le Bon, il em>est an qui ^t resté spécialetnem célèbre^ parce qu'il se rattachait à uti projet qui a continué pendant plus d'un siècle k être le vève des princes et le vœ« ûe la chrétienté. Il eut lien en Lille, en i4£M*, et avait pour but de donner de l'éclat à la prochmatîon d'vne croisftde ^ur reconquérir Constantiuople, prise Y^néè précédente par les Turcs, après un siège mémorable. Une immense ^Ue, tendue de tapisseries représentant les travaux d'Hercote, était entourée de cinq rangées ée galierie», ed forme d'amphithéâtre. Ces galeries étaient ^testinées à recevoir les spectateurs, lesquels devaient être mtfsqnés, idée qu'approuverait peut^lre un modefrne direcleur delhéîftre qui tiei^drait à ije pas voir l'attention s'écarter de la scène. Les tables , au nombre de trois , étaient couvertes de massives décorations sur lesquelles s'était épuisée tonte l'habileté non seulement des cuisiniers et des confiseurs, mais encore d'autres artisans de toute sorte. Ici une fortefresse, entourée de murailles et de fossés , et flanquée de tours , était attaquée par une armée assiégeante ; là on voyait tin lac, avec des castels et des hameaux sur ses bords et des embarcations voguant sur sa surface. Sur tine des tables, il ; avait une église avec sa haute flèche et ses vitraux ipeints; h l'inté-

(1) Màthièa de GoiKïy, Chronique (MU. h\ï€Mn ),'t. H, |)ag. 97, 88; lâmatithe, t. H, pag. 163. Avant la fête dont il va être q[ne8tioii dans 1a Itflte, le cHapetet aTait ëté présenté à Phifîppe,  la denvetiTe (tn comte fl*fi^lAt)08,>pftf1]n ei^riaiit d« dtfiice ans ({ni Ttii récita qnelcrnes ti^rs où il insinnait qne le présent lui étatt entdyéparitffe &a,me portant le titre de « Princesse de joie. >

DE ClfARLËS LE TÉMÉRAIRE. 99

rieur 00 voyâît lejtobé, Tot^gilfô et le chœur des chantres; 6tt§r une autre table se trouvait «in pâté immense dans les flancs duquûls se cachaH tiû orehestre de vingt-fauît musiciens. Il y avait, en outre, utie forêt, rempile d*animaux saùtages débute espèce; une prairie émaillée de fleurs, et efùtourée de rocs massifs formés de saphirs et de rubis; un buissou dans lequel des oiseaux évitaient la poursuite du éhasséâr , mais se ibisaiefit prendre par de belles dames ^sdortées de galawts cavaliers; une caraque, ou galère, plus graude que les <limen^fofrs ordinaires , complètement gréée et tnfatoeiuvrée par des matelots qui embarquaient une car- '^soti, tiraient atiX cordages et faisaient toutes les manœu- Wds de la mise à h voile; une montagne dont le sommet élait couvert <fe glace; uu déôtt^i où des tigres et des serpents se liVraièfnt un furieux combat ; et des statues d'enfttnis nus, qui servàrient dé fontaines et versaient partout des courants é^afu de rose. Le btiffèt , tme de ces pièces compliquées d'àmetjblèWïetii archilecwraldotit il existe encore des éc'hantWkms pôtlr ièto^^xtefc de Inhabileté mécanique et des tetbi- (tides luxueuses en moyen âge, était dhargé de va^^4l*argent de toutes formes et de tWileis grandeurs. De cterque côté se dressait tftte colonne. A Tune était attachée utie statue de ffemWre, dofat le sein droit versait de l'hypocras; i Pautre un Heto était afttaché par une chaîné de fer, non pars, coUdflfie eertârin^ écrivains l'ont apposé, un lion aeutomàte dU uire reptésentiatîon sculptée, mais un véritable lion vivant des déserts africains (1).

le duc élait assis sur une estrade élevée, au sommet de

(1) < tJQ lottléia lioD to^t Vif. > i)e Gôtissy, t. U, pag. d9. Les toiiristes bohémiens mentionneat ane collection de Téritables lions parmi les mer?eitles qa*ils avaient ynes i la conr de Bourgogne.

la première table. Il était vêtu avec sa splendeur habituelle» son costume de velours noir (1), servant de fond sombre pour mieux faire ressortir Téclat des pierres précieuses, évaluées à un million de couronnes d*or, dont il était couvert à profusion. Parmi les convives il y avait de nombreux chevaliers, qui avaient passé la matinée dans le champ clos d'un carrousel, et de belles dames flamandes dont la superbe beauté avait inspiré leurs prouesses guerrières. Chaque service se composait de vingt-quatre plats, lesquels étaient' placés sur des chariots peints en or et azur et promenés autour des tables par un mécanisme caché. Aussitôt que l'assistance eut pris place, les cloches de Téglise se mirent à sonner, et trois petits enfants de chœur, sortant de Tédifice, chantèrent d'une voix mélodieuse et très juste <e une moult douce chanson. » Les musiciens cachés dans le pâté commencèrent aussitôt à jouer de divers instruments ; les graves accords de l'orgue se mêlaient aux sons plus doux des flûtes et des cornets, et, pour compléter l'harmonie , deux trompettes assis dos à dos sur un cheval fantasquement caparaçonné et promené à reculons par la salle, sonnaient vigoureusement de moment en moment.

Pendant les intervalles du repas, on introduisit une variété- de monstres étranges, tels que cêux qu'on met sur la scène dans certaines féeries pantomimes. Ici c'était un sanglier sauvage, portant un grifibn perché sur son dos; plus loin, un dragon volant agitait des ailes énormes. A ces exhi-

(1) De GoQssy dit qu'il était ?éta le matin « de Telours de couleur sur velours noir. • Dnclercq dit aussi : «Ledit duc, ledit jour, qui a?oit passé seize ans devant, ne avoit donné livrée de robbe synon de noir, feit faire à ses gens robbes de couleurs, comme paravant lesdits seize ans il aroit accoustnmé, et lui mesme porta couleur. » Sans doute portait-il, selon l'usaite, un manteau de couleur cramoisie ou de toute autre couleur éclatante. Dans les miniatures, Pbilippe est presque toujours représenté en noir.

biiions, ces entremets (1), connue on les appelait, succéda une représentation dramatique plus régulière. Un rideau de soie verte, qui avait caché jusqu'alors une extrémité de l'appartement, se leva, découvrant un théâtre sur lequel se déroula l'histoire de Jason et de la Toison d'or. Enfin arriva la grande scène, dont tout le reste n'avait été que le préliminaire et qui devait servir à annoncer à l'assistance l'objet de la fête. Un géant apparut, conduisant un éléphant ; sur le dos de l'éléphant se dressait une tour, dans laquelle était assis un personnage velu d'habits féminins, mais qui n'était autre que le digne chroniqueur Olivier de Lamarche, représentant « notre sainte mère TÉglise. » Après avoir récité une longue complainte en vers, racontant les périls auxquels l'exposaient les attaques des infidèles, ce personnage appela tous les nobles cavaliers présents à s'armer pour sa défense. Sur ce, un roi d'armes apporta dans la salle, en grande ce* rémonie, un faisan (2) lequel avait autour de son cou un collier d'or richement garni de perles et de pierres précieuses ; et le duc fit lire à haute voix une déclaration dans laquelle il faisait vœu à Dieu d'abord, puis à la sainte Vierge, et enfin aux dames et au faisan, de prendre part en personne à une entreprise contre les musulmans et de saisir

(1) Le mot semble dans rorigioe avoir été limité aa sens dans lequel il est employé ici, i savoir pour indiquer des scènes et exercices exécatés entre les services. A Tépoque oà écrivait rantenr qoe npns citons, cependant, noos le voyons employer aussi, pour désigner les^ ornements et pièces montées placées sur la table , les objets qui étaient là pour être regardés et non pour être mangés; jamais, paraîl-il, on ne donnait an mot son acception moderne.

(2) Le faisan, le héron, le paon et le cygne étaient tenus en estime particulière, tant pour leur beauté que pour la succulence de leur chair. La bibliothèque des ducs de Bourgogne renferme plusieurs manuscrits ayant pour litre : Fœux du Hairon, Vceux du Paon, etc. Dans les romans et les fabliaux du moyen âge, le paon est désigné comme t le noble oiseau, > la • viande des prenx, • la c nonrritare des amants. > Reiffenberg, Introduction à Duclercq.

la première occasioo de provoquer le sultan lui-même en combat singulier, à moins de certaines éventualités, assez vraisemblables à prévoir. A mesure que chaque chevalier s'avançait pour répéter ce serment à tour de rôle, une sorte d'enthousiasme délirant, auquel n'étaient pas étrangers les vins bus à grandes coupes, les joyeuses scèn^i du banquet et le charme voluptueux des regards qui étincelaiont à la ronde, s'empara de l'assemblée. Les vœux les plus fanatiques furent enregistrés. Un imprudent cavalier jura que, s'il n'obtenait pas les faveurs de sa maîtresse avant de partir pour Texpé* dition, il épouserait, à son retour, la première femme qu'il rencontrerait et qui posséderait vingt mille couronnes. Ensuite on débarrassa la salle du festin, et ces parades extravagantes , dans lesquelles la farce et la religion se mêlaient aux cérémonies de cour et de chevalerie, se terminèrent par les exhibitions plus gracieuses et plus agréables de la danse (1).

Un des narrateurs de cette scène avoue qu'il n'a pu s'empêcher de censurer tout bas l'énorme dépense qu'elle a coûtée et le ridicule que de pareilles mômeries semblaient jeter sur une entreprise aussi sérieuse. Mais quand il fit cette remarque à une personne haut placée dans la confiance de Philippe, cette personne lui répondit : « Soyez assuré, mon ami, etacceptez-le sur ma foi de chevalier, que ces banquets et

(1) Les plus minutieuses et les plus fastidieuses descriptions de la fête du Faisan sont celles que donnent de Goussy (t. II, pag. 85-174) et Olivier de Lamarche (t. II, pag. 167-368). Tons deux rapportent tout au long les différents vœux. 01iviftrqul,en 1447, avait été promu, dn grade de page, à celui d'écuyer pannetier, avait, comme nons TaTons vu,nn rôle important à remplir dans la cérémonie. On suppose aussi qu'il était l'auteur des vers et qu'il avait surveillé les détails de la mise en scène de la fête. Des récits plus concis se trouvent dans Duclercq (t. II, pag. 195-199) et dans une lettre de Jehan de Molesme, imprimée dans lA. Collection de documents inédits sur l'histoire de France {JUélcmges, t. IV, pag. 457 et suiv.).

fealivîlés ne sont que le moyen de donner au inonde ia garantie de la réelle intention de notre noble maître de jouer le rôle qui lui appartient pour la défense du cbrtstianisme (1). »

Ce sentiment si naïvement exprimé met dans son véritable jour la passion des cérémonies et des démonstrations magnifiques qui dominait chez les ducs de Bourgogne. Philippe le Bon n'était pas un de ces hommes dont le caractère n'appartient qu'à la frivolité, et qui se contentent d'une apparence de pouvoir ou des attributs et des ornements extérieurs de la souveraineté. C'était un prince fier, aux aspirations élevées, un politique ardent dont le succès se plaisait à couronner les entreprises. Mais ses aspirations et sa politique assumaient une forme qui appartenait plutôt à une époque antérieure qu'à celle dans laquelle il vivait. Il n'avait pas l'idée d'un gouvernement qui aurait renfermé ses visées dans l^es limites de l'utilité, qui aurait agi autant que possible sans ostentation, et qui aurait cherché à atteindre son but par des moyens subtils et tortueux. Il ignorait le premier mot de la science du gouvernement telle que la pratiquaient les Italiens et Louis XI. L'apparat et le faste lui semblaient faire nécessairement partie de l'exercice de la souveraineté ; occuper une place éminente aux yeux de la chrétienté lui apparaissait une objet suffisant pour son ambition ; et il aurait aussi volontiers conduit ses vassaux à une croisade pour reconquérir la terre sainte, qu'à la conquête d'une province voisine (2). L'éloge que fait de lui Chastellain porte

(i) De GoQSsy, t. Il, pag. 175.

(3) Cette croisade projetée n'eat pas lien, mais la sincérité des intentions de Philippe et son léle pour ce qu'on regardait alors comme la cause commune de la chrélieuté sont attestés par divers faits. Par une série d*ordonnances , promulguées en 1454, il introduisit de larges rédactions dans les dépenses de sa maison en vue de se ménager des fonds pour

sans aucun doute l'empreinte du caractère d'esprit particulier de Fauteur, qui a cherché à peindre plutôt une physionomie idéale qu'un portrait resi^emblant; mais il n'est pas douteux non plus que c'est à cet idéal que Philippe aurait tenu par dessus tout à ressembler. Il est représenté, dans les récits, comme « la perle des hommes vaillants, )» l'étoile de la chevalerie et le champion de l'Église ; comme étant affable pour tous, grands et petits, et surtout pour les dames, qu'il n'était que trop enclin à considérer d'un regard bienveillant c prêt à soumettre son cœur aux désirs de leurs yeux. )» Il regardait en face les gens auxquels il parlait, ne prononçait jamais un mot inconvenant, et scellait ses promesses de sa seule parole. Il était facile et débonnaire, extrêmement généreux, sévère et défiant pour les présomptueux, mais clément pour qui, l'ayant offensé, sollicitait son pardon. II faisait peu de cas de l'or et de l'argent, mais il avait la passion des joyaux et des étoffes précieuses. Il s'habillait richement^ aimait les festins et les spectacles, mais, en même temps, il était passé maître dans tous les robustes exercices de la chevalerie, excellait à monter à cheval, aimait la chasse et ne le cédait à personne dans le tournoi. Son port et sa tournure étaient d'un homme né pour les hautes dignités et semblaient dire, même à un étranger : c Yoici un prince (1). »

cette entreprise. Dans la même année, il parconrnl la plupart des États d^Allemagne pour se rendre i Ratisbonne,afin d'assister à une diète convoquée ponr arrêter nn plan général d'opérations. Mais ni Temperenr Frédéric, ni ancan des princes électears, à l'exception da margrave de Brandebonrg, ne se rendirent à la séance, et le projet, par conséquent, tomba à IVau. Malgré ce début décourageant, le duc de Bourgogne éqnipa plus tard un armement qu'il plaça sons le commandement de son fils naturel, Antoine, pour agir dans la Méditerranée et sur la côte d'Asie, de concert avec les flottes des autres puissances. La tiédeur des Vénitiens fit encore avorter ce projet , et les forces bonrgnignonnes furent obligées de reTenir sans avoir eu l'occasion de montrer leur prouesse dans une rencontre avec les musulmans.

(1) c Son semblant seulement le jugeait empereur, et valoit de porter couronne, seule-

DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE. i05

Qnand nous nous occupons de la maison de Bourgogne, nous devons la considérer comme la citadelle de la fé odalité, comme le foyer où se maintenaient en vigueur les mœurs et les idées qui, partout ailleurs, suivaient un état de rapide décadence. Le soleil couchant de la chevalerie jeta sur cette maison les splendeurs de ses derniers rayons. C'était le rendez-vous de tous les galants amateurs de prouesse et de renommée, qui cherchaient à affirmer la beauté et la vertu de leurs belles par des faits de haute vaillance. Il se passait rarement de semaine sans que Tune ou l'autre ville flamande n'assistât à la proclamation d'une joute ou d'un tournoi. Quand les groupes resplendissants des cavaliers passaient à travers les rues, les fenêtres et les balcons s'em* plissaient de belles dames, nobles et bourgeoises, qui agitaient leurs mouchoirs et faisaient des vœux pour que leurs chevaliers préférés gardassent intacts leur honneur et leur renommée. Les lices étaient remplies de spectateurs de tous rangs. Au cri des hérauts d'armes et des poursuivants : Lâchez! lâchez! les combattants sortaient de leurs tentes et montaient sur leurs coursiers fougueux et richement caparaçonnés, qui se cabraient et caracolaient avec une fierté intelligente. Les trompettes sonnaient; les chevaliers faisaient au galop le tour de l'arène ; la lance de frêne se brisait en éclats au choc de l'acier robuste ; les cris des specta-

ment sur les grâces de nature; se monstroit en terre entre les princes comme une estoile au ciel, et parloit son Tiaire, se sembloit, disant : « Je sais prince. > Déclaration de tous les hauts faits et glorieuses adventures du duc Philippe de Bourgogne (Ghastellain, OEuvres, édit. Bacbon, 1837, pag. 5(16). — De sa personne, au rapport de la même aatorité, Philippe était de taille moyenne; ses membres étaient robustes et bien proportionnés, ses 08 larges, ses veines gonflées et pleines de sang, sa fignre longue t comme celle de ses ancêtres, » des lèvres d'un rouge Tif, un nez long et droit, un teint brunâtre, des yeux pleins d*expression, des che?eux flottant i entre le blond et le noir, ■ d*épais sourcils qui se retroussaient • comme des cornes > dans les moments de passion.

leurs prociamaieQt leur intérêt dans le spectacle; les dttnes jetaient leurs gants et leurs édiarpes dans la lice : un chevalier était-il désarçonné, son adversaire sautait à terre et levait sur lui sa hache d'armes et son épée. Mais un cri de pitié se faisait entendre de tous côtés ; le duc jetait daês l'arène 3on bâton et le combat cessait (1).

Ainsi tout était joyeux , voluptueux , purement mimique et inoffensif dans ces rencontres; et pourtant avec quelle solennité, avec quelle entière foi dans Timportance, la dignité et la réalité de la scène , les acteurs passionnés jouaient leurs rôles! Dans aucun pays, dans aucun temp&, Tesprit fervent et dévoué de la chevalerie ne brilla d*un plus pur éclat dans un galant cœur que dans celui de Jacques de Lalain, appelé par excellence c le bon chevalier » et le plus noble ornement de la cour de Philippe. Élevé dès ses plus jeunes années dans le culte de la vertu et de la piété et habitué à cette suprême courtoisie qui était considérée alors comme le perfectionnement des qualités d'un gentilbonime accompli, il était inspiré, tout jeune encore, de l'unique désir de maintenir, par ses exploits, cette réputation de valeur et d'honneur sans tâche qui lui avait été léguée avec un nom illustre. Ëtanit à Anvers, il apprend qu'un chevalier sicilien a été vu, se rendant de son hôtellerie à l'église, portant à sa jambe gauche un anneau de fer attaché à une chaîne d'or, ce qui signifiait que l'étranger s'était engagé à accomplir un certain nombre d'exploits en l'honneur de la maîtresse de son cœur. Â cette nouvelle, l'âme de Jacques de Lalain est remplie de joie ; « il offre humblement et dévotement ses actions de grâces à Notre Seigneur et à la Vierge

(1) Voyez les Chroniques de de Conssy, de Doclercq, de Lamarche et spécialement la Chrfmique du bon chevalier mesHre Jtiequeê de Lalain (èdit. Bnchoo ).

mère, i> et, c les genoux ployés et les mains jointes , » les supplie de lui accorder aide et conseil dans cette affaire; c car il lui semble que ses prières et ses vœux de chaque jour sont à la veille d'être exaucés. » Il mande le roi d'armes de la Toison d'or et lui annonce son intention de « délivrer » ce noble chevalier, qui était venu de si loin pour chercher le moyen d'accomplir son vœu. Après maintes cérémonies et maints rites de cour, les « chapitres » ou préliminaires du combat sont arrangés. Le jour et le lieu sont désignés par le duc. Jacques de Lalain arrive au rendez-vous accompagné d'une brillante cavalcade de cinq cents chevaliers et jeunes gens nobles. « Certes, » dit le chroniqueur, « ils coururent maintes belles courses, et nul d'entre eux ne Taillit un seul instant à sa tâche, bien que les lances fussent si grandes et si lourdes, que souvent elles ne se brisaient pas dans le choc. Malgré cela, ils ne cessèrent pas de courir et de jouter l'un contre Tautre jusqu'à la nuit; alors le duc les pria de se contenter de la bonne et vaillante manière dont ils avaient fait leur devoir. »

Après cela, notre brave Jacques se met en route pour faire un pèlerinage d'honneur. Il va suspendre son bouclier à la Fontaine des larmes, près de Ghàlons, sur la grande route qui mène de la Bourgogne à l'Italie, et tient la passe contre tous venants. Ensuite, il envoie son héraut devant lui à la cour de France pour annoncer son entreprise chevaleresque et inviter quelque esprit aventureux à se rendre à son appel. Mais personne ne relève le défi. Les nobles français avaient eu dans les derniers temps assez d'occasions d'entretenir leurs prouesses dans des combats réels, et le roi Charles YII nevoyait pas ces pratiques d'un très bon œil. Jacques continue son voyage en Espagne, où il est reçu avec plus d'honneurs

qu'on n'en devait faire un siècle plus tard au chevalier de La Manche, dont il parait être le vrai prototype ; il traverse la mer et parcourt de long en large toute l'Angleterre san» trouver une seule occasion d'étaler sa vaillance. Seulement, au moment où il s'embarquait, un chevalier du pays de Galles court après lui, pour arranger les conditions d'une rencontre en Flandre. Enfin , il revient dans son pays sain et sauf, et reçoit, à l'âge de trente deux ans, sa « délivrance» finale, non de la lance d'un noble adversaire, mais dans un rude combat contre les citoyens rebelles de Gand (1).

A ces nobles caractères , à ces galants faits d'armes, il fallait un chroniqueur digne d'eux. La cour de Bourgogne l'avait trouvé dans Ghastellain , le dernier et le plus grand des chroniqueurs de la chevalerie, qui a célébi'é la gloire expirante du moyen âge dans un langage sonore comme les notes de la trompette des tournois, dans un style gracieux, resplendissant et riche comme le blason d'un écu armorié (2).

(i) Si rantastique qoe la carrière de ce Iiéros paisse paraître au lecteur moderne, il est impossible de parcourir sa biographie, si prolixe qu'elle soit, écrite par Saint-Remy, roi d*armes de la Toison, sans partager jusqu'à un certain point Tadmiration enthousiaste que le «bon chevalier ■ excitait chez ses contemporains. Quand sa mort fut annoncée à l'armée» tontes les trompettes et tous les clairons se turent; à la distance d'une portée d'arbalète on n'entendait pas un son, et bien des visages, y compris celui du souverain, étaient baignés de larmes. « C'est grand'pitié, > s'écrie Saint-Remy, « qu'il n'ait pas régné plus longtemps dans le monde , car son pareil n'avait jamais été vu ni connu dans aucun pays , et il ne pouvait pas exister de chevalier pins parfait, plus vaillant, plus hardi ou plus accompIL C'était la fleur de la chevalerie, beau comme Paris, pieux comme Éoée, sage comme Ulysse, ardent au combat et irritable comme Hector. Et, en même temps, jamais homme ne fut plus gentil et débonnaire. II était doux, humble, aimable et courtois, grand distributeur d'aumônes et très compatissant, toujours prêt à assister la veuve et l'orphelin. ■ Chronique du bon chevalier, pag. 385, 386.

(2) Comme narrateur, Ghastellain ne peut pas se comparer à Froissart ni même à des écrivains très inférieurs à Froissart. Il n'a rien de pittoresque dans ses descriptions et manque de l'habileté nécessaire pour conduire Une histoire. Ses digressions sont interminables, ses harangues parfois insupporlablement ennuyeuses. Le charme de ses récits réside dans son incomparable style, si richement émailié de métaphores et d'images, et

liais ces sentiments chevaleresques que célébrait la littérature, que relevaient les mœurs privées , empruntaient encore un plus grand stimulant de dignité et de grandeur d'une institution qui, bien que fondée par un vassal et non par un prince souverain , emportait en éclat toutes les autres du même genre existant en Europe. C'était Tordre de la Toison d'or, créé par Philippe le Bon à l'occasion de son mariage avec la fille du roi Jean de Portugal. Le duc avait déjà été marié deux fois, lorsque, en 1428, étant veuf et sans héritiers légitimes, il envoya des ambassadeurs à la cour de Portugal pour négocier son mariage avec la princesse Isabelle. Avec eux était parti le célèbre peintre Yan Ëyck, chargé de peindre le portrait de la princesse pour faire apprécier au duc sa beauté (2). Le portrait ayant plu au duc, et sa demande ayant été acceptée avec empressement, Isabelle quitta son pays natal en novembre 1429, et, après un périlleux voyage, aborda au port flamand de l'Écluse, où elle fut reçue et saluée par une telle multitude de personnes de tout rang, que ce fut à grand'peine qu'on parvint à lui frayer un chemin à travers la foule pour la conduire aux appartements préparés pour la recevoir. La route jusqu'à son logis avait été couverte de tapis faits de la plus fine laine. Sa réception à Bruges fut marquée par un déploiement de magnificence qui convenait à un pareil lieu

bien plas encore dans la vérité avec laquelle il reflète les idées et les sentiments des classes élevées de son temps. Froissart décrit les mœurs et les traits extérieurs d*nne époque de chevalerie; Ghastellain est imbu de son esprit.

(1) • Lesdits ambaxadenrs, par ung nommé maistre Jean de Eyck, varlet de chambre de mondit seigneur de Bonrgoingne et excellent maistre en art de paintnre , firent paindre bien an vif la figure de madite dame Tinfante Elisabeth. ■ Copie du verbal du voyaige de Portugal, etc. (Gachard, Documents inédits, t. Il, pag. 68). — M. Gachard fait remarquer que les biographes de Jean Van Eyck ont ignoré ce fait, qu'il occupait le poste de Talet de chambre dans la maison de Philippe le Bon, et qu'il peignit un portrait de la prin. cesse Isabelle de Portugal. Ces détails fixent un point très contesté, à savoir l'époque où sa réputation devint établie.

et à une pareille occasion. Les rues que la princesse inversait étaient tendues de riches tapisseries; et, tandis que sa litière s'avançait lentement à travers la foule, entourée d'un cortège composé des membres de la noblesse, et de tous les grands dignitaires civils et ecclésiastiques du pays, les acclamations des spectateurs couvraient même les fanfares bruyantes des trompettes, qui remplissaient la cité de joyeuses sonne* ries. Les fêtes du mariage durèrent huit jours ; des fontaines, placées dans différents endroits de la ville, versaient à grands flots perpétuels des vins du Rhin et de Bourgogne ; et le peuple célébra Tévénement à sa façon ordinaire, en donnant un libre cours à son penchant national (1).

Gomme pour attester jusqu'à quel point son attente avait été largement réalisée, Philippe adopta, en l'honneur de sa nouvelle femme, la devise : Autre n'auroy, ce qui voulait dire clairement, comme Ta fait observer M. de Barante, qu'il ne voulait plus avoir d'autre épouse; car, pour ce qui regarde les maîtresses, le vert galant prince ne mit pas plus de frein à ses caprices après son mariage qu'il ne l'avait fait auparsh vaut (2). La chronique scandaleuse dit même que ce ne

(1) Gachard, Documents inédits, t. II, pag. 68-91; Saint-Remy, chap. clt; Meyir, Annales, fol. 273, 274; Barante (édit. Gachard), 1. 1, pag. 505.

(2) On sait que Philippe eat vingt-quatre maîtresses et seize enfants illégitimes. Les filles prirent le voile et devinrent prieares, chanoinesses, etc. Les fils forent amplement dotés et formèrent un groupe brillant, qni n'occupait pas tout à fait l'arrière-plan du tableau de la coor de Bourgogne. Le second fils, Antoine, mieux connu par le titre honorable de I Grand Bâtard de Bourgogne, > lequel lui fut conféré après la mort de son frère atné, Corneille, était un des chevaliers les plus redoutés et des chefs militaires les plus distingués du temps. Son pom figurera souvent dans le cours de ce récit. Scbassek nous apprend que, dans les Pays-Bas, la bâtardise n'était pas considérée comme une tache. Les princes et les nobles entretenaient leurs maltresses publiquement et dans leurs propres maisons. Les rejetons de ces amours illégitimes étaient élevés avec les enfants issus du mariafe et reeevaient une part dans l'héritage. Il en tire une conclusioa favorable, â certain point, au caractère flamand : • In iis enim regionibos non sese vitupérant et conviciis lacérant, oti apnd nos. > Ritter-, Hof-, vnd Pilger-Reise, p. 28. Onclercq est moins indulgent quand

DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE. Itl

fureat pas les charmes de sa fiancée, mais ceux de sa favorite pr^érée, une des royales beautés de Bruges, qui le poussère&C à proclamer son c grand et profond amour pour le Boble état de chevalerie, » en créant le nouvel ordre honorifique. Mais c'est là une vaine calomnie. L'ordonnance dans laquelle les règlements de la confrérie sont enregistrés as* »gne pour date de son institution le 20 janvier 1430, jour du mariage du duc, et fait allusion à cet événement d'une manière qui ne peut laisser de doute sur ses motifs et sur ses intentions (1). Le nombre des membres fut limité à trente et un et on imposa à tous ceux qui seraient élus de se démettre immédiatement de leurs grades dans tout autre ordre auquel ils pourraient appartenir. Le costume, dans l'origine, était d'étoffe de laine; mais un costume aussi simple, quoiqu'on conformité avec les coutumes de la chevalerie, n'était pas appelé à trouver longtemps faveur à la cour de Bourgogne, et on le changea par la suite pour des robes de velours cramoisi richement garnies et brodées. Au collier, composé de pierres précieuses et de pièces d'or entrelacées de manière à faire jaillir des étincelles et désignées pour cela en termes héraldiques sous les noms de fusils et de caUlouXy avec la légende appropriée : Ante ferit quam flamma micatf était suspendue la toison d'or, qui a donné son nom à l'ordre.

Les chapitres étaient tenus le jour de saint André, patron

il parle da relâchement des mœurs dans les classes élevées, t Car lors c*estoit grande pitié que le péchié de Inxore regnoit Hioiilt fort et par especial es princes et gens marries; et estoit le plas ifentil compagnon qui pins de femmes sçaTolt tromper et avoir au moment, qai pins inxarieulx estoit : et mesme regnoit encoires plus icellay pechiô de inxnre es preslas de l*Egtise et en tonU gens d église, i Mémoires, t. II, pag. 204.

(1) Il y a encore nne allusion évidente à Tambassade expédiée ponr fiancer la princesse et la conduire aux Pays-Bas dans le titre choisi pour Tordre. Isabelle, sans aucun douta, avait son dragon gardien on duègne.

i12 HISTOIRE

titulaire de la Bourgogne. Olivier de Lamarche en a raconté le cérémonial imposant, après y avoir assisté pour la première fois, à Gand , en 1445. Les chevaliers, revêtus de leurs robes et coiffés de leurs turbans , passaient en cortège par les rues, les plus jeunes membres de l'ordre marchant les premiers, et le duc, en sa qualité de « chef et souverain » (car le titre de « grand maître :» ne parait pas avoir été adopté) venant le dernier et marchant seul. A la porte de réglise cathédrale de Saint-Jean (aujourd'hui Saint-Bavon) ils furent reçus par les chanoines et les autres membres du clergé, qui les conduisirent au chœur, où chaque chevalier prit place derrière un écusson emblasonné de ses armes et de sa devise. Les sièges vacants des membres défunts étaient disposés, vides, à leurs places habituelles; mais les armes qui les enseignaient étaient peintes sur fond noir (1).

Le duc prit place sous un dais de drap d'or , en face du maître autel , où resplendissait l'inimitable chef-d'œuvre de Van Eyck, Y Adoration de Vagneau mystique^ dont certaines parties sauvées des mains félones de ce souverain espagnol qui voulait dépouiller les Flamands , non seulement de leurs libertés, mais aussi des produits de leur génie, sont encore scrupuleusement conservées dans l'ancien édifice qu'elles ornaient alors. Après que la messe eut été chantée par autant de prêtres qu'il y avait de membres de l'ordre, le roi d'armes, s'agenouillant trois fois devant le duc, lui présenta un cierge allumé, et l'appelant par ses divers titres (duc de Bourgogne, de Brabant et de Limbourg, comte de Flandre, d'Artois, etc.) l'invita à se rendre à l'offrande. Chaque membre accomplit la cérémonie à son tour, et quand venait

(i) ReiffèDberg, Histoire de la Toison d'or. Brox., 1830, iD-4*.

<^ui d'on chevalier défunt , je roi d'armes prenait sa place et faisait Toffrande en son nom (1).

Les affaires traitées dans les chapitres ne se bornaient nullement à des questions de forme. L'ordre de la Toison d'or avait une grande signification politique. C'était, en réalité, pour les souverains de Bourgogne ce qu'est pour les souverains d*Angleterre , la chambre des pairs. Il est vrai que l'ordre n'exerçait pas les fonctions d'une assemblée législative; il n'y avait pas, d'ailleurs, dans les Pays-Bas, de corps constitué qui fût investi de ces fonctions. Mais il séparait par une ligne de démarcation plus large, les nobles les plus opulents et les plus distingués, auxquels seuls le collier était conféré , des autres membres de leur classe. Il les élevait à une position de grandesse; il leur conférait des privilèges précieux et exclusifs. Si un des membres était accusé d'une .infraction aux lois , l'ordre se constituait en haute cour de justice, seule compétente pour le juger. Dans les moments de crise, le souverain embarrassé convoquait les chevaliers en grand conseil pour qu'ils l'aidassent de leurs avis; et une assemblée de ce genre, quoiqu'elle eût peu d'influence sur la conduite à tenir par le gouvernement, donnait à ses actes importants un dignité exceptionnelle. Il était du devoir de la confrérie de réprimander celui de ses membres dont la vie ou la conduite s'écartaient des règles de la chevalerie. Ils remplissaient cet office même à Tégard du souverain ; et nous verrons par la suite les moins patients des princes se soumettre sans ressentiment à ces reproches, quand ils touchaient aux endroits sensibles de leur caractère, ou qu'ils dénonçaient des fautes graves (2). Mais si le duc, par sa souci) Lamarche, 1. 1, pag. 497 et siiiT.

(S) Ainsi, an seisiéme siècle, Temperenr Charles^}aiDt ayant été censuré par Tordre ponr

It4 HISTOIRE

mission personnelle à ces règles rigoureuses exaltait au plus haut degré la dignité de l'ordre , il en faisait un élément d'autant plus puissant pour sa domination^ et un instrument d'autant plus énergique pour ses volontés. L'ordre lui fournissait les moyens d'exercer une influence plus grande sur toute la masse de la noblesse ; il mettait les plus fiers et les plus ambitieux de ses vassaux en rapports plus étroits avec lui, les rendait plus dépendants de sa faveur et leur permet* tait d'exercer un contrôle plus strict sur leur conduite et de punir exceptionnellement ceux d'entre eux qui étaient de* venus les objets de sa jalousie ou de son aversion. La cen* sure de la Toison d'or emportait avec elle un stigmate quUI était malaisé d'effacer; et qu'elle était imposante la scène, lorsque, après que la sentence de dégradation avait été prononcée, le roi d'armes, en présence de tout le conclave des nobles, effaçait les insignes du chevalier indigne et laissait son écusson en blanc !

Ainsi, Philippe le Bon, quoique n'étant pas roi, occupait une position que pas un roi n'aurait pas enviée, d'après les expressions mémesdeson panégyriste. Il régnaitsur les États les plus riches de l'Europe; il était le chef reconnu de la chevalerie. Dans les chapitres de l'ordre superbe qu'il avait créé, il siégeait comme Arthur parmi ses chevaliers, comme Gharlemagne au milieu de ses pairs.

Mais sa position comportait d'étranges anomalies. Quelque grand que fût son pouvoir, il n'était après tout , qu'un vassal. Il était le sujet non seulement du roi de France, mais

ses habitades de négligence et d'avarice, répondit avec coartoisie, s*excQsant et promettant de s^amender. En 1559, Philippe II fot blâmé pour aToir méconna les priTiiéges des chevaliers et avoir entrepris de grandes affaires sang demander lenr avis. Le sombre Espagnol ne répondit pas, et les chapitres cessèrent dés lors de se rassembler. Reiffenberg, Histoire de la Toiion d'or, pag. 375, 476, 477.

de rempereur d'ÂUemagiie. Dans le langage figuré deChasteliain , « il tenait la sécnrilé de la France dans sa garde, et la tianquiUité de l'Occident dans sa main ; c cependant, aux termes de son investiture féodale, il était t Thomme-lige du rot » obligé de le servir sur le champ de bataille et dans sa cour. Il avait chassé son souverain du trône ; il avait fait la paix à sa propre discrétUm et dans ses propres conditions; et au milieu de sa splendeur, tandis qu'il trônait à un banquet de la Toison d'or, un huissier du parlement de Paris vint un jour lui glisser dans la main une ordonnance qui le mandait à comparaître en personne devant ce tribunal , pour répondre à une poursuite intentée contre lui par un de ses propres sujets (1).

Ses relations avec les peuples de ses différents États avaient aussi un caractère particulier. Il était le chef de la féodalité ; mais le commerce et les arts étaient les ennemis de la féodalité, et ils florissaient dans les Pays-Bas, tandis que dans presque toutes les autres parties de TEurope, ils végétaient humblement. II se trouvait debout sur la limite de deux époques différentes, lui tournant ses regards vers le passé, ses sujets les tendant vers l'avenir. Si les écrits de

(1) « Iceiai huissier gardant son exploit jnsqne an jour Saint-Andrieu, le jonr principal de la feste de son ordre, qoe lai, le dac d^Orléans, et tous les chevaliers de la Toison d*or, estoient en leurs manteanx, en la gloire et solempnitô de leur estât, en sale, non d*un dnc par semblant, mais d^nn empereur, tout prest de asseoir à table , et en point de prendre l'eau, Tint icelni tout délibéré et à intencion d'esTorgonder la compaignie, ne say de qui insligiié ou non , et soy ruant à genoux le mandement en sa main , lit son exploit et son adjournement,... comm e pour donnera entendre : c Vecy leflayel de vostre extoliation fière que vous avez prise, qui vous vient corrigier droit cy et pincier, et vous monstrer qui vous eslei. ■ Ghastellain , pag. xix. — 11 cite une autre tentative faite par un huissier pour se Dure ouvrir la prison de Lille et libérer un prisonnier qui en avait appelé au parlement. La garde résista, une sorte d'émeute s'ensuivit, et le duc, qui se trouvait par hasard dans la ville, arriva sur les lieux accompagné de plusieurs personnes de sa suile. Il regarda cette scéoe sans rien dire jusqu'au moment où le peuple se préparait à jeter l'huissier à la rivière, catastrophe qoe Philippe empêcha < pour révérence du roy. ■

Chastellain s'illuminaient encore du rayonnement glorieux de la chevalerie, un autre écrivain s'élevait, en même temps, sous les yeux mêmes du duc, et cet écrivain devait avant peu traiter tous ces brillants sujets avec une caustique ironie, et, dans un style poli et acéré que les historiens modernes ont rarement égalé, devait consigner dans ses annales les récits du règne antifépdal et antichevaleresque de Louis 11(1).

Nulle part, en outre, la domination de Philippe ne reposait sur ce vieux droit héréditaire, qui, à une époque où les

(i) Parmi les chroniqueurs et les auteurs de mémoires français, Philippe de Commines occupe le premier rang. II est le premier, comme date et comme Taleur, des écrivains de cette classe, et non pas, comme le prétendent quelques critiques, le dernier d^une race éteinte. Malgré notre profond respect ponr la Taste science du docteur Arnold et notre ▼énération pour son caractère , nous ne partageons pas son opinion, que les mémoires de Commines sont la preuve que son époque ignorait la position qu'elle occupait sur Taxtréme limite d*une ère nouvelle. « Le glas funèbre du moyen âge avait sonné déjà, » dit-il, c et cependant Gommioes ne respire que les idées de ces temps féodaux. » 11 est vrai que Commines n'avait pas prévu la réforme et l'avénemeot du pouvoir et des institutions populaires qui en (tarent la conséquence. Ses commentaires et ses digressions n*ont pas non plus un caractère de profonde investigation philosophique. Mais aucun philosophe, se tenant en dehors des affaires et du mouvement de ce siècle, n'aurait plus justement apprécié la décadence qui minait ses institutions et ses coutumes politiques , et reconnu que le pouvoir politique passait dans de nouvelles mains et assumait une nouvelle forme. Il montre la mise en œuvre et Tinfluence de ce système de politique, dont Machiavel a été le premier à exposer les principes et la théorie. La preuve qu'il représente le progrès et le caractère iransitionnel de l'époque où il écriFait se trouve dans le mépris qu'il témoigne pour des actions, des sentiments et des idées que la plupart de ses contemporains considéraient avec une sérieuse admiration ; dans son intelligence des véritables fonctions du gouvernement, des relations mutuelles des diverses puissances européennes et de l'importance de la diplomatie ; dans ses éloges pompeux de la constitution anglaise, dont il avait admirablement saisi les points principaux; dans sa résolution d'abandonner la cour de Bourgogne pour se consacrer au service de Louis XI ; dans la nature et le but de son ouvrage et même dans le ton de son style, oà l'on ne remarque ni l'affectation de la phraséologie de son temps, ni pédanterie, ni prolixité , un style clair, roftie, chfttié, précis et ayant la netteté de la meilleure prose française moderne. — On cite fréquemment une phrase qu'il a employée, mais nous croyons qu'on en a mal compris le sens. L'auteur distingué du Rise ofthe DuLch Republic, dans son introduction à son admirable ouvrage, parle t d'auteurs comme OliFier de Lamarche et Philippe de Commines qui n'écrivaient pas, comme le disait ce dernier, ponr l'amusement des brutes et du peuple de bas étage, mais pour des princes

systèmes politiques étaient l'œuvre du temps et des circoostances, formaient la base la plus ferme de l'autorité souveraine. Dan$ aucun de ses États il n'était le représentant direct des anciens princes , par voie d'hérédité mâle. Dans quelques-uns d'entre eux il siégeait sur le trône mal assis du conquérant. Mais, pour la plupart de ses acquisitions, la maison de Bourgogne devait, comme la maison de Portugal» ^n agrandissement à ses alliances matrimoniales ; et ses possessions finirent par aller, avec celles de la maison de Hapsbourg, arrondir les domaines d'une monarchie qui

et antres personnes de qualité.* En traduisant ainsionfansseTintentionde Gommine8,qni n*a jamais laissé éctiapper nne occasion de railler l'ignorance de la noblesse. Gommines» le panégyriste et le protégé de Lonis XI, de ce monarque qui, au dire des gens de son temps, avait dégradé le pouvoir royal en choisissant ses serviteurs et ses favoris parmi les plus humbles classes et en dédaignant d'une façon systématique les prétentions de la naissance, Commines se trouve ainsi représenté comme le champion de Taristocratie, comme n*ayant écrit ses Mémoires que pour l'amusement des grands seigneurs et des grandes dames. Mais ce n*est pas du tout cela que voulait dire Thistorien. Gommines dit qu'il ne rapporte pas les détails de certains événements en vne de jeter le reproche aux gens qui y ont pris part, mais parce qu'il a entrepris de faire le narré fidèle des événements qu'il a connus, «et, • dit-il pour expliquer pourquoi il est entré dans ces détails, < je ne compte pas que ces Mémoires seront lus par les ignorants ou par les particuliers, mais je pense qu'ils donneront de imns avis aux princes et aux gens de cour > (c'est à dire aux fonctionnaires qui avaient pris nart à ces événements). En résumé, Gommines, an lieu de se mettre au rang de Lamarehe et d'autres auteurs semblables, a tenu à se distinguer d'entre eux; leurs livres, remplis de descriptions de tournois et de parades, étaient écrits pour l'amusement des gens oisifs, peu éclairés, peu au courant des ressorts intimes de la diplomatie et s'intéressant peu à leur opération son livre était destiné à devenir le manuel de l'homme d'État, et était dédié à Angelo Gato, un des hommes les plus savants du siècle, pour être traduit en latin et enrichi de détails particuliers recueillis à d'autres sources. La preuve que Gommines, par le mot de béles^ ne voulait pas désigner le menu peuple, ressort d'une autre citation. Parlant du manque d'instruction et du mépris des princes féodaux pour la science, il dit : i Dieu n'a pas établi l'ofBce de roi ou de gouvernant quelconque pour être exercé par des testes ou par ceux-là qui tirent vanité de dire : Je ne suis pas clerc, je laisse tout à mon conseil, je me fie à lui. * — M. Kervyn de Lettenhove, citant le même passage que M. Motley et l'interprétant de la même manière, appuie en ces termes sur l'antithèse supposée : a II méprisa fort les testes et simples gens; il n'écrit que pour les rois. « Bulletins de l'Académie de , Bruxelles, 1859, pag. 279. M. Kervyn avait-il lu les remarques de Gommines sur « la bestialité des pt-inces et leur ignorance , dans le chapitre xviii du cinquième livre et ailleurs?

il8 HISTOIRE

s'était consolidée par les mêmes moyens, et qui, au seizième siècle , menaçait d'absorber la plus grande partie du continent européen.

Philippe le Bon régnait, dans le fait, sur une aggrégation d'États hétérogènes. Son autorité sur chacun d'eux reposait sur un titre distinct, et s'exerçait par des procédés différents. Pas deux de ces États n'avaient les mêmes lois , les mêmes coutumes, ni la même histoire nationale. Dans les Pays-Bas, deux races dissemblables vivaient côte à côte; ou y parlait deux langages totalement différents; et chacune de ces races se maintenait sur son terrain avec un tel acharnement que, dans la même ville, aucune d'elle n'aurait pu gagner un pouce de terrain. Elles ont même conservé leurs limites respectives jusqu'à l'époque actuelle.

Les États de Philippe ne constituaient pas même un groupe , encadré dans les limites d'une frontière commune. Les deux Bourgognes étaient séparées des Pays-Bas par l'Alsace et la Lorraine. Quand il voyageait d'une partie de son territoire à une autre, il était obligé de passer sur un territoire étranger. Si le souverain de ce territoire lui était hostile, il ne pouvait accomplir son voyage qu'à la tête d'une armée. En temps de guerre, sa présence aurait été également nécessaire à Bruxelles et à Dijon. Mais, en pareil cas, il était exposé à se trouver séparé des États qui lui fournissaient de l'argent, ou de ceux qui lui fournissaient des soldats.

Avec de pareils éléments, aurait-il été possible de former une monarchie? Philippe le Bon ne le tenta jamais. H avait la coutume d'affirmer que, plus d'une fois, il avait refusé le titre de <ic roi, 3> et il est au moins certain que des ouvertures dans ce sens faites par la cour impériale étaient restées sans

réponse. En dépit de l'hostilité contre la France qui avait marqué les débuts de son règne, il se glorifiait de son eitraction française et de sa parenté avec le souverain de la France , de son droit de préséance à la cour, de ses privilèges comme premier pair de France, du droit qu'il avait de poser de sa main la couronne sur la tète du roi et d'être le premier à lui rendre hommage et à lui promettre obéissance. Il était loin de considérer lui-même sa position comme étrange. Le but naturel de l'ambition souveraine lui semblait être de conquérir une province après une autre et d'accumuler puissance et richesse. Mais faire, après cela, ce pas décisif qui devait le conduire à la souveraineté indépendante, chercher et trouver un lien d'union plus solide que les hasards ou les accidents qui lui avaient fait acquérir successivement ses domaines, changer le système existant et en établir un nouveau à la place , ce n'était pas à cela que pouvait viser une ambition comme la sienne.

Et pourtant, dans un tel projet, il y avait tout ce qu'il fallait pour flatter l'ambition de tout autre prince qui aurait occupé la place de Philippe et qui aurait possédé les mêmes ressources. Renverser des institutions surannées, substituer ordre politique au chaos politique, c'est la vraie tâche d'un homme d'État habile et ambitieux. Arrondir les limites de son empire, et en assurer l'intégrité, ce doit être le premier et le plus ferme désir d'un prince belliqueux. Si le droit d*appel au parlement de Paris avait été supprimé, la Flandre n'aurait plus appartenu à la France que de nom. Si les provinces interjacentes avaient été annexées, la Bourgogne et les Pays-Bas auraient été unis. Si le souverain avait été investi de la dignité royale , il aurait pu compter que la consolidation de ses domaines en serait devenue la conséquence néces-

saire. II y avait eu un ancien royaume de Bourgogne, s*éteadant des Vosges jusqu'à la Méditerranée : pourquoi n'y aurait-il pas eu un royaume de Bourgogne moderne, s'étendant des Alpes jusqu^à Tocéan Germanique?

Ce projet ne devait pas tarder longtemps à être conçu et l'exécution ne tarda pas non plus à en être tentée. C'était une idée bien faite pour sourire à un prince hardi de caractère, persévérant de volonté, belliqueux de tempérament, porté vers les grandes tentatives non seulement par l'amour de la renommée, mais encore par les énergiques instincts de sa nature. Tel n'était pas le caractère de Philippe; c'est pourquoi cette idée ne put ni le tenter, ni s'emparer de lui. Mais ce devait être le rêve , le rêve splendide , vain et fatal , du successeur de Philippe.

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