A. Chéruel, Jlist. de Rouen, II
4. Leduc était au Vaudreuil au moins dès le i3 février. Réunit-il réellement les Etats de la Province ? On l'a cru généralement, mais il peut subsister quelque doute sur ce point. Voy. L. Delisle, f/ist. de Saint-Saaveurle-Vicomle, p. 7g. — ^ Coville, Les Etats de .\ormandie, p. 78-7g. Il est possible que le dauphin ail reçu seulement les grands barons normands, venus pour lui présenter leurs remontrances.
L ASSrMni.KR DU VAl DRF.rtr. iSf)
à Paris le i" mars iSôlj ', les iiu*nics Etats y substituèrent un impôt sur le revenu -, la forme d'imposition la plus vexatoire. rpii dut être encore plus mal accueilli. Au début de Tannée i3.jG. l'exécution de l'or donnance du 38 décembre i355, qui avait donné force de loi aux premières décisions des Etats généraux, rencontrait de grandes difficultés dans presque tout le royaume ^. En \ormandie, le mécontentement se traduisit par l'abstention d'un grand nombre de députes, qui ne répondirent pas à la convocation (jui leur avait été adressée pour le 1" mars *.
Cette abstention avait dû être concertée, deux semaines auparavant, dans l'assemblée du VaudreuiJ, où les représentants de la noblesse jouèrent le principal rôle, si même ils n'y furent pas seuls appelés. Les barons normands n'étaient cependant pas allés jusqu'à la n'volte ouveite : ils s'étaient résignés à obéir, mais après des débats très vil's, où les opposants avaient passé toute mesure. Le roi de Navarre avait bien consenti à ce que les aides fussent levées sur ses terres ^, mais il est facile d'imaginer avec ([uelles réserves, quelles récriminations et peut-être quelles menaces il s'était soumis. Le comte Jean dllarcourt, le neveu de (Jodefroy, s'était emporté jusqu'à tenir les propos les plus violents et les plus imprudents. « Par le sang Dieu ! ce roi est un mauvais bomme et n'est pas bon roi, et vraiment je me garderai de lui » t^. Tout ce qui avait été fait et dit au Vaudreuil fut rapporté à Jean II. sans doute avec les exagérations babituelles aux serviteurs trop zélés. Il en fut très irrité et déclara « quil ne vc^ulait nul maître
I. Lettres do convocation du Roi : Paris, iS janvier i356 (Bibl. nat., Vr. 2C001, n° 5^2).
■2. Gr. Chr.. VI, 22-25. C'est ce qu'on appela le « subside du pris et du vaillant des gens, oclroyé au dit nostre sire ou moys de mars mil CCCLV (v. s.) derr. passé » (Bibl. nat. P. O., 108, d. 226^, Artois, 16 juillet i356). Le premier impôt établi par les Etats généraux est ordinairement, dans les quittances de l'année i356, désigné par les mots « imposicions et gabelles ordonnées pour les guerres ».
3. Le 5 mars i350, éclatait à Arras une véritable insurrection, durement châtiée par le maréchal d'Audrehem {Grandes Chron., VI, 20, 281.
4. Gr. Chron., VI, 22 : « ... les nobles et pluseurs autres villes de Normandie ». De «grosses villes de Picardie » s'étaient abstenues de même.
5. Gr. Chron., VI, 27. — Cf. Bibl. nat., Fr. 2O001, n° 52(3 (8 mars i356).
6. Interrogatoire de Friquet de Fricamps (Secousse, Recueil, p. 5-j). « Quant est des conspiracions et mauvaistez parlées en Normandie contre le Roydarrenierement etc. dist qu'il n'en scet riens, mais bien avoit oy dire plusieurs foix au conte de Harecourt ces paroles : Par le sanc Dieu, le sanc Dieu, cest Roys est un mauvais homme, et n'est pas bon Roys, et vraiemeril je ijie garderay de lui. «
l/jO CHARLES DUC I)K NOin[AM)IE
en France fors Ini » *. Peu de temps après, son courroux éclatait, terrible, flans une scène tragique, qui se ternriina par l'emprisonnement du roi de Navarre el l'exécution de quatre seigneurs normands. L'événement n'ayant pas clé expliqué jusqu'ici d'inie façon très plausible, car l'explication, tirée du caractère brûlai et emporté de Jean H, ne paraît pas suffisante, il est nécessaire de recbercher quel en a été le motif déterminant.
111. - A coup sur, les griefs du roi de France contre son gendre étaient assez nombreux, assez légitimes, pour qu'une imprudence, une injure nouvelle, ou l'apparence d'une trahison, fissent oublier soudain les promesses des lettres de rémission. On remarquera que les familiers du roi de Navarre, victimes de la vengeance de Jean 11, furent précisément de ceux dont les noms apparaissent déjà à l'occasion du meurtre du connétable et du projet de fuite du dauphin-. L'opposi tion des barons normands à la perception des aides étaitaussi dénature à exaspérer le roi de France ; on a vu en quels termes il aurait exprimé son mécontentement. Or, personne n'avait prèclié ou encouragé la résistance, l'un d'une façon plus cauteleuse, l'autre, avec plus de hardiesse, que Charles le Mauvais et le comte Jean d'Iiarcourt, c'esl-àdire les deux hommes contre lesquels la colère royale se déchaînera le plus brutalement. Ces causes, anciennes ou récentes, ont inllué sur la conduite de Jean II ; mais, pour précipiter la catastrophe, il