‹ Histoire de Charles VChapitre 109 sur 381 · LA JOUUNÉE DL 5 V\ RIL · texte numérisé non relu

LA JOUUNÉE DL 5 V\ RIL

Savait-il déjà ce qui devait si fort réinouvoir? Assurément, si les révélations de Jean d'Artois ont eu l'ellet que leur attribue un chroniqueur 1. Quoiqu'il en soit, ce n'est qu'à partir de Mainneville, en plein ^ e\in normand, qu'il précipite sa marche. Mainneville — ancienne terre du daupiiin llundjort II. (pi'il avait vendue à l'évèque de Beauvais. Jean de Marij^iny. mort arch('vè(|ue de Uouen en i35i -. — était situé presque à la lisière de la forèl de Lyons. Jean II y passa la nuit du A ftu 5 avril '. Le niardi malin, 5 avril, il en repartit en grande hâte, avant le jour, accompagné d'environ cent hommes d'armes, parmi lesquels étaient le comte d'Anjou, son fils, le duc d'Orléans, son frère, Jean et (liiarles d'Artois, ses cousins geiniaitis. Jean de Melun, comte de 'l'ancarxille, et le maréchal d'Audrchem '•. La

ranibault. CLWI, rioSg.IlAucoi ut ; Arch. nal., .JJ . S'i, l'ol.^G'i v», n" fjo'i). an (lliàU-au- Gaillard, où il était le i8 avril (JJ. S!,, fol. 280»-, n° ôS;), à \ i-rnoii (JJ. 8',, tV.l. 288, n" 553) et à Poissy(Hibl. nat., Fr. 25700, n° 110). Un crochet sur (îonrnay. au retour, serait tout à fait inexplicable. D'autre part, c'est bien cette année là, et non l'année précédente, qu'il y est venu — eu i355. Pâques tombait le 5 a\ril et le î4 avril seulement en i35G — , car il y est venu en carême (« ob revorenciam Dei et prcsentis quadragesinie moti »), disent les lettres de orrâce données à Gournay. Par conséquent, avril i355 (JJ. 8'i, fol. 3oi, n° 588) doit bien s'entendre : avril I3ô5 v. s. et ne peut convenir qu'à la période comprise entre le 1" et le 23 avril i35tj et non à celle qui s'étend du 5 au 3o avril i355. !, Voy. ci-dessus p. i/i3, n. i.

2. Valbonnais, Bist. de Dauphiné, II, .'426-^^28. Humbert II possédait encore, dans cette même région du A exin normand, deux autres terres, celles d'Ecouis et de Longchamp, qu'il vendit également à Jean de Marigny. le frère du célèbre Enguerrand.

3. Grandes Chron., VI, p. 26 (Texte du man. fr. 281 3) : « Le mardy quint jour d'avril ensuyvant qui fu le mardi après la my-karesme, le roy de France se parti à matin, avant le jour, de Menneville, toutarmé, acompaignié de environ C hommes d'armes, etc. »

Quelle est cette localité de « Menneville », car il en est plusieurs en Normandie qui portent ce nom ou un nom fort approchant ? On ne pourrait guère hésiter qu'entre Mainneville (Eure, arr' des Andelys, c°° de Gisors) et Mauneville (Seine- Inférieure, arr' de Rouen, c"° de Grand-Couronne, c°' de Saint-Pierre de Manneville), à trois lieues de Rouen (la terre de Saint-Pierre de ManncAille avait été acheléeavant i3!tS, par le duc Jean pour son chambellan Robert de Lorris. Voy. P. O., 1755, d. ^oGi i, LoRKis). Mais Saint-Pierre de M. est en aval de Rouen. Comment supposer que le Roi, en arrivant de Beaupré, a dépassé la capitale du duché — pour y revenir — sans que sa présence ail été signalée .^ Cette raison est suffisante; mais la C/iron/^ue normande de P. Cochon apporte un autre argument, on peut dire décisif, en faveur

Ide Mainneville : ... « le roi soudainement s'en vint de Gisors (c'est-à-dire du côté du Vexin;, par clieminz estrangez, que nul ne pevist aperchevoir sa venue, et s'en vint par M-de-Quien, jouxte les fossés de la ville par dehors, etc. » (p. 83). l\. Gr. Chr., \], 2G : « ... accompaignié de environ C hommes d'armes, entre les quelz estoit le conte d'Anjou ^on filz, le duc d'Orliens son frère, Monseigneur

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clievaucliée se poursui\it toule la matinée et même au delà *; c'est seulement dans l'après-midi que le Roi arriva sous les murs de Rouen -. Au lieu de se présenter à l'une des portes de la ville, il en contourna l'enceinte et entra directement dans le château, par une poterne de la u grosse tour », qui s'ouvrait sur la campagne ■'. Il monte les degrés de la grande salle oii étaient réunis les invités du dauphin, et paraît tout à coup à leurs yeux, menaçant, le casque en tête '*, précédé du maréchal d'Audrehcm, qui, l'épée nue, criait : c Que nul ne bouge ou il est mort ! » •''

Jehan d'Artois conte d'En, Monseigneur Cliarles son frère, cousins germains du dit roy, le conte de Tarquan\il[c, Monseigneur Arnoul d'OJenehan, marcsclial de France, et pluseurs autres jusques au nombre dessus dit. »

1. La distance à francliir était de 5o à Oo kilomètres au plus; on n'en peut dire davantage, le chemin suivi par le Roi ne i30uvant être déterminé avec certitude. Il fallut sans doute traverser une partie de la forêt de Lyons, mais c'était là plutôt une cause d'avance que de retard, la forêt devant être percée de routes passables, pour les nécessités de la chasse et celles de l'exploitation.

2. Vers une heure ou deux heures du soir? On aurait été ainsi à peu près au milieu du repas donné par le duc de Normandie, qui en raison du carême, n'avait pas commencé avant midi, quoique le « dîner » eut lieu plus tôt pendant le reste de l'année (Gustav Bilfinger, Die inUlelalterlichen Horen imd die inoderneii Stunden. Stuttgart, 1892, in-S'*, p. go-ioS. Essensceit iin Millelalter). — U sera noté plus loin que le roi Jean, à jeun depuis la veille, ne voulut prendre quelque nourriture qu'après s'être assuré que tous les coupables avaient été arrêtés. 11 est certain aussi que les exécutions capitales eurent lieu le jour même. Jean 11 n'a donc pas dû arriver à Rouen à une heure avancée de la journée.

3. Gr. Chroii., VI, 2O : « Et vint droit au cliastcl de Rouen par l'uis de derrières, sanz entrer en la ville, »

Contin. Chronici G. de Namj iaco , U , 280 :« ... ecce subito rex Franciaî Johannes, qui non multum longe a civitate comederat {détail inexact), inopinate et subito armatus cum mullis per parvam portain castri, quse ad cainpos tendit, super dictos convivantes, eis non cogitantibus, subintravit. »

P. Cochon, p. 83 : « ... et s'en vint, par Ni-de-quien, jouxte les fossés de la ville par dehors, et en plain dyner entra ou chastel par la grosse tour. »

.\i-de-quien, aujourd'hui .\id-de-chien, lieu dit sur l'ancienne route de Paris à Rouen (par les rues du Mont Gargan et de Sainte-Marguerite, le plateau de Bonsecours, en longeant l'extrémité du bois Bagnère) Voy. Ch Richard, Reclierches histor. sur Rouen, p. 81-82.

Le vieux château de Rouen, démolien lâgo et dont il ne reste que la grosse tour, était situé au Nord Ouest de la ville, près de la porte et du faubourg de Bouvreuil. Le Roi arriva du côté opposé, à l'est, à la hauteur de la porte de Martainville. Par conséquent, pour accéder au château, sans traverser la ville, il dut longer l'enceinte fortifiée sur presque tout le front Est et sur tout le front Nord.

4. Villani, VI, xxiv ; Muralori,*XlV, 3()8-3G9 : « ... il Re di Francia armato colla barbuta in testa, c co' suol cavalier! fu in su la sala .. »

j. Froissart, IV, 177 : « ... et monta les degrés de la sale, et messires Ernoulz

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Il e.';f facile de se figurer lenVoi des convives, du duo-de Normandie en particulier, car. si on l'a parfois accusé d'une trahison assez peu vraisemblable, on n'en a pas administré la preuve, et, si les faits ont été jusqu'ici exactement rapportés, aucun soupçon ne peut peser sur lui. Villani dit, il est vrai, que le roi Jean avait dépêché un cavalier pour prévenir son fils de ne s'émouvoir de rien, quoi qu'il advînt, mais le chroniqueur italien ajoute qu'à peine le messager avait-il eu le temps de s'acquitter de sa mission que le Roi sur\int '. Ceci suffirait à disculper le dauphin, à faire écarter toute idée de complicité de sa part même s'il ('-lail démontré que la version de N iliani est la plus digne de foi. Pierre Cochon est beaucoup plus affirmatif. Pour lui, la culpabilité du dauphin n'est pas douteuse; il a trahi ses hôtes et les a livrés à la vengeance de son père -. Une accusation aussi grave aurait besoin d'être prouNée, d'être justifiée par des témoignages contemporains. En réalité, bien qu'elle soit formulée sans la moindre restriction, elle ne repose sur rien de positif. Le duc de Normandie n'était pas de connivence avec le roi de France, pas plus que Jean Mustel, le maire de Rouen, qui, d'après P. Cochon, aurait été, lui aussi, dans le secret et n'aurait pas joué un rôle moins odieux 3.

Jean H marche à la table d'honneur, et. sans prendre garde aux

dWiidrehen devant lui, r|iii trai^t une cspée cl dii-l : « Niilz ne se niucve pour cose qu'il voie, se il ne voellesire mors de telle cspéc! »

La Aersiori du P. Cochon est assez différente et peut être plus vrais^cmblable. Le Roi entre au château par la grosse tour « à grant quantité de gens d'armes, et lui aussi très fort armé ; et i de ses sergens d'armes, le plus notable, monte tout devant amont les degrez de la grant salle oi!i les seigneurs dygnoient et faisoient bonne cherc. Ledit sergent du ploumel de sa mâche frapa si grant coup contre le mantel de la porte de la dicte salle qu'i Tist tout retentir, et criaen hautquanque il put : « Oés ! w Oés! De par le roy, que nul ne soit si hardi qui de la place se meuve sur paine de « la hart. » (p. 83).

I. \ iliani, loc. cil. ; « ... e giunto (il He) sanza arresto alla città, mandô un ca>alicre innanzi a se, il quale dicesse in segrelo al Dalfino suo (igiiuolo, che di cosa ch" awenissc non prendesse turbazione ne paura... E cssendo giunto innanzi il cavalière, e appena compiulo di faveliare al Dalfino, il Re di Francia... fu in sîi la sala... »

2 Chron. norm. de P. Cochon, p. 83. Jean II aurait dit à son fils de réunir à sa table le plus grand nombre possible de gentilshommes normands. » ... et, quant il seront tous assis et servis, si les tenés de paroUes à table pour attendre ma venue. » Ainsi fu fait comme le Roy Jehan commanda. »

3. Ihid., p. 83. Jean Musiel, qui assistait au repas, aurait, avant toutes choses, fait fermer les portes de la ville, de par le Roi, et défendre que personne ne sortit de chez soi.

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