‹ Histoire de Charles VChapitre 117 sur 381 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La guerre des Navarrais.

I. Impression causée en Normandie par la « justice » de Jeaa II. Le roi de France confirme toutes les lettres de rémission données antérieurement. Explication oflicielle de l'événement de Rouen. Edouard III se détend de toute connivence avec les Navarrais. — II. Prise daruies des partisans de Charles le Mauvais. Captivité du roi de Navarre: leCtiàtelet de Paris; le cliàteau d'Arleux. Pliili|)pe de Navarre délie le Roi île France. L'alliance anglo-navarraise : convention de Clarendon (^ septeml)re i356). — III. Jean II prend rollVnsive investissement du Pont-.\udemer, dEvreux etdeBreleuil. Le daupliin dirige le siège d'Evreux ; prise de la place; Arnaut de Cervole en est lait capitaine. — IV. Le daupliin aux Etats de Normandie ; octroi d'un subside. — V. Lachevauchée du duc de Lancastre en Normandie. Itinéraire de l'armée anglo-navarraise. Les Français lèvent les sièges du Pont-Audemer et de Breleuil. Prise de Verneuil par le duc de Lancastre. Retraite des Anglais à l'approche de l'armée française commandée par Jean II ; le duc de Lancastre évite toute rencontre et rentre dans le Cotentin. — VI. Siège de Breteuil par les Français. Le comte de Douglas et Henri de Trastamare. Reddition de la place, achetée ou facilitée par Jean 11. Le prince de Galles dans le Berry. Concentration de l'armée française à Chartres: l'arrière-ban : l'infanterie des communes.

I. — La réprobation, excitée par l'arrestation du roi de Navarre et les exécutions qui l'avaient suivie, fut particulièrement vive en Normandie. Nulle part l'opinion ne se prononça avec plus de force en faveiu- des victimes ; nulle part la conduite de Jean II ne causa un émoi aussi profond, ni aussi justifié. Le nombre était grand de ceux qui avaient su concilier les obligations d'un double hommage et servi avec une égale fidélité la maison de France et la maison d'Evreux. Plusieurs d'entre eux, compromis par leur participation à des événements récents, avaient obtenu des lettres de rémission et croyaient à un pardon définitif. Qu'adviendrait-il, si le Roi, qui leur avait fait grâce, violait les engagements pris envers eux, comme, en apparence toutau moins, il avait manqué de foi à l'égard de son gendre ?

l6o I.A GUERHE DES NAVARRAIS

Ces inquiétudes se traduisirent par des défections, renforçant le parti des NaA'arrais, que la captivité de son chef n'avait ni abattu, ni désorganisé. 11 importait d'enrayer un mouvement, d'où pouvaient surgir, avec l'éventualité toujours menaçante d'une intervention étrangère, de redoutables complications. Peu de temps après son retour à Paris, le 5 mai, Jean 11, écrivant à son fils, s'attachait à rassurer ceux qu'avait alarmés à bon droit sa façon d'entendre et d'exercer la justice. Toutes les lettres de rémission obtenues antérieurement étaient confirmées, et le duc de Normandie autorisé à en délivrer de nouvelles, si une confirmation générale ne suffisait pas à calmer les appréhensions *.

Quelques semaines plus tard, le roi de France se décidait à fournir des explications officielles sur la quadruple exécution du mois précédent. Le iS mai, le vicomte de Rouen 2 transmettait aux baillis de

I. Arch. nat., JJ. 85, fol. i, n" i. Paris 5 mai iSSO. Lettres insérées dans un vidimus du duc de Normandie : Pacy-sur-Eure, mai i35G.

« Jehan etc. A nostre très chier aisné filz Charles, duc de Normandie, dauphin de \ iennois, salut et dilection. 11 est venu à nostre cognoissanceque aucuns fausement et malicieusement, pour mettre en double et per\erlir de bonne obéissance envers nous plusieurs de noz fcaulz et loyaulz subc^ez du pais de Normandie, ont publié, dit et fait dire publiquement en plusieurs liex et à plusieurs personnes dudit pais de Normandie que nous avons ordené que touz cenlz qui onsques furent au roy de Navarre, nostre filz, non obstant pardons que ilz aient euz de nous soient pris et mis à mort ; pour lesquelles fausses paroles plusieurs chevaliers et autres s'en sont jà mises forteresses dudit roy de Navarre, aussi comme s'il se vouloient mectre en désobéissance. Pourquoy nous qui ne voulons noz bons et loyaulz subgez.especialment ceus qui ont servi nostre dit filz, par telles mauvaises paroles et faussement controuvées eslre deceuz ne chouair en mauves errour et qui voulons la vérité estre sceue et publiée à touz, vous mandons que vous faciez publier et signefier publiquement es liex et es personnes que vous verrez que sera à faire tout le contraire de ce que a esté ainssi controuvé et publié comme dessus est dit, car ce ne fut onsques nostre enlencion que les gens qui ont servi nostre dit filz et voudront venir et estre en nostre bonne obéissance soient molestez en corps ne en biens, par nous ne par autres; ainsoisesl nostre enlencion et volenté de tenir entièrement les pardons que nous leur avons faiz sans venir encontre et toutevoies, combien que mestier n'aient de novel pardon, nous qui les voulons mectre hors de toute double, vous mandons, commectons et donnons plain povoir et auctorité par ces présentes que à touz ceuz que vous verrez que bon sera, qu'il voudront venir à bonne obéissance envers nous, vous quictez, remectcz et pardonnez, puissiez quitlier et pardonner plainement et liberalment touz crimes, meffaiz qu'il pourroient avoir encoru envers nous, combien que il feussent grans... et leur en donnez voz lettres en soie et en cire vert, lesquelles nous confermerons après par les nostres etc ».

On a la preuve, parle compte du bailli deGisors(24 avril-29 septembre i35G),que le mandement du Koi, du 5 mai, et celui du dauphin, où il se trouvait « incorporé», furent publiés en Normandie. (Bibl. nat.. Fr. 2(1001, n" 05G).

■2. Thomas Coupeverge.

CONSÉQUENCES DE I.'ÉVÉNEMENT DE ROUEN ,6i

Caen, de Cotentin, deCaux et de Gisors des lettres de Jean II, ., faisant mention des causes pour lesquelles il avait fait justicier le comte d Ilarcourt, le sire de Graville, Mauhncde Mainemares et Colin Doublel .> « L'acte royal, dont le texte, ni n.ème la date exacte ne sont connus, devait être publir dans toute l'étendue des bailliages.

Le système de défense imaginé par Jean 11^ ou par son conseil Hait-.l faible par quelque endroit ? Les raisons alléguées n'étaientelles pas toutes très concluantes, ou certaines révélations ne pouvaientelles être faites sans danger ? Ce qui rend ces hvpothèses tout à fait vraisemblables, c'est que les lettres royales venaient à peine d'être expédiées à leurs destinataires quand l'ordre fui donné de surse.^ir à leur publication. Avant d'y procéder, on voulait avoir l'avis du premier président Simon de Bucy, l'un des conseillers les plus écoutés du roi de France et l'un des pins odic-nx à la faction navarraise. Bucv avant repondu que la publication devait se faire, elle eut lieu conformément aux premières instructions '^.

On ne sait rien de plus au sujet de ces lettres, sinon qu'elles étaient sans doute une réponse aux accusations d'Edouard 111, qui le ,/, mai avait écrit au Pape, à l'Empereur el autres princes chrétiens, pour se défendre de toute connivence avec les partisans de Charles de Navarre^ en même tempsqu'il qualifiait sévèrement la conduite de Jean II lisiblement, il avait été ému des propos tenus par le roi de France, ou dans

.. Bibl. nat Fr. 2C00,, „» 5/i, (Compte du vicomte de Rouen; : « A Jehan Varier, pour porter le xv.„« jour dndit mois ,de mai, lettres closes et ouvertes du Rov nostre s,re au ba.lli de Caen et à celui de Costentin faisans mencion des au'e' pour quo. d avou fait justicier le conte de Harecourt, le sire de Grarville, M a u "3^ de M,nema.res (s.j et Colin Doublel, et que l'en les feist publier, pour ce . ivï s. » Même message aux baillis de Gisors et de Caux J. Bibl. nat Fr. 2600,, n» 5ii : . A Jehan Malenventre eudit mois (juin). pour porter

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avo.t m nde quejucques à tant que il eust parlé à messire Svmon de Bucv lequel

1 devoa envoier à Evreux, il ne feist publier les choses dessus dites, et qu; 1 en escnp t aus autres baillis, et lesquelles lettres contenoient que il, ne le dU bai H de Costentm, ne fe.ssent publier les choses dessus dites, jucques à tant qu'il aient ulre mandement du roy ou lettres closes dudit bailli de Roen

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