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son entourage, et qui n'avaient pas lardé à se propager hors du royaume ; mais, plus tiabile que son rival, il prenait l'offensive, l'obligeant à préciser ses griefs dans un acte public et à en faire apparaître ainsi, aux yeux de tous, l'inanité.
Le roi d'Angleterre ne sort pas beaucoup des généralités; aux insinuations de son adversaire, sous quelque forme qu'elles se fussent produites, il se borne à opposer des protestations indignées. 11 rappelle brièvement le manque de foi imputable au roi de France et les faits, connus de tous, que, pour l'honneur de la chevalerie, il préférerait passer sous silence '. Jean 11 prétend, il est vrai, qu'il a entre les mains des lettres du roi de Navarre et des seigneurs uormands, établissant la réalité d'un complot, ourdi pour livrer le duché de Normandie aux Anglais. Mais ces allégations sont aussi fausses qu'injurieuses. Jamais aucune entente n'a existé entre le roi d'Angleterre et la noblesse normande -.
II. — L'alliance anglo-navarraise n'était peut-être pas antérievu-e au 5 avril i356, mais elle allait se faire au lendemain du jour où Jean II se flattait de l'avoir rompue par la terreur. Il n'était plus en son pouvoir de conjurer, ni par des promesses de pardon, ni par de tardifs essais de justitlcation, la guerre qu'il avait déchaînée. A la brutale et maladroite provocation du roi de France, les partisans du roi de Navarre avaient répondu par une prise d'armes générale. La situation était, en effet, des plus menaçantes pour Charles le Mauvais, comme pour tous ceux qui avaient lié leur fortune à la sienne. On avait pu craindre, pendant quelques jours, que le Navarrais ne payât de la vie une longue impunité. Si Jean II s'était une fois encore laissé fléchir
1. « Necnon qualiter dictum Regem (Navarre), ac comitem de Harcourt et nobiles alios, quibns feccrat remissioneni hujusrnodi, pridem capi et tractari fecerat, satis in publicam credinius notiliam tleveiiisse, super quo relleinus polius, propter status milUarls decentiain lacère quam loqui. »
2. (( Set quia pru-falus Johannes justificare et colorare satagens [actum suum, proelcndit, utdicitiir, se habere quasdam litcras prœdicti régis et nobilium, per qiias conspiraveranl proditorie contra enm,et nobis ducatum Xornianniie liberare, et ulterius promiscrant opem ferre... Nos., ne falsitas veritati praevaleat, et fictio circumveniat mentes bonas, in verbo regia^ veritatis dicimus et contestamur lîdeliter coram Dec, quod dicli Rex et nobiles, nusquam nobisciim conspiraverant, nec opem nobis promiserant, nec nobis valentes (s/c ; volenles.^) fiierant nec faventes ; set ipsos nostros fortes repulavimus inimicos. »
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par les prières de son entourage, du n)oins semblait-il résolu à tenir son gendre dans une prison perpétuelle et à s'emparer des domaines héréditaires do la maison d'Evreux, situés en France*.
Toutes les conséijucnces de la « justice » royale avaient été déduites rigoureusement. Dès le milieu d'avril, deux conseillers et maîtres des comptes du duc de Normandie dressaient l'inventaire des biens meubles et des héritages, échus à leur maître, par suite de l'exécution du comte d'Harcourl et de ses compagnons, qui entraînait de plein droit la confiscation 2. La comtesse d'Alençon et ses enfants 3, Adam de Melun, chambellan du dauphin '•, Guillaume Martel, l'un de ses familiers ■%
1. Froissarl, Cliron., IX, i8j. Il y a plus que de rex.ajTcration dans ce que Froissart dit un pou plus loin des tortiiros morales infligées au roi de Navarre par ses geôliers; ils Tauraiciil n'\cill(': l;i nuit pour lui rappeler qu'il était vcniéau dernier supplice.
2. Bibl. liât., P. 0., !i')^. d. ii.io'i, HiiAniE, n" ii (Rouen, i5 avril i35G). c< Sachent suit que nous Ifernart Fermant et Emaury JJraquc, conseillers et maistrcs des comptes de monseigneur le duc, avons eu cl rcceu de Thomas Coupcverge, viconle de Rouain, la somme de cinquante cscu/ du coing du Roy Philippe, sur noz despenz faiz et à fere pour venir de Paris à Rouain et illeuc demeurer et pour noslre retour, par le commandement don dit monseigneur, pour entendre aus biens meubles et héritages, eschcuz et advcnuz au dit monseigneur, par la confiscation du conte de Harcourt ct'des autres a\ec luy exécutez, et pour ordener d'iceulx et des terres au profit du dit seigneur... Donné à Rouain sous nos seaul\ le xv° jour d'avril CC(]LV avant l'asques ».
Le surlendemain de l'exécution (7 avril), le Roi avait fait « prendre la saisine »du château d'IIarcourt, avec un grand déploiement de forces (le bailli de Rouen, le pro cureur du Roi, le vicomte de l'eau de Rouen, « cinquante hommez d'armes de la ville de Rouen dont il y avoit xxv arbalestiers tous à cheval », les sergents de 2 scrgcnleries et 10 ccuyers des mêmes sergenterics, le vicomte du Pont-Aullii>u avec son escorte, etc.) Voy. Bibl. nal.,Fr. aOooi, n° /|(J7 : « Parties de la despense faite par les gens d'armes et de pié, qui le jeudi vu" jour d'avril CCCLV furent au chastel de Harecourt prendre la saisine d'icelui ou nom du Roy noslre sire, elc. »
3. Arcli. nat , JJ. 84, fol. 3o5-3o6, n° 697 (5 juin i35(J). Don à la comtesse d'Alençon, tante du roi Jean, et à ses enfants, des terres et fiefs, relevant du comté d'Alençon, confisqués pour la forfaiture de Jean Malet, sire de Graville.
!i, Bibl. nat , Fr. 25701, n° 8i| (18 août i35C). Mandement du duc de Normandie au vicomte de Rouen : « Comme noslre dit seigneur et pore, par ses lettres, desquelles il nous est apparu, ait donné à noslre amé et féal chevalier et chambellan mess. .\dam de Meleun, tous les biens meubles et héritages qui furent de feu Maubue de Mainemares, chevalier, ou temps que il \ivoit, nagairez justiciez pour ses démérites... »
5. Bibl nat., Fr. 25701, n° 79 (1-2 juin i356). Mandement du duc de Normandie au vicomte de Rouen. « Nous te mandons et commandons que à noslre amé et féal Guillaume Martel, chevalier, lu bailles et délivres, ces lettres veues, un mantel de drap fourré de gris, un chaperon de drap ouvre à lettres de gros perles, une ceinture
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s'enrichirent des dépouilles des victimes, mais c'est Jean II, et nonson fils, qui paraît avoir procédé au partage*.
Le roi de France et le duc de Normandie étaient partis de Rouen vers le 17 avril-, emmenant avec eux Charles de Navarre, sur le sort duquel il n'avait pas encore été statué définitivement. Le retour se fit par eau, en remontant le cours de la Seine 3. Au début de la semaine sainte, — Pâques tombait le 24 avril, — Jean H et ses prisonniers arrivèrent à Paris. Le roi de Navarre fut enfermé d'abord au Louvre, puis au Châtelet*, où il subit un interrogatoire qui n'est pas venu jusqu'à nous». Jean de Fricamps, détenu également depuis le 5 avril, futsou-
barréc d'argent et seiirorce, lesquelles choses furent au feu sir de Graarville, et estoienl en garde en l'ostel François Torel pour certaine somme d'argent en quoy le dit sires de Graarville esloit tenuz audit François, si comme l'en dit... »
1. Ceci paraît ressortir do quelques-uns au moins des textes précédemment cités et du don fait par Jean H à son fils des biens confisqués de Colin Doublel : « ... comme nostre dit seigneur et père, après la mort de Colin Doublel, eusl pris et aiipliquié par devers soi et en son demainne tous les biens et héritages quelcunques que le dit Colin avoit et possidoit ou royaume de France au jour de sa mort, les quels biens nostre dit seigneur et père nous donna, delessa et transporta... » Le dauphin les restitua peu de temps après à Jean Doublel, prêtre, frère de Colin. (Arch. nat., JJ. 89, fol. i3g~°, n" 33o. Paris, déc. iSôy).
2. Froissarl, IV, 182 : « Si se départi li dis rois de Roem, et II dus de Normendic avoecques lui, et s'en retournèrent à Paris. » On pourrait trouver l'autorité de Froissart insuffisante et se demander si le tluc de Normandie ne resta pas en réalité à Rouen, tandis que son père rentrait à Paris Cependant ce que l'on sait de l'itinéraire de Charles, pendant les mois de mai et de juin, prouve qu'il est revenu de Paris à Rouen, après une absence d'une certaine durée. (Mai, 5, Château-Gaillard; 10-2/1, Pacy. Juin, (j. Pont de l'Arche; 10, Rouen.)
3. J'ai déjà indiqué les étapes du retour : le Pont-de-1'Archc, le Château-Gaillard, etc. (Voy. Ch. iv). La Chron. des quatre premiers Valois donne sur ce voyage un détail intéressant : « Et là (au Pont de l'Arche) vint à lui le prevosl des marchans de Paris à cinc[ cens hommes d'armes ».
!t. Gr. Chron., VI, 27.
Robert du Celier avait été commis par Jean 11 « à faire la despenseet administracion des vivres convenables pour Mons. le roy de Navarre, prisonnier en ce temps au Chastelet de Paris ». Hibl. nat., P. O. 632, d. 1/1891, Du Célier, n" 2. Quitt. du i3 mai i35G). Voy. un mandement du roi de France à ses trésoriers à Paiis, leur ordonnant de faire les versements requis à son « amé Rohertdu Celier », «pour faire la despense des choses neccessaircs et convenables pour le vivre de nostre filz le Roy de ^avarre, que nous faisons tenir prisonnier pour certaine cause en nostre Chasteilet de Paris, et aussi pour les guiiz que imus y axons commis et députez à la garde de lui et autrement ». (Hibl. nat., Clairambault, CCXIII, n° 5i. — 4 mai i35G).
5. Arch. nat., J, GiS (b° layette de Navarre), n» t). Déclaration faite en i385 par le notaire Yves Derian : a Du fait du roy do Naxarrc j'ay trouvé la confession de niessire Friquet, laquelle il Ost avant ce qu'il feust geyné, mais de puis il en parla plus
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mis à la même épreuve et, plus ou uioins sponlanémenl ', fit des dcposilictns tirs inléressanles, on pailie conser\ées - et déjà citées dans les précédents cliapitrcs. Une évasion heureuse lui rendit bientôt la liberté •^. Le roi de Navarre, mieux gardé, ne quitta le Chàtelet que pour être transféré au château de Crèvecœur dans le Cambrésis, et de là dans celui d'Arleux (( en Palluel » '*.
Le premier moment de surprise passé, les chefs du parti navarrais, Philippe de Navarre, le frère de Charles le Mauvais, et Godefroy d'Harcourt, agirent avec beaucoup de décision. Ce n'est pas que Philippe de
largement, mais sa dcrronierc confession, (ivecques celle du ruy de .\avarre, le roy Charles tiuc Dicx pcrdoint ! fist quérir et prendre en mon hostel, nioy estant en Angleterre avecques le roy Jelian.et envoler à l'enipercur qui mort esl(Cliarlcs IV)... »
1. Voy. la note préccdentc : o ...avant ce qu'il feusl geyné. . . »
2. Arch. nat., J. Ci8 (5' layette do Navarre), n' 9. — Textes publics par Secousse, Itccueil, p. /19-O0.
3. Arch. nat., JJ. t>g, fol. 137-137'°, n° 82^. Lettres de réniissiuii déli\récs à Jean de Fricamps par le dauphin, au mois de mars i358. PuLl. par Secousse, Recueil, p. 7C-77. L'évasion avait eu lieu « par l'aide, conseil et confort de Colin Perrenellc et Jehan Taillefcr ses serviteurs ».
h. Froissart, IV, i83. — Chron. norin., p. no. — Clironog raphia, p. 267. — Arch. nat., JJ. 89, fol. 123, n° 289 (12 dcc. i?57). Lettres du dauphin : « ...comme nostrc très chier seigneur et [)cre cust prins en sa personne en nostre présence, le cinquismc jour d'avril mil CCC cinquante cinq, à Houen, nostrc amé frerc le roy de .Navarre...
ledit nostre frère et aucuns autres fait emprisonner et en diverses prisons
transporter et derrcnieremcntnostre dit frerc fait haillier comme prisonniercn la garde du mareschal d'.Vudenehan, lequel le transporta hors du royaume, premièrement à Crevecuer, darrenicrement à Aïeux, etc. ». — Texte publ. par Scccusse, ftecue//, p. G5.
Ces transfèrements successifs s'ctant opérés sur l'ordre de Jean II, et avec la participation du maréchal d'Audrehem, fait prisonnier à Poitiers, sont donc antérieurs au 19 septembre i350. — Creveconir ; Nord, arr' de Cambray, c°° de Marcoing ; — Arleux-du-Nord (Arleux « en Palluel ») ; Nord, arr' de Douai, ch.-l. de c"". — C'est d'Arleux que le roi de Navarre de\ait s'évader, grâce à de nombreuses complicités, dans la nuit du 8 au 9 novembre 1367. — Arleux et Crèvecœur, châteaux royaux situés en terre d'Empire, « hors du royaume », étaient des acquisitions de Philippe de Valois. Y a-l-il eu un transfèremenl au Château-Gaillard entre l'emprisonnement au Chàtelet et le départ pour Crèvecœur .^ La Chron. des quatre premiers Valois ledit, et l'assertion parait tout d'abord assez surprenante : « Puis ala le roy Jehan à Paris, et le roy de Navarre fut mené en prison à Paris, et puis au chastel de Gaillart jouxte Andeli et puis à Crevecuer » (p. 87). Voy. cependant, dans le même sens, des lettres du dauphin, de février iSôg : c< ...comme ou temps que le Roy de Navarre estoit à Chasleau-Gaillart et dcrr. prison de nostre très chier seigneur et père... nos amcz et feaulx chevaliers, mess. Arnoul de Donehan, mareschal de France et conseiller de Monseigneur et le nostre... et mess. Gautier du Ru, maistre de nostre Hostel, qui lors avoient la garde du dit Roy de Na>arre, de par nostre dit seigneur... » (Arch. nat., JJ. 90, fol. 33'°, n° Cy).