LA GUERRE DES NAVARRAIS
Navarre ait adressé, dès le 17 avril, au roi Jean la lettre de défi, d'une insolence exagérée et inutile, qu'on peut lire dansFroissart *. On connaît le vrai texte de cette lettre "^ ; elle est très différente dans le fond et dans la forme; elle est aussi d'une date postérieure, — du 28 mai seulement 3, — et ce retard s'explique par plusieurs raisons. Philippe de Navarre, — une des figures les plus sympathiques du xiv" siècle et dont la loyauté chevaleresque était proverhiale '*, — essaya de négocier avec son suzerain, avant d'en venir à une rupture ouverte, de réclamer la mise en liberté de son frère avec insistance et fermeté, mais sans user de menaces. 11 écrivit plusieurs fois à Jean 11 avant la date décisive du 28 mai, mais évidemment sur un ton moins provocant et de façon à ne pas rendre>, dès les premiers mots, tout accommodement impossible. La prudence, autant que le devoir féodal, lui faisait une obligation de ne rien précipiter : il y allait peut-être de la vie de son frère, qu'une imprudence de ses partisans eut perdu sans retour. Enfin c'aurait été une folie pour les Navarrais que d'engager seuls la lutte contre le roi de France ; l'appui d'Edouard 111 leurétait indispensable, et il ne pouvait être obtenu sans quelque délai.
Après avoir vainement fait appel à l'équité du Pxoi, Philippe de Navarre éclata enfin, en des termes singulièrement vifs et fiers, quoique avec plus de calme et de mesure que l'amplification de Froissart ne le laisserait supposer ^ :
(( A vous lloi de France, je, Philippe de Navarre, fais savoir que par avant la prise de mon très cher seigneur et frère, j'étais votre bienveillant '"', et prêt et appareillé de vous servir si avant comme je pusse
I. Froisi^arl, IV, 181. « A Jcliaii de \'alois,rjin s'escript rois <lc France, etc. Données à Conces sus Ytoii, le dix septime jour don mois d'avril, l'an de grasce Nostre Signeiir mil trois cens cinquante cinq ». L'itinéraire de Philippe de Navarre n'est pas sullisammenl connu, pour que l'on puisse \éritler si oui ou non il était à Conciles le 17 avril. Cette façon de débuter, même dans une lettre de défi, est plutôt nsolitc et ferait croire que déjà le frère du roi de Navarre avait pris fait et cause pour Edouard III, ce qui n'était pas, ainsi qu'on va le voir.
■j. Arch. du Nord, B. ()53, n° 7829. Copie contemporaine, papier. — Publ. : 1° par le drjcteur Le (ilay, Analecles liislor. ou doc. iiiédils iiour l'Iiisl. des fails, des mœurs et de la lUléralure, recueillis et annotés. Paris, Techencr, i838, in-8°, p. 1/17- i5o ; 2° par Kcrvyn de Leltenhove, Froissart, t. V, p. 52 1-52 3.