‹ Histoire de Charles VChapitre 152 sur 381 · Froissart, V, ii-i · texte numérisé non relu

Froissart, V, ii-i

3. Eulogium, III. 221 : u Et ibi (à Chàtellerault) audivitnova quod rex Francorum hospitatus fuit nocte Sabbati (corr. : Veneris) super eundem fluvium ad quandam villulam quaî vocatur Chavigny... >.

i. Ibid., p. 221-222 : « ... unde princeps fecil proclamare quod omnia summagia, cariagia et portantes viclualia deberent eadem nocte pontem transire ne forte in crastino impediretur exercitus pcr eos pontem transeundo et versus inimicos suos festiuando ; quod et ita factum est ».

5. Ibid., p. 222 : o Princeps vero ultra modum equitabat relinquendo viam quaî ducit de Chavigne ad Poyters sed ultra campos ad inimicos suos festinando nec habendo respectum ad cariagium suum ». — Froissart, V, i5.

15. Ibid. : " Die Sabbati festinavit sumnio mane erga Francos veloci cursu et transivit aquam quee tendit ad Poyters, etc. ».

2o6 LA. BATAILLE DE POITIERS

de Galles aurait clierché à rencontrer l'ennemi ^. Ceci nous paraît étrange, au premier abord, et a lont lair d'une fanfaronnade. Cependant l'assertion est surtout suspecte, parce que les récits de Froissart nous ont habitués à exagérer outre mesure la supériorité numérique des Français. Enfin, il resterait à savoir quelles étaient les vraies intentions du Prince. Ses éclaireurs avaient pu lui rapporter que l'armée de Jean 11 marchait avec peu d'ordre, que les éléments dont elle se composait avaient peineà se rejoindre. Il avait compris qu'il y avait là l'occasion de quelques captures fructueuses, et de fait, ce même jour, samedi, 17 septembre, les Anglo-Gascons eurent, comme on va le voir, la main heureuse. Peut-être le fils d'Edouard III se flattait-il d'enlever le roi de France lui-même 2. Villani Ta su positivement, ou conjecturé avec unecertainevraisemblance^. Une embuscade aurait été dressée, où Jean II, prévenu à temps 's eut la chance de ne pas tomber ; dès le matin, il s'était dirigé sur Poitiers avec la meilleure partie de son armée ^. Mais d'autres furent pris là où le roi de France avait échappé.

Dans sa rapide chevauchée de la Haye à Ghauvigny, il n'avait pas été suivi parla totalité de ses troupes. Il avait dû laisser derrière lui bien des traînards, sans compter les hommes d'armes, qui, arrivés tardivement à Chartres, se trouvaient à une ou plusieurs journées du gros de

1. Lettre du Prince : « . . lequel Roi vint od son poair à Chaveny à cynk lues de nous pour passer mesme l'ewe vers Poyters, et sur ceo prismes propos de hastier devers lui, sur le cheniyn qu'il devereit passer, pour estre combatuz ove lui .. »

2. Ibid. : « ... mes ses batailles (du roi de France) estoient passeez devant que nous estoions venuz au lieu oîi nous cntendismes de lui avoir encountrée .. »

3. Lib. Vil, cap. viii ; Muratori, XIV, col. 4io : « Saputo che'l Re hebbe la condizione de' suoi ncmici, c corne il loro campo slava, segretamente con alquanti de'piùconfidenli Raroni prese consiglio di valicare alla mezza notte venendo il sabato per un ponle délia riviera, clie li dava più corto il cammino ad aggiugnersi co' nemici e più alto il cammino alla gran gente, che l'havea a seguitarc. 7/ Duca di Gaules (le prince de Galles), 0 che sapesse ii segreto dellîe, 0 che per avviso di guerra conoscesse, che cosi dovesse seguire, la nolte inedesima venne con sua gente elella ; e misesi in un bosco pressa al cammino, che'l lie dovea fare, etc. »

t\. Pure conjecture de Villani el peu vraisemblable, comme ce qu'il dit des prétendus projets de Jean 11, qui, très probablement, ne savait pas où étaient les Anglais.

5. 11 venait non pas de Cliauvigny où il ne passa qu'une nuit (du jeudi au vendredi), mais de la Chabotrie, tout près de Poitiers, où il était venu coucher le vendredi soir (Froissart, V, i'|. — Lettre de Barthélémy de Burghersh).

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l'armée. Ainsi s'oxpiiiiuerail un délail fort siiiu^ulier, donm'' par Fioissart, — à moins qu'il y faille voir une simple méprise. — cesl que le samedi encore des Français passèrent au pont de Châlellerault, utilise le matin même par les Anglais '. Enfin, les fractions qui avaient accompagné le roi Jean, désunies par une longue marche, n'avaient pas gardé une parfaite cohésion. Par suite de l'encombrement du pont de Chauvigny, une partie de l'armée française était demeurée, le vendredi soir, sur la rive droite de la Menne '2. Trois « grands barons » — le comte d'Auxerre, le comte de Joigny et le seigneur de (^hàlillon, « souverain maître de rilôtel du Roi », - avaient couché à Chauvigny avec plusieurs autres chevaliers et écuyers ^. Ils en étaient repartis le samedi, sous bonne escorte '*, à une heure déjà avancée de la matinée"'. Pour couper au plus court, ils suivaient à travers la « brande » poitevine, toute fleurie d'ajoncs et de bruyère, une de ces pistes, que Froissart appelle joliment <( Icscheniinsdos bruyères d""'. Déjà ils n'éta-ient

I. Froissarl, V, i ';, — Kùlilcr, op. cit., II, p. /|27-'|i8 : Aiirli Froissarl isl nocli so weiiig ïibcr deu Verbleib des Prin/on am i .j. uiul iG oricntirl, dass cr oiiicii Tlieil der franzôsisclicn Année iibcr Chàtellcraull marsciiircn làssl ».

a. Froissart, V, i5 : « Or avint cnsi que ce venredi que li rois de France et son grand host passèrent le rivière au pont à Chanvegni, pour le foule et le presse qui si grans estait, et pour estrc logict niiculz à leur aise, troi grant baron de l'rance, loisl à savoir li sires de Crain, messircs Raoulz de Couci et li contes de Joni, demorèronl ce venredi tout le jour eti le ville do Cauvegni, et une iiartie de leurs gens «.

3. Jean III de Ciialon, comte d'Auxerre, boutcillerdc France, fils de Jean II, tue à Crccy. — Jean di; Noyers, comte de Joiiiuy, lils de Miles de N , l'un des sept pairs de Cliampagne. — Jean de CIiaslillon-surMarne, grand maître de l'IIôlel du I\oi (i 35o), mort en i3G3. —Ce sont les trois noms que l'on trouve dans les chroniques françaises, — colle de Froissart exceptée, — et dans la lettre, si souvent citée, du prince de Galles. Les documents anglais substituent à Jean de Ghastillon le maréchal de Bourgogne, Gérard de Thurey. — (Lettre de Barth. de Burghersh; Le Baker de S\v.. p. 142; Ivnighton, II, 88; Robert d'Avesbury, p. i;!). Le nom du comte d'Auxerre a été diversement défiguré par les Anglais (Avesbury : Auiiser ; Burghersh : Assure; Prince de Galles : Soussoire ; Knighton : Usur; Le Baker : ]\'aucerre). C'est à tort qu'on a donné Sancerre comme une variante des Grandes Chroniques, VI, 3i : « le conte de Sancerre ». Telle est, en effet, la leçon de l'édition de P. Paris. Mais le man. de Charles V (Fr. 281 3) iiorte : « le conte d'Auceurre ». Cf. la Chron. de Z?. Lescot, 102 : « ... insignes comités .Vutisiodorensis et Jogniaci, dominus quoque de Castellione... »

II. Lettre du Prince : a . . mes ses batailles (du roi de France) estoient passeez devant que nous esloions venuz au lieu où nous cntcndismes de lui avoir encountrée, hors pris partie des gentz de lour entour sept cent: homes d'armes qui se combatirent od les nostres, etc. »

5. Sans quoi ils n'eussent probablement pas rencontré les .\nglais.

C. Froissart, V, i5 : (.c Le samedi au malin, il se deslogièrent et passèrent le dit

L\ BATAILLE DE POITIEUS

plus guère qu'à une lieue de Poitiers, lorsqu'en débouchant d'un petit bois ', ils se trouvèrent face à face avec des éclaireurs anglais, au nombre de soixante environ et commandés par deux chevaliers du Flainaut, Eustache d'Auberchicourt et Jean de Ghistelles-. Cette petite troupe était en partie composée de Gascons, — on en a la preuve positive, — dont la place était toute marquée à l'avant-garde, car, lorsque, dix ans auparavant, le comte de Derby s'était emparé de Poitiers, il avait sous ses ordres la plupart des seigneurs gascons qui s'étaient rangés sous la bannière du prince de Galles •^. Ils connaissaient donc déjà, et beaucoup de leurs hommes d'armes également, le terrain sur lequel les ramenaient les hasards de la guerre.

En apercevant l'ennemi, les chevaliers français rabattirent leurs bassinets et abaissèrent leurs lances. Les éclaireurs anglais, déclinant une lutte inégale, se replièrent rapidement sur l'armée du Prince à laquelle les Français vinrent se heurter. Comme il fallait s'y attendre, ces derniers furent presque tous tués ou pris ''. Les Gascons firent deux bonnes captures : les comtes de Joigny et d'Auxerre tombèrent entre leurs mains et durent payer, comme rançon, le premier, So.ooo florins ; le second, 20.000 •''. C'est à quatre ou cinq kilomètres de Poitiers, près de

pont et poiirsicvireut le route dou roy qui pooit estrc eiiviion trois liewes loiiig, et prisent les camps et les chemins des bruières au dehors d'un bois pour venir à Poitiers ».

1. Froissart, V, i5. — Ce bois, qui subsiste encore en partie, a donné son nom au hameau du Breail l'Abbesse (Vienne, arr' et c°° de Poitiers, c" de Mignaloux).

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