Arch. nat., J. 6i5-6i
XX\ INTRODICTION
toire d'un règne *. Malheureusement, il est rare que les archives d'une grande ville remontent heaucoup au-delà du règne ■de Charles VI; les séries les plus intéressantes, — délibérations, comptes municipaux, correspondance politique, — n'existent pas ou sont très incomplètes, pour les temps antérieurs.
Même pour un sujet tel que celui-ci, pris dans l'histoire de France, et d'un intérêt en apparence exclusivement français, les bibliothèques et les archives étrangères fournissent un appoint, qui n'est pas négligeable.
Au Briiish Maseiim, de Londres, deux catégories de documents peuvent être consultés avec fruit : les uns d'origine française, les autres purement anglais. Les premiers sont entrés à la National Library à des époques très différentes, par voie d'acquisitions successives. Ce sont des chartes, des pièces isolées (Addilional Charters), épaves de collections aujourd'hui dispersées (Collections de Courcclles, Joursanvault. etc.,) ou des manuscrits proprement dits, répartis entre les différents fonds {King's inaniiscripts. Addilional nianascripls, etc.). Les seconds, c'est-à-dire les documents de provenance anglaise, souvent très précieux pour l'histoire de France, sont en grand nombre au Britis/i Muséum. Je me contenterai de signaler un volume bien connu de la Bibliothèque Cottonienne, coté Caligula D. III, où Ivervyn de Leltenhove a tant puisé, en y laissant peut-être le meilleur.
Des travaux récents ont suffisamment fait connaître en France les divisions principales du Public Record Office, et l'importance,
1. J'indiquerai, pour y avoir fait des rcclicrchcs personnelles, les archives départementales de la Côte-d'Or, de l'Hérault, de l'Isère, de la Loirc-lnrérieure, de la Seine-Inférieure, du Nord, de Tarn-el-Garonne, de la Vienne ; les archives communales des villes suivantes ; Agen, Douai, Laon, Lille, Lyon, Montpellier, Poitiers, Reims, Riom. Rodez, Rouon et Toulouse; les bihliothèqucs publiques de Blois, de Reims et de Rouen, la bibliothèque de l'ancien séminaire d'.Vuch, si riche en documents sur la Gascogne.
IMUOULCTION XXXI
môme au point de vue français, de ccl admiiable dépôt darchivcs. (lerlaincs séries (Paient cl Close liolls, Frenc/i. \'ascoti cl /?oman Rolls) onl été si lar^^'-enncnl mises à contribution parHymcr ou ses coiilJMiialcurs, (|ii"oii pciil s'en (cuir aux textes iiii|)riiiii's dans les Fœt/t'/v/. I n nouveau déponillenieni dcinnciail d'assez minces résultats. cL la correction a\('c la([uellc les documents de source an<>laise ont été pul)liés rcnti les c<jllations pres(juc su perflucs. Outre les actes transcrits sur les Rolls de la Chancellerie, les éditeurs des Fœdera ont inséré dans leur recueil d'assez nombreux documents originaux, classés actuellement sous la rubrique Diplomalic docunie/ils, (|u'ils proviennent de la (diancellerie ou de riùliiquier. Il y a encore beaucoup d'inédit dans ces Diplomatie doeuments. De |)lus. ce sont assez souvent des actes rédigés en France ou par un scribe français, et |)Our ceux-là tout au moins, quand ils ont déjà été imprimés, une collation est nécessaire ou utile. Des lettres de nature très diverse et d'un intérêt fort inégal onl été réunies en volumes cl foriuenl ce qu'on appelle VAncicnt coii-csiionde/tce. Pour la seconde moitié du xiv" siècle, cette série ne fournil (piun faible a[)poiiil. Il en est de même des liasses presque innombrables de la (".bancellerie (Cliancery files), d'où ont été tirés déjà tant de textes intéressants pour l'histoire des origines de la guerre de Cent ans, et qui promettent, semble-t-il, encore bien davantage.
Les documents d'ordre financier ont été exclus à peu près systématiquement de la publication de Rymer. Ils sont pourtant d'un grand prix. Ils permettent de rectifier bien des dates ; ils révèlent des faits ou des négociations dont il n'est pas resté d'autre souvenir. La richesse des difl'érents fonds de l'Echiquier fait déplorer doublement une des plus fâcheuses lacunes de nos archives françaises, où il subsiste en somme si peu de chose de l'ancienne comptabilité royale.
Avignon a été, au xiv" siècle, et jusqu'au Grand Schisme,
XXXII INTRODUCTION
le centre de la Chrétienté et de la politique européenne. A toutes les époques de la guerre de Cent ans, le rôle des Papes a été considérable. Soit pour prévenir une rupture, soit pour mettre fin au conflit franco anglais, une fois la guerre commencée, ils ont multi|ilié les trêves, les conférences, les ambassades extraordinaires, exerçant sous toutes les formes possibles leur action médiatrice. La paix de Brétigny, qu'on pouvait croire solide et qui dura si peu, fut le couronnement de tout un pontificat et le triomphe de la diplomatie d'Innocent VI. C'est un de mes regrets de n'avoir pu explorer personnellement les archives vaticanes. et il serait plus vif encore, si deux de mes confrères, anciens membres de l'Ecole française de Rome, MM. Frédéric Sœhnée et Eugène Déprez, ne m'avaient communiqué, avec une extrême obligeance, les copies et les analyses, faites par eux, des Lettres secrètes d'Innocent VI. Je suis heureux de leur en témoigner publiquement ma gratitude. Cette communication m'a été d'autant plus précieuse, qu'au début, tout au moins, je n'avais pas le secours du grand ouvrage où le P. Denifle, usant de facilités de travail exceptionnelles et grâce à un labeur admirable, a utilisé et cité tant de textes importants, empruntés à diverses séries des archives du Vatican
Pour le pontificat d'Urbain V, j'ai pu m'aider du substantiel mémoire de M. Maurice Prou sur les Relations politiques du pape Urbain V avec les rois de France Jean II et Charles V, étude de première main, que complètent de nombreuses pièces justificatives.
Les seules archives d'Italie que j'aie visitées sont celles de Turin. A VArchivio di Slalo, est conservée la célèbre lettre du régent « sur la conjuration et la mort d'Etienne Marcel ». On y trouve également (|uçlques lettres missives de C-har- Ics V et des documents relatifs au traité conclu, en i355.
INTIUIDUCTION XXXIII
pour la rcclifiealioM des rionlioios outre le Dauphiné et la Savoie. ].'Arc/iivio camevalc eoiilieiil une belle eolleelion de comptes, dont l'intérêt a été mis en évidence par diverses publications du professeur F. Gaixdio. Je ne les ai pas cou suites sans profit.
jjitre toules les villes de la Belgicpie. une mention spéciale est duc à Tournai et à Vpres ; Tournai qui, pendant plus de deu\ siècles, fit i)ailie du loyaumc de b^rance, et dont les aicbives, admirablement conservées, sont si riches. Ypres, qui a gardé (quelques preuves écrites de ses relations avec Etienne Marcel et la municipalité parisienne.
L'Espagne a deux dépôts d arcliives. (pion aura toujours grand inlérel à visilcr : les arclli^('s de la Couronne d'Vi'agon, à Barcelone, et les archives de la Dépidalion de Navarre, à l*ampelune. I^our Barcelone, mon confrère. M. Jean de Mau])assant, auteur d'une Ihèseencore manuscrite sur les rapports de Pierre IV, le Cérémonieux, avec la Fiance, ma fourni des indications précises et détaillées, qui m'oni i)ermis de compléicr rapidement une première en([uête personnelle, trop écouriée. Je ne connais les archives de Pampelune que par les pièces publiées à la suite d'un excellent rapport de M. A. Brulails. et aussi par les extraits des registres de la Chambre des Comptes de Navarre, qu'a bien voulu me communiquer M. Henri Courteault.
Un certain nombre d'ouvrages imprimés n'ont guère moins de prix que les sources proprement dites ; les uns, parce qu'ils sont des recueils de documenis. dont les originaux ont souvent disparu ; les autres, parce qu'une large place a été faite soit dans Fannotation, soit dans des appendices, aux textes inédits, et que ces copies peuvent tenir lieu des originaux qui ont péri. Je ne citerai ici que les Ordonnances des rois de France de la troisième race (t. III et lYj ; les Fœdera de Rymer, 3" édition, t. îll ; les Mémoires sur Charles le Mauvais, de Secousse, et plus
XXXIV INTRODUCTION
parliciilièromcnt le volume de Preuves; la nouvelle édition de V Histoire générale du Languedoc (t. IX et X) : les Archives administratives de la ville de Reims, de Yarin (I. III) : les deux éditions des Chroniques de Jean Froissart.de Kervyn de Letteidiove et de Siméon Luce; V Histoire de Bertrand du Guesclin, de S. Luce, oîi les Pièces justificatives occupent plus de cent pages; les deux volumes du P. Déni fie sur La Désolation des églises de France, etc. Il aurait fallu mentionner en première ligne les Mandements et actes divers de Charles V, de M. Léopold Dclisle, si la présente publication ne se terminait précisément avec le règne de Jean II. On me fera peut être le reproche, — et je tiens à le prévenir, — d'avoir raconté trop longuement des événements qui, sans être étrangers à l'histoire de Charles V. sont antérieurs à son avènement au trône. Etait-il légitime de donner, pour préface au règne de Charles V, le règne presque entier dé Jean II? Comme on le voit, je ne cherche pas à diminuer la force de l'objection ; je l'exagère plutôt. C'est qu'en effet on y peut opposer d'assez bonnes raisons. Les événements dont il s'agit ne se sont point passés seulement du vivant de Charles et sous ses yeux ; il y a pris une part directe, personnelle, de plus en plus grande. Ceci est déjà vrai, dans une certaine mesure, pour les années qui précédèrent la bataille de Poitiers ; c'est l'évidence même pendant tout le temps que dura la captivité de Jean II. Prisonnier des Anglais, le Roi n'a exercé, pendant quatre ans. aucune action appréciable sur le gouvernement du royaume ; tout ce qui a été fait. — bien ou mal. — est venu de l'initiative du dauphin et de .ses conseillers. En outre, les périls ou les difficultés, nés des fautes de Jean II, n'ont pas disparu avec lui. Charles V a eu un lourd ])assé à liquider ; tâche ingrate, mais nécessaire, qui a longtemps absorbé son activité politique. Son règne et ses actes ne se comprennent bien que si l'on remonte constamment au règne de son père. Il semble donc, (pi'en se limi-
rNTRODlCTIOV X\XV
tanl au récit des faits cl des faits indispensables à connaître, en sinterdisant toute incursion prématurée dans le domaine des institutions politiques ou administratives, on n'ait rien mis, dans cette première partie de Ihistoire de Charles V. qvù ne pût ou même ne dut y prendre place.