‹ Histoire de Charles VChapitre 17 sur 381 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les années d'enfance.

I, Naissance el liliation de Cliarles V. Les maisons de France et de Luxembourg. — IL Baptême du petit-lils de Philippe VL — IIL Le château el le bois de Vincennes. — IV. La première éducation de Charles V. Sylvestre de la Servelle el le sire de Saint-Venant. — V. Influences heureuses ou fâcheuses qu'il a pu subir. La cour des Valois ; la famille royale: Philippe VI et Jeanne de Bourj^ogne ; Jean II et Bonne de Luxemiiourg. — VI. Les débuts de la guerre de Cent ans; Crécy et la mort du roi de Bohème, Jean l'Aveugle.

I. — Charles, u le cinquième du nom », auquel ses goûts éclairés el l'habileté prudente de sa politique ont mérité d'être appelé Charles le Sage, naquit au Bois de Vincennes, le 21 janvier i338, le jour de la fêle de sainte Agnès •.

Son père était le fils aîné du roi de France, Philippe VI, et de Jeanne

I. Chron. paris, aiion. de 1316 ù 1339, publ. par M. Hellot (Mémoires de la Soc. de l'hist. de Paris el de l'Ile de- France, XI, i885, p. 1-3, n" 291) : u En icest (sous-entendez : an, c'est-à-dire en i338, nouveau sl\le,} vigillc de fesle saint Vincent, marlir, (22 janvier), an moys de janvier, premier jour delà lune (indication inexacte), au Boiz-de- Vincennes, Charles, fds de Mons. Jehan de France, duc de Normendle, et de ma dame Bonne, sa famé, fille le comte de Lucembourc, fut nez ». Variante du man. latin 6027 (Bibl. nat.). fol. 90'' : « Ou dit an MCCCXXXVII (v. s.), le jour de sainte Agnes, Charles, etc. ». — Christine de Pisan, Le Livre des fais et bonnes meurs, etc. (Bibl. nat , man. fr. ioi53), fol. 4 v° : « Nez fu (ycellui sage Charles) au bois de Vincenes, le jour saincte Agnes, xxi' de janvier en l'an de grâce mille CCCXXXVI (i337 n. s.). » J'ai montre /fi/6/, de l'Ecole des Chartes, t. LXIV, 1903. p. 9^-98, Date de la naissance de Charles V) que Christine s'est trompée d'une année et que les historiens ont partagé son erreur. Le » thème de la Nativité » de Charles V, que l'on trouve à la suite de divers traités, traduits ou composés pour lui par l'astronome Pèlerin de Prusse, attaché à sa personne à une époque où il n'était encore que dauphin et duc de Normandie (Bibl. de S' John's Collège, Oxford, man. CLXIV (voy. p. 5 1-52 du catalogue de Coxe) fournit des renseignements très pré-

a T.ES ANNÉES d'enfance

de Bourgogne : Jean, duc de Normandie, comte d'Anjou et du Maine*. Sa mère, Bonne de Luxembourg, était fille du roi de Bohême, Jean l'Aveugle 2.

Le mariage du duc de Normandie, célébré le 28 juillet i332 3, avait eu pour but de resserrer les liens qui, depuis la fin du xin" siècle,

cis : « Figura nalivitatis serenissimi régis Francornni Karoli, anno Dotnini i338, post meridiem 20" diei januarii, hora 17, minutis 3(j, diebus oqualif, in nocle sequentediem Martis ». La date de l'année, donnée, sans doute, d'après le style impérial ou de Noël, est correcte et doit être prise telle quelle. Lesheures du jour Hn<ur<;/ étant comptées, par les astronomes, de midi à midi, il faut entendre : 5 heures 3G minutes du matin, le mercredi 21 janvier (Cf. L. Dclisle, Le Cabinet des Man. de la Bibl. nat., III, p. 336 et n. i. Lire : 20' die januarii et non 22'. J'ai ajouté, d'après l'original, les mots : in nocle sequente diem Marlis, qui sont décisifs, car ce n'est qu'en i338 que le 21 janvier est tombé un mercredi).

Le fait de la naissance de Charles V le jour de la fête de sainte Agnès, établi par les témoignages concordants de Christine de Pisan et de l'auteur de la Chron. paris, anon., est attesté dans les termes les plus formels par le carme Jean Golein, dans le prologue de sa traduction de l'Arbre généal. des rois de France, de Bernard Gui, composé en 13O9. Il rappelle qu'il avait tout récemment « translaté l'ystoire de Madame sainte Agnes, la sainte vierge, en laquelle feste est le jour benoit de la Nativité du haut, puissant et très excellent seigneur auquel Diex doint bonne vie et longue elc » (Man. 097 du fonds de la Reine, à la Bibl. Vatic, fol. 1 10. C'est l'exemplaire même qui fut offert à Charles V. Voy. Ant. Thomas, Mélanges d'archéol. el d'hist. de l'Ecole franc, de flonie, I, 260-2(57 : L. Delisle, Le Cabinet des Man., 111, 33t). On sait la dévotion du roi envers sainte Agnès. La belle coupe d'or émaillée.qui appartint à Charles V, el qui, après avoir figuré dans la collection du baron Pichon, a été acquise par le British Muséum, représente des scènes de la vie et de la passion de sainte .\gnès (L. Delisle, La coupe d'or du roi Charles V, dans le Journal des Savants, mai 190C, p. 233-239).

1. Jean de France avait été émancipé et déclaré majeur le 17 février i332, sans doute en \ue de son mariage (Arch. nat., J. 370, n" i et i bis). Le même jour, il avait reçu en apanage le duché de Normandie, les comtés d'Anjou et du Maine (/6W., n°' 2, 2 bis et 2 ter). — Le P. Anselme (I, lo5) fait naître Jean II le 26 avril i3i9 ; d'après la précision des indications chronologiques qu'il fournit, el surtout leur provenance (un registre de la Chambre des Comptes de Paris), il y a beaucoup de chance pour que celte date soit exacte. La Chron. paris, anon., donnant par à peu près l'âge du prince, le vieillit d'un an ou dsux ; il y est dit qu'en i332 il était « de l'aage de XV ans ou environ » (p. i5o, n» 23o).

2. Fontes rerum Bohemicarum, édit. Emler, Prague, t. III, 1878, Vita Karoli IV, p. 342 ; t. IV, 1882 (Chronicon aulse regise), p. 3i4. Joh. Schôtter, Johann Graf von Luxemburg und Kônig von Bôhmen, t. II, Luxembourg, i865, in-8°, p. 38-39- t^onne est le nom francisé de la fille de Jean de Luxembourg. Elle s'appelait Guta (Jutta). Avant de devenir la femme du duc de Normandie, elle avait déjà été fiancée cinq fois, à des princes différents, toujours dans des vues politiques (Chron. aulee regiœ, p. 3i4; J. Scholtcr. op. cit . p. 39, n. 3 ; E. Werunsky, Geschichte Kaiser Karls und seiner Zeit, t. I, Innsbriick, 1880, in-8», p. 87, n. 2). Sa mère Elisabeth était la fille de Wenceslas 11, roi de Bohême et de Guta (Jutta) de Habsbourg.

3. Chron. par. anon., p. i5o, n° 23o : « Aprez en ycest an fi332j, le xxviii* jour au

LES MAISONS ni: FRANCE ET DE ELXEMDOLRG 6

s'étaient ibrméscntie les maisonsde France et de Luxembourg'. L'aïeul de Bonne, le comte Henri, avait passé une partie de sa jeunesse à la cour de Philippe le Bel. dont il fut l'allié et l'ami jusqu'au jour où, par son élévation à l'Empire, il dériitTambition du roi de France, qui avait espéré pour lui-même la couronne impériale -. La rupture qui on était résultée prit fin au bout de quelques années. Après la mort du Roi et de l'Empereur, les relations amicales se renouèrent sans peine entre les deux familles, désunies par une rivalité passagère. .V Henri VII avait succédé, dans le comté de Luxembourg, son fils Jean, déjà roi de liolièmc par son mariage avec l'héritière de Wenceslas II. Si l'on a supjjosé à tort (pie Jean avait dû sa première formation aux maîtres de l'Université de Paris dont il aurait suivi les leçons'^, il est vraisemblable qu'il fut, pendant sa jeunesse, comme l'avaient été son père et son oncle Baudouin, l'archevêque de 'fièves, l'hole de la cour do France''. L'imagination hantée par le sou\enir du roi Arthur, il ne se plaisait qu'à Paris, u le sc\jour le plus chevaleresque du monde », la ville des joules et des tournois; empressé d'y revenir entre deux chevauchées, pour avoir sa part de cette (( fête éternelle », oîi semblaient se réaliser, sous ses yeux, los merveilleuses fictions de la Table Ronde ^.

moys do juillet, c'est assavoir le mardi aprcz la fcsle saint Jaquez et saint Chrislofle, [20 juillet], à Melun-sur-Sainne, Jehan, dit de France, de l'aaf^e de W ans ou environ, filz Philippe, le roy de France, ma dame Bonne, fille Jehan le roy de Bcliangne, espousa. » D'autres dates ont été assignées a ce mariage, notamment le 28 mars et le G avril. Schôtlcr {Johann Graf von Luxembarg, II, Sij et n. 2) a adopté la dernière de ces deux dates ; AVerunsky, la première {Gescliiclite Kaiser Karls /F, I, p. 87 et n. 2). La divergence tient à ce qu'une chronique bohémienne dit que le mariage fut célébré le jour de la fête de saint Sixte, « in die beati Sixti » (Fontes, IV ; Chronicon aulœ regifle, p. 3i/i). Or, il y a eu trois saints de ce nom, papes tous les trois, et dont les fêtes tombent le 28 mars, le 6 avril et le 6 août (Werunsky, op. et loc. cit.). La date du 28 juillet donnée par la Chron. par. me paraît préférable à toutes les autres; elle est en concordance avec ce que l'on sait de l'itinéraire de Philippe VI, car il est établi par ailleurs que le duc de Normandie s'est bien marié à Melun (Continaalio chronici Guill. de Nangiaco, II, 9O).

1. Eugène Welvert, Philippe le Bel et la maison de Luxembourg {Bibl. de l'Ecole des Chartes, t. XLV[i88i], p. 180-188).

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