Ibid., p. 5o
'4. Ibid. : « Et avecqucs ce leur dis^t que jà soit ce que le droit de faire monnoie et de la muer apparlcnoit au Roy pour cause de l'eritage de la couronne de France, toutesvoies vouloit-il pour leur faire plaisir, que la dicte nouvelle monnoie n'eust [Aus point de cours ; mais vouloit que, quant les gens des trois estas seroient assemblez, ilz ordenassent avecques aucuns des gens du dit monseigneur le duc qu'il ordeneroit à ce certainne monnoie, tele qui fust agréable et proffitable au peuple ».
Remarquez les mots : « que la dicte nouvelle monnoie n'eust plus point de cours ». (L'édition imprimée ijorle : n'eust point de cours.) En effet, de décembre i35G à janvier i3.Î7, il a été frappé de la monnaie ^8% notammentà Saint-Pourçain, et en assez grande quantité (F. de Saulcy, Recueil de documents relatifs à iliistoire des monnaies.
296 LES ÉTATS GÉNÉRAUX DE l356 ET DE l^Ô~
Pour comble d'iiuniiliation, le pré%ôtdes marchands ne se contenta pas de ces promesses verbales ; il requit qu'elles fussent consignées dans des lettres en forme. Le dauphin y ayant consenti, un notaire reçut l'ordre de les rédiger '. La u fureur» du prévôt et de ses partisans, leurs objurgations violentes, rendaient la résistance impossible; il fallait subir les exigences les plus ((déraisonnables», par crainted'unplus grand mal -.
Si le Pape s'est réellement réjoui de ce résultat, comme le marque une longue lettre au prévôt des marchands et aux échevins de Paris 3, s'il a cru voir dans la soumission du dauphin, le gage d'un rapprochement sincère et durable avec Etienne Marcel et le parti des Etals, c'est qu'il était bien mal renseigné ou enclin à un optimisme aveugle '*. On
t. I, p. 3G8). Dans un mandement de Jean Lambert, «gênerai maistre » des monnaies du Roi, il est question de « l'ouvrage de la monnoie xlviii' que Ton fait ad présent» (Bibl. nat , Clairambault, l^XIII, n" /17). En 1857, des pièces de cette monnaie circulaient à Rouen, et au premier abord, on les déclarait non rcccvablcs. V'oy. des lettres de rémission de mai 1857 : « Et depuis ce la dite monnoic ail esté trouvée bonne et de bon aloy, c'est assavoir de Taloy de la monnaie qui fu ordonnée devant .\oel, à avoir cours pour xii deniers tournois, laquelle on dist estre de mcndrc value de tant qu'elle estoit faite à mains un denier d'argent que cesle qui queiirl à présent .. » (JJ. 85, fol. 25"-26, n° 52).
La capitulation du dauphin n'était (ju'unc demi \icloirc pour les partisans de la (1 monnaie droite », qui évitaient une mvitation, mais en maintenant la monnaie soixantième. Ils comptaient, évidemment, sur les Etats généraux pour obtenir plus ample satisfaction. Ceux-ci, par l'ordonnance du 3 mars 1857. étalilirenl une monnaie vingt-hnitième, dont les espèces, plus faibles de titre et de taille que celles qui avaient été frappées en vertu de l'ordonnance du 5 déc. i355, « étaient mieux ordonnées peut-être » (E. Bridrcy, op. cit., 488-iiji|.
1. « Mandement » du aS janvier 1857 : (( pour fabriquer des deniers blancs à trois deniers de loy argenl-le-Roy, de neuf sols et quatre deniers et dcmy de poids au marc de Paris, sur le pied de monnoie soixanliesme » {Ordonn., III, r)5-()6. — Arch. nat., Zi" 55, fol. 23G'°-237. Copie du xv' siècle). C'était le retour à la monnaie Oo*, dont Jean II avait ordonné la fabrication par un mandement du i3 septembre i350 (Areh. nat, Zi*» 55, fol. 222, — Ordonn., 111, 8/i).
2. Gr. Chron., VI, 5o : « Et aussi convenoit que le dit monseigneur le duc, pour refraindre la fureur du dit prevost des marchanz et des autres de Paris, le feist et accordast contre sa \olenté, contraint de g rans paroles, luy sachant que ce estoit contre raison ».
3. fîeg. Vatic, 289, fol. 28 (Avignon, 10 février 1857) : « Dilectis filiis preposito mercatorum et scabinis Parisien, etc. ». Texte dans Denifle, La désolation des églises, II, i38, n. 2.
!i. Ibidem : •< ... quantum audita dissensio mentem nostram amaricavit, forlius et vehementius conturbavit, tanto nunciata concordia cor nostrum respersit ampliori dulcedinc pociorique jocunditate rcplevit ».
CAPITULATION 1)1 I)A( l'IlIN 3n-
pc.it pensor aussi. ~ et sans lui prrlor une dissinuilalion ou une naïvcl.' (l.ml la preuve nest pas laite -. quil voulait, par ses avances, disposer les vrais maîtres de l>aris, non seulement à plus de delférence à l'égartldu dauphin, mais aussi à plus de modération envers leurs ennemis, les anciens favoris de Jean II. C'est par un appel en leur laveur, (pie se leriuine cette lettiv.ipii est un témoigna-^'c de plus du zèle d'Innocent \ I. à (jui manqua peut-être le génie politique et le discernement des hommes, mais qui lut partout et toujours un infatigable artisan de paix *.
Les neuf conseillers du Koi, dénoncés par les Etals, eurent presque tous le temps de se soustraire, par la fuite, à la prison dont ils étaient menacés -^. Un seul se laissa j)rendre, Jean Toilevilain 3. Les deux plus illustres, le chancelier Pierre de la Foret, élevé depuis peu au cardinalat, et le premier président, Simon de Bucy, avaient été désignés pour suivre,;! Bordeaux, les pourparlers ouverts entre le roi de France et le prince de Galles en vue de la conclusion d'une trêve, et éventuellement (l'un traité de paix. Etienne Marcel exigea que leurs pouvoirs fussent révoqués '». Il n'obtint qu'une demi-satisfaction, en ce (pii touchait le premier pn'sidcnt, et encore rintcrdiction (pii lui fut faite de se rendre à Bordeaux n'eut-elle pas d'ellet. Pierre de la Forêt fut formellement autorisé par le dauphin à entreprendre le voyage, sous le prétexte qu'il devait remettre au Hoi les sceaux dont il avait la garde ■>. En fait, il ligure parmi les négociateurs de la trêve de Bordeaux (23 mars iSSy), comme Simon de Bucy «, que Ion retrouve plus tard
1. Ibidem : « Celon.m quia, .siciil aiulivim.is. quosdam ex ofricialiljus dirti re^is exacti temporis rcgiinen vobis constiluil odiosos et siicccs.^.is advcrsos impularUcs eisdem pro corum punitione iiistanler inslalis, nos que ex liiis nasci posscnl pericnla cogitantes et proindc illa crcdentcs sani esscconsilii si in tempus alitid dim-ranUir, precibus nostris adicimus ut ah hiis velitis, prout utilitati régis et rogni prcdicturuni cxpcdire videritis, istis temporibus abslinere ».
2. Ibid. — N. Valois, Le gouvernement représentatif, etc , p. ig.
3. 11 fut « maintenu en prison, et longtemps les revenus de ses biens défrayèrent les hôtels du duc et de la duchesse de Normandie » (Valois, op. cit., p. ly et n. 3. — Voy. Arch. nat., JJ. 93, n° 02}.