‹ Histoire de Charles VChapitre 293 sur 381 · N. Valois, Le Gouvernement représentatif, p · texte numérisé non relu

N. Valois, Le Gouvernement représentatif, p

l\. Conlin. Chron. Guillelnii de Nangiaco, II, 2/18 :« Nam, quia dominus regens remedium apponeread pra-dicla pericula, cis civibus cum pra-posilorequircnlibus. saepius

MEURTIlE nr RF.f;NM 1 d'xCY et des deux MAUKCHAl X 355

malnise était le mystère qui entourait le traité de paix, ou plutôt le projet de traité depuis peu rapporté de f.ondrcs. F.c texte n'en était pas divulgué et il n'avait même pas été communiqué aux Etats •. Evidemment, la paix avait été achetée à dos conditions, quf le parti de la Cour n'osait publier. Si le roi do Fraiiro. désireux par-dessus tout de recouvrer sa liberté, les avait acceptées, Charles le Mauvais et ses amis avaient, au contraire, intérêt à }>erpétuer la crise ouverte depuis Poitiers, et une anarchie favorable à leurs desseins, secrets ou avoués.

Etienne Marcel, les échovins tic Paris, et vraisemblablement aussi l'évêque de Laon, résolurent de f;iire un exemple. Il s'agissait d'intimider le dauphin au point do briser en lui toute velléité de résistance, de se débarrasser, même parle meurtre, de quelques-uns do ses conseillers, et do gouverner en somme par la terreur. La préméditation n'est pas niable; elle estétablienon seulement par le récit des Grandes Chfonifjues,mi\\s> aussi par celui de Jean do Vonotte. qui, comme des centaines ou des milliers de témoins, entendit le prévôt avouer, après coup, l'attentat, et en revendiquer la responsabilité ^. Ceci admis, il ne semble pas qu'il faille voir dans le drame sanglant qui va se dérouler l'exécution d'un programme, arrêté dans ses moindres détails. Le hasard, l'imprévu, y ont eu une grande part ; les assassins paraissent avoir frappé ceux qui leur tombèrent sous la main; d'autres échappèrent peut-être, qui n'étaient ni moins compromis, ni moins menacés.

promiserat, cl tamen quidqiiid orc diccliat tle facto non complebal, crediderunt pra^dicti pra^posiliis ctcommnnitas qnod lioc ne^ligerct de concilio aliqiiorum scciim assislenliiim, qui, ut opinati sunt. dissiiadebant repenti fsic/ ne eis crederet in agendis » .

1. Citron normande, 128 : « ... et fut ordonné un traitié, lequel le roy Jehan envola à Charles son filz par Regnaut d'Assi, qui estoit son advocat. De ces lectres ne peurent riens savoir ceulz des lu estaz par le régent ne par son conseil, dont ilz se doublèrent et conseillèrent ensemble d'occire le conseil du régent .. »

2. Contin. Chron. Gaill. de yangiaco, II, 2'i7-2^8 : « Quod considérantes prfepositus mcrcatorum Parisiensis qui tune erat. nomine Stephanus Marcelli.de re publica multum soUicitus pro tune, cum aliis consulibus ci%itatis, habuil consilium cum civibus, quod ulinani nunquam ad efTectum finaliter devenisset ! Et fuit istud, prout iste pr^positus cum suis, me et multis audientibus confessas est. Nam quia ciominus regens elc.(Voy. p 35?i, n. It). Et idcirco pn^positus atque cives de Parisius habuerunt consilium intra se, quod hnnum esset ut aliquide assistentibus ipsi regenti de medio toUerentur. »

356 LV DÉLlVaANCE DU HOI DE NAVARRE

Dans la matinée du 22 février, — second jeudi de Carême—, le prévôt des marchands fit assembler à Saint-Eloy, dans la Cité, non loin du Palais, tous les (( métiers » de Paris, en armes*. Il réunit ainsi 3.000 hommes environ 2, à la tête desquels il se dirigea vers la demeure royale. Chemin faisant, une première victime s'offre aux coups de la foule, Régnant d'Acy, l'un des avocats du Roi au Parlement, depuis longtemps désigné à la haine du parti populaire. On l'accusait de dénigrer les Etats, de combattre leurs décisions ^. Il avait été mêlé aux négociations entre les rois de France et d'Angleterre, qui venaient d'aboutir à une solution pacifique. Tout récemment, il était arrivé de Londres, — en nombreuse compagnie d'ailleurs, — rapportant le texte de ce traité, maladroitement tenu secret K Enfin, son office d'avocat du Roi l'avait obligé, quelques années auparavant, à prendre parti contre l'Université de Paris, qui le considérait comme un fils ingrat et parjure. L'indépendance de son attitude lui aurait attiré la peine de l'exclusion, — la « privation de l'Université », suivant l'expression consacrée, — si le Roi et le Pape lui-même ne fussent intervenus pour terminer le conflit à l'amiable ^. Des inimitiés vivaces n'en subsistaient pas moins, qui ne furent peut-être pas étrangères à la mort de Régnant d'Acy. 11 était des vingt-deux officiers dont la destitution avait été prononcée le 3 mars 1 357, mais son crédit n'en avait pas soufl'ert, et, en fait il avait conservé ses fonctions «. On ne voit pas quels autres griefs on aurait pu articuler contre lui. C'était un homme de modeste naissance, fils d'un notaire du Roi, procureur lui-même au parlement de Paris avant d'y être aAOcat. Au début du règne de Jean II, sa noto-

1. Gr. Chr., VI, 86.— Saint Eloy, très ancien et très riche prieuré, formant un îlot dans la Cité entre les rues de la lîarillerie, delà Calendre, aux Fèves et delà Vieille- Draperie (H. Legrand, Paris en 1380, p. 87, n. 3).

- 2. Ibid. : « ... et tant que l'en estimoit bien qu'ilz estoient près de m mile touz armez ». Les mots près de manquent dans l'édition de P. Paris.

3. Chron. des quatre premiers Valois, p C8-G9 : « ... et ung avocat que l'en appelloit maistre d'Arcy. Icestui avocat souventeffoiz es conseulx parloit contre les

estas ». rf rJ

U. Voy. le texte de la Chron. normande, cité à la page précédente, n. i .— Cî.Lfiro-

nographia, 11, aGô.

5. H. Deniile et Em. Ctiatelain, Charlularium Universitatis Parisiensis, etc., t. Hl. Paris, i8y4, in-4% p. 23-36, n"' 1220-1223 (aB août-C septembre i35i). — Au sujet des prétentions de l'Université, qui ne tolérait pas que les avocats, jurati Universitatis, plaidassent contre elle. Voy. mon Hist. des auocats au Parlement de Paris, p. 74-7^.

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