Voy. la note suivante
2. Paris, lO mars i358. Mandement du régent aux généraux élus à Paris sur le fait du subside pour la guerre de faire payer 5o livres tournois à « Frère-Jehan de Laval, sire d'Atichi » envoyé « en certain lieu », « pour prolonguier les tricves et astinences qui derrenierement furent prises de par nous avec messirc Jamc de Pippes » (Bibl. nat., P. 0. 1668, d. 38772, Laval, n» 18).
3. Paris, i5 mars i358. Mandement du dauphin aux généraux élus à Paris défaire payer Ao livres parisis à Pierre de Villiers, envoyé a pour mettre en nostre main toutes les forteresses et chasteaux qui sont entre Paris et Dreux, entre Paris et Chartres et entre Paris et Estampes, pour y establir de par nous chastellains et officiers pour les garder » (P. O. 3o2i, d. 6681G, Villiers, n» 3). Nous avons déjà mentionné Aubert de Lancre, capitaine de Galardon, le 2 mars i358. A la même date, mandement de paiement pour « mess. Fouques de Laval, capitaine de par nous de la ville de Bonneval et du chastel d'Aluye » : 60 hommes d'armes sont sous ses ordres (Bibl. nat., P. O. i6C8, d. 38772, Laval, n» i5). — Bonneval; Eure-et-Loir, arr' de Châteaudun, ch.-l. de c"". — Alluyes ; Eure-et-Loir, même arr', c°° de Bonneval.
ij. 3o janvier i358. Mandement de paiement pour « Jehan de Sauqueuse, valet de chambre du dauphin », garde et chastelaindu chastel de Chars en Vexin(Bibl. nat., Clairambault, CXXXVIII, n" 21). — Chars; Seine-et-Oise, arr' de Pontoise, c°° de Marines.
Saint-Denis, Jean Pastourel, qui, au mois de février i358, avait la garde du château de ^lontjoye *. Son nom, comme ceux de Pierre d'Orgement et de du Guesclin, mérite d'être retenu, car Pastourel fut un des meilleurs et des plus utiles serviteurs de Charles V "^.
Le lendemain du jour où Châtres avait été mis à sac, Charles le Mauvais était reparti pour Mantes. Se proposait-il de lever, pour les employer à la défense du royaume, les i. 000 hommes d'armes qui devaient être « en sa compagnie, pour le fait de la guerre », partout où il voudrait aller, et dont le dauphin avait pris la solde à sa charge ^ ? On ne sait trop ce qui fût sorti d'un semblable arrangement, si l'étal des finances publiques eût permis qu'il devînt jamais une réalité K
Ylll. — Le ili mars, c'est-à-dire immédiatement après le départ du roi de Navarre, le dauphin rendit publique une résolution, prise depuis deux semaines au moins, mais qui ne fut, qu'à partir de cette date, définitive et offîcielle. Au titre de lieutenant du Roi, qu'il s'était
1. Mandement du 7 février i358 : «. Jehan Pastourel, garde, chastellain et capitaine du cliastel de Montjoie-Saint-Denys... » (Bibl. nat., P. 0. 22ir, d. ^9930, Pastourel, n' 2. Cf. n" 3 et 4.)
Montjoye ; Seine-et-Oise, arr' de Versailles, c°° de Saint-Germain-en-Laye, c°° de Ghambourcy. — Sur cette place, perdue au milieu de la forêt de Marly, qui n'observait aucune grande route, mais se reliait à Saint-Germain, consulter G. Lefèvre- Pontalis, Un détail du siège dé Paris par Jeanne d'Arc {Bibl. Ec. des Chartes, t. XLVI, i885), p. 7-8.
2. On trouvera des notices sur Jean Pastourel dans l'Histoire des avocats au Parlement de Paris, p. 371-37'! et dans les Etats de Normandie, de M.Goville, p. 32 1-323.
3. Paris, 10 mars i358. Mandement du « régent » aux trésoriers et aux généraux élus à Paris. « Gomme par deliberacion de nostrc grant conseil nous ayons ordené que nostre très chier et amé frcrc le roy de Navarre ait en sa compaignie pour le fait de la guerre, en quelque partie que il vovidra aler ou royaume de France, certain nombre de gens d'armes jusques à la somme de mile paies par jour... ». « Prest pour un mois à nostre dit frère pour les dites miles paies » (Bibl. nat., Fr. 25701, n" 129). On remarquera le titre de régent pris dans un acte du 10 mars.
Paris, 28 mars i358. Mandement du régent aux mêmes : « Comme par délibération de nostre grant conseil et du prevost des marchans de la ville de Paris, nous, des le x" jour du mois de mars, eussions ordené que nostre très chier et amé frère le roy de Kavarre [eust en sa compaignie] pour le fait de la guerre, etc. ut supra » (Bibl. nat., Fr. 26701, n° i35).
4. Le 28 mars, le roi de Navarre n'avait rien reçu. A cette date, il déclara se contenter de G. 000 livres parisis une fois payées pour ce qui lui était dû depuis le 10 mars et ce (lui lui serait dû jusqu'à Pàcjues (i" avril).
i.E RÉGENT nu ROYAUME ^71
donné jusque-là, il substitua celui de régent du royaume *. Quels motifs avait-il d'agir ainsi ? Nulle part ils n'ont été indiqués, sinon en termes très vagues -, et cette réserve, évidemment voulue, nous réduit aux conjectures plus ou moins plausibles. Tant que la naissance de Charles V a été rapportée au ai janvier iSSy, on a pu croire qu'il avait attendu sa majorité — il aurait eu vingt-et-un ans le at janvier i358 — pour se qualifier régent •*. L'explication est à écarter, si, comme cela paraît établi, le Roi est né un an plus tard qu'on ne l'admettait, c'est-à-dire en i338.
Nous avons vu, dans ce chapitre même, que le dauphin supportait impaliemnienl de n'exercer qu'une autorité inconiplrle, de n'avoir {)as. en réalité, le « gouvernement » du royaume (reyimen refjnij''. Les em-
1. Gr. Chr., V(, 117 : « Le nierqucdy, \iiii' jour du dit mois do mars fu publié à Paris que le duc qui par avant se esloit appelle lieutenant du Roy, depuis sa prise, se appelleroit des là en avant régent le royaume. Et lu son titre tel : Karolus priinogenUus reyis Francoruin rainum retjens, elc »
P. Paris a imprimé « régent du royaume », ce qui n'e>t pas exact. On trouve toujours dans les actes français : rcgenl le royaume. Le dauphin a pris ce titre au moins deux semaines plus tôt. On le trouve dans un mandement aux trésoriers, du /" mars 1308, par lequel Jean de llangcst est retenu du conseil du prince, aux gages de 4 moutons d'or par jour : v Charles ainsné filz du Roy et régent le royaume de France, duc de Normandie et dauphin de Viennois, etc. » (Bibl. nat., P. O. 147^, d. 33^08, Hangest, n" 22). Charles est également(pialirié régent dans le premier des deux mandements (iO mars Î3.')SJ, relatifs aux 1000 « payes » du roi de Navarre (Bibl. nat., Fr 25701, n" 129).
2. Ordnnn., IIF, 212-213. Lettres données à Saint-Denis-en-France, le i8 mars i358 : « Charles .. régent le royaume de France, etc. Comme par meure et grant délibération que nous avons eu avec les gens du grand Conseil de Monseigneur et de nous, et plusieurs autres prelaz, barons et bourgois des bonnes villes du royaume de France, nous aions pris pour l'évident nécessité et profit dudit royaume, le nom de régent et le gouvernement d'icelli (royaume), jusques à tant qu'il plaise à Dieu que Monseigneur puisse retourner en ycelli et estre ors (sic/ de la main de ses ennemis à laquelle chouse nous veillons et entendons de tout nostre povoir etc. ». La rubrique du chapitre lxv des Grandes Chroniques promet plus que ne tient le texte : a Comment monseigneur le duc prist le nom de régent par filtre de lectres à très bonne cause ». Mais cette « très bonne cause » n'est nullement énoncée dans le chapitre.
3. Elie Berger, Le titre de régent dans les actes de la chancellerie royale (Bibl. de l'Ec, des Chartes, 1900), p. 418-419 : «... le dauphin Charles ayant atteint, le 21 janvier i358, l'âge de vingt et un ans, fit publier à Paris, le i4 mars suivant, qu'à l'avenir, il s'appellerait régent du royaume ».
4. Lorsqu'il vint haranguer le peuple aux halles, il parla des ennemis k espandus par le royaume » et de l'inertie de ceux « qui avoient entrepris le gouvernement ». « Si estoit son entencion, si comme il disoit, de gouverner des lors en avant et de rebouter les ennemis de France ; et n'eust pas le dit duc tant attendu, se il eust eu le gouvernement et la finance a (Gr. Clir., VI, 77-78).
piètements de Marcel et de sa faction élaionl des obstacles de fait, redoutables à coup sûr, mais qu'il pouvait se flatter, en somme, de briser ou d'aplanir. Au point de vue du droit, sa situation ne laissait pas que d'être un peu fausse. Les circonstances étaient telles que les pouvoirs d'un lieutenant du Roi, pour larges qu'ils fussent, étaient insuffisants et pouvaient être contestés.
Les capitaines des forteresses, qui devaient être restituées à Charles le Mauvais, avaient refusé de les lui remettre parce qu'ils avaient juré à Jean II de les garder'. Il aurait fallu un ordre du roi de France et non pas seulement du dauphin, pour les délier de leur serment. La justice continuait à être rendue au nom de Jean 11 ; les grands corps judiciaires, — Parlement, Chambre des Comptes, Requêtes de l'Hôtel, — ne connaissaient que lui-.
Plus d'une fois, le dauphin avait entendu ce que « les métiers de Paris n lui répétèrent, le 28 février i358, — en protestant de leur volonté de vivre et de mourir avec lui — : « qu'il avait trop tardé à prendre le gouvernement du royaume » -^ 11 le prit donc peu de jours après. Des influences multiples ont pu lui inspirer une résolution, qui était en harmonie avec son intérêt et ses sentiments personnels : l'influence des Etats, celle de Marcel, celle du roi de Navarre.
Les ennemis de Jean 11 ont certainement cru lui faire échec en poussant son fils à se déclarer régent '*. N'ont-ils pas fait, sans le vou-
1. Gr. Chr. ,Yl, 78 : « Carcculs qui gardoient les chasteaux de Bretueil d'Evrcux, de Pont-Audemer et de Pacy ne les vouloient rendre au dit roy de Navarre sanz mandement du roy de France ».
Ibid., p. 79 : « ... mais se aucuns de cculz ausquelz le roi de France son père avoit baillié à garder aucuns chasteaux du dit roy de Navarre ne les vouloient rendre, il n'en povoient mes; mais il en avoit fait tout son povoiret encore estoit prest du faire ».
2. Jusqu'à la déclaration du i4 mars, les arrêts du Parlement furent toujours Tendus au nom du roi Jean : « Johannes, etc... »
Ce que je dis des divers corps judiciaires explique pourquoi, en février et même en mars i358, on trouve, dans les registres du Trésor des Chartes, au milieu d'actes, qui sont presque exclusivement rendus au nom du lieutenant du Roi, quelques lettres qui commencent encore par le mot « Johannes, etc. ». On lit toujours à la fin de ces lettres : « In requestis hospicii » (Arch. nat., JJ. 86, fol. 5''°,n"> i/i ; mars i358 : JJ. 89, fol. 117, n° 258 (janvier i358) ; fol. i/i/i, n» 3/i4 (février i358).
3. Gr. Chr.,\l, 80 (i3 janvier i358) : « Lesquelz li respondirent que ilz mourroient et vivroient avecques luy et que il avoit trop actendu à prendre le gouvernement ».
4. Ibid., 97-98 : « Et jà soit ce que par avant l'en cnst tousjours escript ou nom du Roy, en Parlement et en toutes lectres de justice, il fu deffcndu celui jour que